Comores : quels sont les enjeux de l’élection présidentielle ?

Les Comoriens se rendent aux urnes le 14 janvier pour le premier tour de l’élection présidentielle. Le chef de l’État Azali Assoumani brigue un troisième mandat consécutif. Face à lui, une opposition divisée appelle au boycott.

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Azali

Le président des Comores, Azali Assoumani, s'exprime lors d'une session plénière du sommet de l'ONU sur le climat COP28, le 1er décembre 2023, à Dubaï, dans les Émirats arabes unis.

AP Photo/Rafiq Maqbool
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Azali Assoumani sera-t-il réélu à la tête des Comores pour cinq années supplémentaires ? Le premier tour de l’élection présidentielle se déroule le 14 janvier, avec six candidats en lice, parmi lesquels le président sortant. Comme en 2019, Azali Assoumani espère être élu dès le premier tour. À l’époque, l’opposition avait dénoncé un “hold-up électoral.” L'ex-président Ahmed Abdallah Sambi, principal opposant d'Azali Assoumani, se trouve en prison après une condamnation en 2022. Les autres candidats à cette élection sont l'ancien vice-président Mohamed Ali Soilih, actuellement en exil, Aboudou Soefou, Mohamed Daoudoiu et Bourhane Hamidou.

Les Comores en quelques chiffres

  • L’archipel des Comores est un État fédéral composé de trois îles : Ngazidja, aussi appelée Grande Comore, Moili (Mohéli) et Ndzouani (Anjouan).
  • Auparavant sous domination française, son indépendance date de 1975.
  • En 2021, la population des Comores s’élevait à 821 600 habitants. 
  • Le PIB par habitant s’élève à 1577 USD. Le pays est classé à la 156ème place pour l'Indice de développement humain (sur 195).

Rémi Carayol, journaliste indépendant, coordinateur du comité éditorial du site d'information Afrique XXI, estime que peu de suspense plane au-dessus de ces élections. Si le bilan d’Azali Assoumani est relativement faible, “il a pris le contrôle de toutes les instances dirigeantes”, ce qui lui donne un fort avantage. 

TV5MONDE : Azali Assoumani a-t-il des chances d’être réélu ? 

Rémi Carayol : Il part favori par défaut dans le sens où il dispose des moyens de l’État, ce qui lui donne beaucoup plus de moyens que les oppositions, qui ne sont pas très argentées. Petit à petit, il a pris le contrôle de toutes les instances dirigeantes, que ce soit celles qui valident les résultats électoraux, la Céni (la Commission électorale nationale indépendante), la Cour suprême, … Tout ça fait que beaucoup de personnes estiment que le scrutin est joué d’avance. 

Le bilan d'Azali Assoumani est quand même assez maigre, notamment en matière de développement économique. Il est même très critiquable en matière de liberté et de droit civique.

Rémi Carayol, journaliste indépendant

S’il n’y avait pas ce contexte-là, beaucoup estime qu’il aurait peu de chances d’être élu parce que son bilan est quand même assez maigre, notamment en matière de développement économique. Il est même très critiquable en matière de liberté et de droit civique. S’il est favori, c’est parce qu’il contrôle le processus et il semble avoir tout mis en place pour assurer sa réélection. 

TV5MONDE : Face à Azali, une partie de l’opposition appelle au boycott de ces élections. Cet appel a-t-il des chances de fonctionner ?

Rémi Carayol : On a vu dans l’histoire récente qu’il y avait eu des boycott d’élections. Est-ce que ça se traduira par un très bas taux de participation ? On verra. Le problème du boycott, c’est un problème qui se pose depuis des années, au-delà des Comores, c'est-à-dire de savoir quelle efficacité ils ont. 

Qui est Azali Assoumani ?

  • Âgé de 65 ans, Azali Assoumani accède au pouvoir une première fois en 1999 par un coup d’État alors qu’il est chef d’État-major de l'armée. 
  • En 2002, il est élu président une première fois. 
  • Il est élu une nouvelle fois en 2016, puis en 2019 lors d’élections anticipées. 
  • En 2023, il est élu président de l’Union Africaine pour un an. 

