Afrique

Coronavirus en Afrique : « Le Covid-19 est un challenge futur, on a eu le temps pour s'y préparer » 

6 février, Kitwe (Zambie) : un homme essaye un masque dans une pharmacie. (AP Photo/Emmanuel Mwiche)
6 février, Kitwe (Zambie) : un homme essaye un masque dans une pharmacie. (AP Photo/Emmanuel Mwiche)

Le coronavirus s'étend mais il ne faut pas "céder à la psychose" comme nous le dit le Professeur Yap Boum II, épidémiologiste et directeur d'Epicentre Afrique, le centre de recherche de Médecins sans frontières (MSF)de Yaoundé au Cameroun. « Le Covid-19 est un challenge futur. Il faut s’y préparer, et la plupart des pays sont prêts. Car on a eu le temps pour le faire, contrairement à d’autres maladies. »  La prévention est la première étape de la guérison.

"Il ne faut pas céder à la psychose". Ce sont les mots du Professeur Yap Boum II, epidémiologiste, directeur d’Epicentre Afrique, le centre de recherche de Médecins sans frontières, à Yaoundé au Cameroun. Il a récemment eu à gérer l’épidémie meurtrière d’Ebola en RDCongo. De 2009 à 2014, il a dirigé le centre de recherche Epicentre de Mbara en Ouganda sur la malaria et la tubercolose. 

TV5MONDE : Comment reconnaît-on les cas ?

Professeur Yap Boum II : Le COVID-19 est un virus qui affecte les voies respiratoires. Il peut se manifester par de la toux, et s’accompagner ou pas de fièvre. Si on a déjà un rhume, ces symptômes vont se rajouter à ceux du COVID-19. Il n'est pas immédiatement décelable.

Que faut-il faire quand on pense être atteint ?

Comme pour toute maladie infectieuse, il faut suivre des règles d'hygiène simples comme se laver les mains, et surtout éviter de se toucher le visage. Ce qui est évidemment compliqué car c'est un geste que l'on fait sans même s'en rendre compte. 

Comment éviter la propagation ?

À partir du moment où on pense avoir été en contact avec quelqu’un qui est porteur du virus, il ne faut pas se déplacer. Il faut appeler l’hôpital et demander à ce que les équipes viennent sur place. Il faut à tout prix éviter les déplacements qui multiplient les risques de propagation. Dès qu’on prend un taxi pour aller à l’hôpital on propage le virus.

Selon vous, la meilleure mesure est d'éviter les déplacements...

Oui, et il faut communiquer. La communication est un facteur clé dans la bonne compréhension du problème afin d'éviter la psychose ou les comportements irresponsables.
La meilleure solution, c’est la prévention. C'est le choix de l’Ouganda qui a confiné plus de 600 voyageurs venant de l'étranger. Pour une fois, l’Afrique met le monde en quarantaine. Il faut aussi mettre les choses en perspective : il y a d’autres maladies beaucoup plus graves aujourd’hui comme la rougeole, qui a fait 3000 morts, ou le choléra. Le taux de mortalité d’un patient atteint d’Ebola est de 50%, celui du Covid-19 est de 3%.

Les systèmes de santé en Afrique sont-ils prêts à affronter cette nouvelle épidémie ?

Le professeur Yap Boum II cite un exemple en France, qui fait face actuellement à une multiplication de cas : "Considérons l’hôpital de Compiègne (dans l’Oise, à 60 km de Paris) qui accueille en ce moment 200 patients en quarantaine. Que va faire une femme enceinte si elle se présente en urgence ?» La situation est très tendue dans les pays européens.

Le professeur souligne le Covid-19 est "un challenge futur". "Il faut s’y préparer, et la plupart des pays sont prêts, car on a eu le temps pour le faire, contrairement à d’autres maladies. Mais ce genre d’épidemie met à jour les failles des systèmes de santé."
Les conséquences vont être durables car, souligne le professeur Boum, «ce challenge a aussi un coût. Le Cameroun vient de mettre en place des réponses sanitaires pour 1 million d’euros. C’est de l’argent qui ne va pas être affecté à d’autres causes. »  

Le Dr Ousmane Faye, directeur du laboratoire de virologie de l’Institut Pasteur de Dakar, nous l'explique : "Tout le monde est inquiet. On ne sait pas grand-chose sur ce coronavirus et les structures de santé en Afrique ont un souci d’équipement. Si des cas graves se déclarent, il faudra être capable de réanimer la personne. Or, face à des hôpitaux au nombre de lits très limité, cela risque de poser un problème. Regardez la Chine. Cette grande puissance a mis au point rapidement des structures de santé, mais l’épidémie continue toujours. Vous voyez donc toutes les conséquences que cela pourrait entraîner en Afrique. Je pense que les ministres de la Santé y travaillent."