Afrique

Contestation au Mali : le président du Nigeria renforce la médiation africaine

Des manifestants anti-gouvernement brûlent des pneux et dressent des barricades sur les routes de la capitale malienne, Bamako, le vendredi 10 juillet 2020. Ils sont des milliers à marcher et manifester, encouragés par un groupe d'opposition qui rejette le gouvernement malien.
Des manifestants anti-gouvernement brûlent des pneux et dressent des barricades sur les routes de la capitale malienne, Bamako, le vendredi 10 juillet 2020. Ils sont des milliers à marcher et manifester, encouragés par un groupe d'opposition qui rejette le gouvernement malien.
© AP / Baba Ahmed

Cinq chefs d'Etat, dont le président nigérian Muhammadu Buhari, sont arrivés ce jeudi 23 juillet à Bamako pour "contribuer à apaiser le climat sociopolitique au Mali". Ils appuieront les efforts de médiation des Etats ouest-africains après des semaines de contestation du pouvoir.

M. Buhari, à la tête du Nigeria, le pays le plus peuplé du continent, a annoncé sa participation mardi 21 juillet. Il accompagne ses homologues du Sénégal Macky Sall, de Côte d'Ivoire Alassane Ouattara, du Ghana Nana Akufo-Addo et du Niger Mahamadou Issoufou.

Les chefs d'Etat sont arrivés jeudi à Bamako peu avant 10H00 (GMT et locales).

Les cinq présidents "viennent pour entériner et renforcer ce qui a été fait", a expliqué une source proche des négociations. Même si les principaux meneurs de la contestation ont refusé de valider les propositions de sortie de crise de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), "on ne peut pas parler d'échec" de la médiation, selon une source proche des négociations.

L'Union africaine (UA) a immédiatement "salué" l'envoi de cette mission. Elle "appuie les propositions de sortie de crise de la Cédéao, qui constituent une base de négociation pour la résolution des problèmes à l'origine de la crise actuelle", selon un communiqué.

La venue des cinq présidents dans la capitale malienne a été annoncée par une "note verbale" adressée par la délégation de la Cédéao à Bamako au ministère malien des Affaires étrangères.

Cette délégation comprend également l'ancien président nigérian Goodluck Jonathan, médiateur attitré de l'organisation régionale dans la crise que traverse depuis juin dernier le Mali, ainsi que le président de la Commission de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), Jean-Claude Kassi Brou.

Ils doivent rencontrer d'abord le président Ibrahim Boubacar Keïta, puis conjointement l'influent imam Mahmoud Dicko - figure emblématique de la contestation - et les dirigeants du Mouvement du 5-Juin (M5-RFP), la coalition hétéroclite qui réclame avec vigueur la démission du chef de l'Etat.

La délégation devrait quitter le Mali le jour même vers 17H30.

Voir aussi : les opposants du président Ibrahim Boubacar Keïta de nouveau dans la rue à l'appel de l'imam Mahmoud Dicko

Chargement du lecteur...

Contestation massive d'IBK

Au pouvoir depuis 2013, le président Keïta, dit "IBK", est massivement contesté dans la rue depuis juin.

Au climat d'exaspération nourri depuis des années par l'instabilité sécuritaire dans le centre et le nord du pays, le marasme économique - ou une corruption jugée endémique-, est venu s'ajouter à l'invalidation par la Cour constitutionnelle d'une trentaine de résultats des législatives de mars-avril, considérée comme l’élément déclencheur de la crise actuelle.

Le 10 juillet, la troisième grande manifestation contre le pouvoir à l'appel du M5-RFP, a dégénéré en trois jours de troubles meurtriers à Bamako, les pires dans la capitale depuis 2012. Le calme est depuis lors progressivement revenu à Bamako, où les quelques barrages érigés lundi ont été rapidement démantelés.

La crise politique actuelle au Mali, dont une large partie du territoire, en proie à des violences djihadistes et/ou communautaires quasi-quotidiennes, échappe à l'autorité de l'Etat, inquiète ses alliés et voisins, qui craignent que le pays sombre dans le chaos.

Le 20 juillet, la Cédéao présentait son plan de sortie de crise : 

Chargement du lecteur...

"Sortie de crise"

Une délégation de la Cédéao conduite jusqu'à dimanche 19 juillet par l'ex-président Goodluck Jonathan a émis une série de recommandations, dont la nomination d'une nouvelle Cour constitutionnelle qui serait chargée de régler le litige autour des législatives, ainsi que la mise sur pied d'un gouvernement d'union nationale.

Cette feuille de route "jette les bases d'une sortie de crise", se sont félicités mardi les partis de la majorité présidentielle.

Mais elle s'est jusqu'ici heurtée au refus du M5-RFP, qui réunit des chefs religieux et des personnalités du monde politique et de la société civile autour d'un programme de refondation de la gouvernance au Mali qui exclut, à ses yeux, le président Keïta.

Signe d'apaisement, le mouvement a annoncé une "trêve" des manifestations jusqu'à la grande fête musulmane de l'Aid al-Adha, prévue le 31 juillet.

"Goodluck Jonathan et son équipe ont fait un travail très important, ils ont posé un cadre juridique, ils ont apporté des solutions", a souligné la source proche des négociations, qui a répété qu'un départ forcé d'"IBK" est une "ligne rouge" que n'accepteront de franchir ni le camp présidentiel ni la communauté internationale. 

Pour mettre fin à la crise, il s'agit aussi de "mettre en pratique les recommandations, comme la mise en place d'une Cour constitutionnelle reconstituée" - ce qui pourrait "aller très vite"-, et celle d'un gouvernement d'union nationale, a ajouté cette source. Pour cette dernière, la balle est à cet égard dans le camp des Maliens eux-mêmes.