Quelque part, on laisse le champ libre à Azali en appelant au boycott. Mais en même temps, est-ce que ce n’est pas la seule réponse à apporter alors que le scrutin est joué d’avance. Personne aux Comores comme ailleurs n’a trouvé de solution face à ce genre de situation. Il faudra voir le taux de participation. Mais il n’est pas à exclure que celui-ci soit révisé à la hausse après les élections par les instances électorales. 

TV5MONDE : Est-ce que la présidence d’Azali à l’Union Africaine a pesé dans la balance ?

Rémi Carayol : Certes, ça lui a donné une espèce d’aura à l’international durant cette année de présidence. Mais pour le commun des Comoriens, ça n’a absolument rien changé. Sur le plan intérieur, hormis ses partisans qui peuvent le mettre en avant, ce n’est pas le cas pour ses opposants et les citoyens. Pour eux, ça n’a absolument rien changé dans l’élection et dans le choix que vont faire les Comoriens. 

TV5MONDE : En quoi le résultat de cette élection peut avoir une influence sur les liens entre les Comores et la France ? 

Rémi Carayol : Difficile d’y répondre. La classe politique dirigeante aux Comores, de quelque couleur politique qu’elle soit, a toujours eu une coopération politique étroite avec la France, en dépit du contexte lié à l’île de Mayotte. La France est le principal partenaire économique en matière de coopération avec les Comores. Les dirigeants comoriens sont toujours obligés de faire avec. 

Je ne crois pas qu’on ait de candidat, y compris dans l’opposition, qui ait de discours très virulent contre la France et qui annonce une rupture avec la France.

Rémi Carayol, journaliste indépendant

On voit qu’à chaque fois qu’il y a des tensions avec Mayotte, ça finit par des négociations d’une manière ou d’une autre entre la France et les Comores. Aujourd’hui, je ne crois pas qu’on ait de candidat, y compris dans l’opposition, qui ait de discours très virulent contre la France et qui annonce une rupture avec la France. Tous, de toute manière, défendent le fait que Mayotte est une île comorienne et qu’à l’avenir il faudra que Mayotte revienne dans le giron comorien. 

Mais personne aujourd’hui dans les principaux mouvements politiques du pays n’est en mesure de rompre véritablement avec la France. On a vu que sous la présidence d’Azali, il y a eu des moments de tensions avec la France, mais aussi des moments de rapprochement. C’est un peu l’histoire des Comores depuis une quarantaine d’années. 

TV5MONDE : L’exclusion des Comoriens issus de la diaspora du vote est-elle lié au contrôle des instances dirigeantes par Azali ? 

Rémi Carayol : Le vote de la diaspora, c’est un vieux serpent de mer, aux Comores comme dans d’autres pays africains. À chaque élection, la question revient. La plupart du temps, les diasporas des pays en question ne peuvent pas voter. 

Pour Azali, il n’y avait aucun intérêt à ce que la diaspora puisse voter, puisqu’il savait que c’était probablement une majorité de votes qui n'iraient pas pour lui.

Rémi Carayol, journaliste indépendant

Aux Comores, l’enjeu n’est pas négligeable. On sait qu’il y a un fort mouvement de contestation d’Azali dans la diaspora comorienne en France( 300 000 selon des associations de la diaspora). Proportionnellement à la population de l’archipel, cette diaspora est très importante (NDLR : selon les statistiques de la Banque Mondiale, près d'un comorien sur quatre vit en France).

C’est sûr que pour Azali, il n’y avait aucun intérêt à ce que la diaspora puisse voter, puisqu’il savait que c’était probablement une majorité de votes qui n'iraient pas pour lui. 

C’est sûr que l’enjeu pèse, mais ce n’est pas nouveau non plus. Cela fait plusieurs années que à chaque élection la question du vote de la diaspora se pose. Ce n’est pas non plus quelque chose de très facile à mettre en place. Ça demande des moyens que les Comores n’ont pas forcément. Mais c’est sûr qu’Azali n’a aucun intérêt à ce que la diaspora puisse voter.