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COP15 à Montréal : la rainette, une espèce en danger symbole de la fragilité de la biodiversité au Canada

La rainette faux-grillon est une très petite grenouille. Sa taille fait en moyenne 2,5 cm. On l’aperçoit rarement, car elle est craintive.
La rainette faux-grillon est une très petite grenouille. Sa taille fait en moyenne 2,5 cm. On l’aperçoit rarement, car elle est craintive.
©Catherine François.

Plusieurs espèces sont menacées au Québec : le caribou forestier, le chevalier cuivré (un poisson du fleuve Saint-Laurent), et parmi les reptiles et les amphibiens, plusieurs espèces de couleuvres et de tortues, ainsi que la rainette faux-grillon. Le cas de cette minuscule grenouille est emblématique de la question de la préservation de la biodiversité au Canada.

La rainette faux-grillon est victime de la densification urbaine et du développement des banlieues et de l’agriculture. Le gouvernement du Québec vient d’ailleurs de la mettre sur la liste des espèces menacées alors qu’elle avait été déclarée « vulnérable » en 2001. Du côté canadien, elle est protégée depuis 2010.

« On a observé un déclin important des populations dans le sud du Québec» , explique Marc Mazerolle, biostaticien de l’Université Laval. Sa taille fait en moyenne 2,5 cm.

Sur les 18 dernières années, il y a environ 50% des populations qui ont disparu des sites connus  hébergeant la rainette faux-grillon.
Lyne Bouthillier, biologiste au Ministère québécois de l’Environnement

« On a fait des travaux récemment qui ont montré que depuis les 18 dernières années, il y a environ 50% des populations qui ont disparu des sites connus  hébergeant la rainette faux-grillon », ajoute le scientifique. « La baisse dans les populations de la rainette est drastique et rapide », estime pour sa part Lyne Bouthillier, biologiste au Ministère québécois de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.

« Nous, les scientifiques, on la considère comme étant une espèce hautement menacée par le développement et par les changements climatiques », précise la biologiste.
 

Lyne Bouthillier, biologiste au Ministère québécois de l’Environnement constate une "déclin des populations" de la rainette dans le sud du Québec.
Lyne Bouthillier, biologiste au Ministère québécois de l’Environnement constate une "déclin des populations" de la rainette dans le sud du Québec.
Catherine François.

La perte d’habitat est la principale menace qui pèse sur cette grenouille : « Là, présentement nos populations sont coincées entre l'agriculture plus industrielle qui a pris place avec les années et le développement domiciliaire de la rive-sud de Montréal, précise la biologiste.

« Déjà au début des années 2000, pour obtenir le statut d'espèce vulnérable, on considérait que 90% de son habitat avait été détruit. C'est là le problème, avec l'urbanisation, l'habitat de la rainette est fragmenté et une population qui s'éteint n'aura pas la chance d'être recolonisée par des juvéniles si elle est encerclée par des autoroutes ou des développements urbains », souligne de son côté le biostaticien.

Le réchaufement climatique, une menace pour la rainette faux-grillon

Le réchauffement climatique est venu s’ajouter à cette menace. La rainette est la première espèce à se reproduire aux balbutiements du printemps dans les étangs qui sont créés par la fonte des neige et si ces étangs s’assèchent plus tôt parce qu’il fait plus chaud, les têtards n’ont pas le temps de devenir des grenouillettes.

Un comité de rétablissement de la rainette faux-grillon a été mis en place pour sauver la petite bête. Des projets immobiliers et des projets d’autoroute ont dû revoir leurs plans pour ne pas empiéter sur l’habitat de la rainette.

Voir : la rainette faux-grillon menacée d'extinction
 

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On a aussi créé au parc du Mont Saint-Bruno, en banlieue de Montréal, quatre étangs dans lesquels ont été relâchés des rainettes nées en captivité au Biodôme de Montréal sous les bons soins de la vétérinaire Emiko Wonk et son équipe.

Cette clinique de procréation assistée rencontre de beaux succès, un millier de grenouillettes nées en captivité ont été relâchées dans la nature. « Mais c’est la solution de dernier recours, la première orientation c'est de conserver l'habitat existant » soutient Lyne Bouthillier. « J'y crois au projet, mais je trouve ça malheureux d'être rendu là, quand tu es obligé d’introduire des individus d'une espèce qui était autrefois abondante, je trouve ça triste, idéalement on aurait dû conserver davantage d'habitat et mieux veiller au grain » se désole Marc Mazerolle.

Le fait que la rainette soit maintenant sur la liste des espèces menacées va débloquer des fonds qui vont aider au financement de ces programmes de sauvegarde. Mais est-ce que cela sera suffisant pour la sauver ?