Afrique

Condamnation de Ntaganda à la CPI : pour les victimes, "un pas supplémentaire dans leur reconstruction"

L'ancien seigneur de guerre Bosco Ntaganda entre dans la salle d'audience de La Haye (Pays-Bas), lors de son procès le 7 novembre 2019.
L'ancien seigneur de guerre Bosco Ntaganda entre dans la salle d'audience de La Haye (Pays-Bas), lors de son procès le 7 novembre 2019.
© AP Photo / Peter Dejong

L'ancien chef de guerre, reconnu coupable de "crimes de guerre" et "crimes contre l’humanité" par la Cour pénale internationale dans l'est de la République démocratique du Congo, a été condamné à 30 ans de prison. L'avocate des victimes qui représente les enfants soldats lors du procès a salué la décision.

Trente ans. Dans la salle d'audience de La Haye, la sentence est tombée. Le regard froid et le visage fermé, Bosco Ntaganda reste impassible à l'annonce de sa peine.

La Cour pénale internationale (CPI) a condamné cet ancien chef de guerre congolais à 30 ans d'emprisonnement pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. C'est la peine la plus lourde jamais prononcée par la juridiction.
 

Esclavage sexuel

Celui que l'on surnomme le "Terminator" congolais a joué un rôle crucial, selon les juges, dans les atrocités commises en 2002 et 2003 en Ituri, une province du nord-est de la RDC.

Ce conflit a coûté la vie à plus de 60 000 personnes dans la région, d'après les ONG.

Bosco Ntaganda était alors à la tête du groupe rebelle des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), principale milice active dans l'est congolais.

Le milicien est accusé de crimes multiples : meurtres, attaques contre des civils, pillages, enrôlement d'enfants soldats, viols, esclavage sexuel... Des crimes qu'il a commandité et planifié avec ses troupes.

Au cours de son procès débuté en septembre 2015, 80 témoins, une dizaine d'experts ainsi que les avocats des 2149 victimes reconnues ont été entendus. Des récits d'une violence inouie : scènes de tortures, viols de fillettes... qui dressent un tableau noir des exactions commises sous les ordres de Ntaganda.

Pour sa défense, Bosco Ntaganda a toujours assuré être un "révolutionnaire" et non un criminel.
 

Qui est Bosco Ntaganda ?

De 1994 à 2012, il est l'homme de toutes les rébellions. Né au Rwanda, dans une famille tutsi, il fait ses armes avec le Front patriotique rwandais (FPR), actuel parti au pouvoir.

Après la victoire du mouvement contre le régime génocidaire rwandais en 1994, Bosco Ntaganda opère pour d'autres groupes armés soupçonnés d'agir pour le compte du Rwanda en République démocratique du Congo.

C'est là dans les années 2000, qu'il rejoint les Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), la branche armée de l'Union des patriotes congolais (UPC).
 
Bosco Ntaganda lorsqu'il était général de l'armée congolaise en 2009 à Goma.
Bosco Ntaganda lorsqu'il était général de l'armée congolaise en 2009 à Goma.
©AP Photo/ T.J. Kirkpatrick


A l'issue d'un accord de paix, il est intégré avec ses hommes dans l'armée congolaise et promu général de 2007 à 2012. Il troque finalement le costume militaire pour diriger une partie des rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) qui sévissent dans la région des Grands Lacs.

En mars 2013, le M23 défait, il se rend de lui-même à l'ambassade américaine de Kigali au Rwanda. Il y demandera son transfert à la CPI, une première dans l'histoire de la juridiction.

Depuis, "Terminator" plaide non coupable. "J'ai toujours combattu contre les hommes en uniforme et je ne me suis jamais attaqué aux civils, je les ai protégés", se défend-il devant la Cour.

Arrêté en 2013, Bosco Ntaganda a déjà purgé six années de sa peine. Aujourd'hui âgé de 46 ans, il compte faire appel de la condamnation.
 

La parole aux victimes

Maître Sarah Pellet, l'avocate qui représente les anciens enfants soldats lors de ce procès, s'est félicitée de la condamnation. Elle répond aux questions de TV5MONDE. 

TV5MONDE  : Trente ans de prison, c'est la plus lourde peine jamais prononcée par la CPI, vous êtes satisfaite de ce verdict ?
Sarah Pellet : Dans le climat actuel, je suis extrêmement satisfaite de cette condamnation. C'est la première fois que des crimes de viols et d'esclavage sexuel commis par des militaires sont jugés devant la Cour. Et ces crimes sont enfin poursuivis au sein de l'UPC / FPLC.
C'est très important pour mes clients car ces crimes n'étaient pas pris en compte dans le premier procès qui les concernait. (Thomas Lubanga, condamné par la CPI à quatorze ans de prison en 2012, ancien président de l'Union des patriotes congolais UPC, la branche politique du FPLC, ndlr).
Cette peine va aussi avoir un impact sur la procédure de réparation.

Quel est l'état d'esprit de vos clients après cette condamnation ?
Aussi longtemps après les crimes, c'est-à-dire plus de 16 ans après, c'est un pas supplémentaire dans leur reconstruction. Ils sont soulagés que Bosco Ntaganda soit enfin condamné.
Cette lourde condamnation leur redonne confiance. Le temps judiciaire est long et ne joue pas en faveur des victimes. Aujourd'hui, leurs enfants ont l'âge qu'ils avaient en entrant dans les rangs du FPLC. Qu'est-ce qu'on répare aussi longtemps après ?

Bosco Ntaganda entend faire appel, les victimes sont-elles inquiètes ?
Mes clients sont contents de cette peine mais il faut les préparer à l'appel de la condamnation. La peine ne restera peut-être pas la même et il faut attendre. Cela pourrait encore retarder la mise en oeuvre des réparations. D'où l'importance du suivi, de bien leur expliquer la situation.