Congo Brazzaville : Mwassi Moyindo, la jeune diva du slam congolais

A l’occasion de la sortie ce 28 juin 2024 de son EP intitulé N’Laku, qui signifie Flamme en français, la jeune comédienne et slameuse congolaise Mwassi Moyindo est en tournée en France. Portrait.

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Mwassi Moyindo

La comédienne et slameuse congolaise Mwassi Moyindo aux côtés de ses musiciens, lors d'un concert donné à Brazzaville, au Congo, le 10 octobre 2020, à l'occasion de la rentrée littéraire organisée par les Ateliers Sahm créés par l'artiste plasticienne et écrivaine congolaise Bill Kouélany.

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Thérèsa Honoré Diakanua N’Silu alias Mwassi Moyindo, qui signifie « femme noire » en lingala – l’une des langues les plus parlées au Congo Brazzaville et en RDC -, naît le 3 août 1997, à Bela, une localité située à une soixantaine de km au sud de Brazzaville, en République du Congo. 

En choisissant Mwassi Moyindo comme nom d’artiste, Thérèsa Honoré Diakanua N’Silu entend porter fièrement sa belle peau noire, malgré les critiques et les sarcasmes. « On m’a conseillé de me dépigmenter la peau toute ma vie, et c’est énervant. », précise-t-elle. 

Avec un grand-père paternel originaire de la République Démocratique du Congo voisine, Mwassi Moyindo se définit comme fille des deux rives du fleuve Congo. Sixième d’une fratrie de sept enfants, elle est issue d’une famille de la classe moyenne brazzavilloise. 

Entre neuf et quatorze ans, Mwassi Moyindo s’initie au théâtre au sein de la section locale du « Groupe théâtral kimbanguiste », une troupe créée en décembre 1959 à Léopoldville, actuelle Kinshasa, afin de compléter l’évangélisation par le théâtre [C’est en 1921, dans l’ex-Congo belge, que Simon Kimbangu fonde un mouvement religieux qui donnera ensuite naissance au kimbanguisme, NDLR].   

Et c’est justement en 2011, l’année de son quatorzième anniversaire, que Mwassi Moyindo découvre le slam. L’adolescente assiste à une compétition inter-scolaire de slam organisée à Brazzaville par l’Institut français du Congo, en partenariat avec le collectif de slameurs Ateliers du Styl’Oblique Brazza ; et pour elle c’est une révélation.

Evénements de mars 2012

Des familles tenant les portraits de leurs proches, lors des funérailles organisées à Brazzaville, République du Congo, le dimanche 11 mars 2012, suite à l'explosion catastrophique du dimanche 4 mars, qui a fait au moins 282 morts. 

© Photo AP/Rukmini Callimachi

L’année suivante, la jeune fille rejoint le collectif Ateliers du Styl’ Oblique et commence à écrire et déclamer ses premiers textes sur scène. Avec l’aide du collectif, elle participe cette année-là au spectacle dédié aux victimes des événements tragiques du 4 mars 2012.

Ce jour-là en effet, d’importantes explosions dans un dépôt d’armes et de munitions d’une caserne militaire dévastent le quartier de Mpila, à Brazzaville. Le bilan est lourd : au moins 282 morts, près de 2 300 blessés et environ 25 000 déplacés.

« J’étais honorée de prendre la parole pour rendre hommage aux victimes de cette tragédie. » témoigne aujourd’hui Mwassi Moyindo. Après ce spectacle, les parents de la jeune artiste lui demandent de se concentrer sur ses études qu’elle arrête finalement après l’obtention de son baccalauréat en 2017.

Redemption

La comédienne et slameuse congolaise Mwassi Moyindo sur scène en 2020 avec la Compagnie Nge Ni Mey, pour le spectacle Redemption, une création chorégraphique de l'artiste congolais Merveilles Toutou. 

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Dès lors, Mwassi Moyindo se consacre entièrement à deux de ses grandes passions, le slam et le théâtre.  Devenue une figure de proue du collectif Ateliers du Styl’ Oblique, Mwassi Moyindo participe au fil des ans à de nombreux ateliers consacrés au slam, afin de former à son tour les plus jeunes.

Aux côtés d’une quinzaine d’artistes camerounais et congolais, la jeune femme participe en 2020 à l’écriture d’un recueil de poèmes intitulé « La danse de l’arc-en-ciel », paru l’année suivante aux éditions Yo’o nonena, basées à Douala, au Cameroun. Une initiative du « Collectif Poésie Libre », dont le but est d’œuvrer à la promotion de ses membres.

En avril 2021, Mwassi Moyindo sort un single intitulé « Zala Yo », un titre aux accents afro pop qui entend notamment lutter contre les stéréotypes dont sont victimes les femmes. « Qui que tu sois, où que tu sois, fais un choix, celui de ton cœur ; que la société l’accepte ou pas, fais un choix, reste-toi. Zala Yo. », chante-t-elle dans l’un des couplets de ce morceau. 

Cinq mois plus tard, Mwassi Moyindo sort un autre single intitulé « Ngiena », qui signifie « Je suis » en français. Une chanson en guise de réflexion, et qui se situe dans le prolongement des problématiques posées avec le titre « Zala Yo ». Dans un style qui rappelle celui des griots d’Afrique de l’Ouest, elle chante la diversité culturelle de son pays natal. 

Après la publication de plusieurs autres titres dont « Encore là » et « Femme au-delà de l’imagination », parus respectivement en décembre 2023 et en mars 2024, Mwassi Moyindo vient de faire paraître un EP intitulé « N’Laku », Flamme en français. Dans ce morceau qui est aussi le titre-phare de cet EP, l’artiste nous susurre de sa voix douce et mélodieuse :

« Elle assure, quand c’est mes armes qu’elle affûte

Elle assume, fièrement elle jaillit d’entre deux enclumes

Elle me consume, elle change mon flot en flammes

Et l’âme en slam s’enflamme […] »