Afrique

Coronavirus en Afrique : quelles conséquences économiques ?

L'impact de la crise sanitaire sur les transports aériens inquiète la Communauté économique d'Afrique de l'Est. Ethiopian Airlines est la première compagnie aérienne du continent.
L'impact de la crise sanitaire sur les transports aériens inquiète la Communauté économique d'Afrique de l'Est. Ethiopian Airlines est la première compagnie aérienne du continent.
AP/Mulugeta Ayene,

La crise sanitaire actuelle liée au Covid-19 pèse fortement sur les économies du continent qui ont misé, soit sur le tourisme, soit sur les exportations des matières premières, notamment les hydrocarbures. Le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, milite auprès du G20 pour un plan d'aide de 150 milliards de dollars pour les économies africaines. État des lieux.

La pandémie a fait chuter brutalement les prix des hydrocarbures. Une catastrophe pour de nombreux pays africains, dépendants de cette manne. Le prix du baril de pétrole de référence, le Brent, s'est échangé à 28 dollars ce mercredi 18 mars sur les marchés. Il était encore à un peu plus de 50 dollars au mois de février.

Le Nigeria, premier pays producteur d'hydrocarbures du continent, est le pays le plus fragilisé par cette violente chute des prix. La production de pétrole y représente plus de la moitié des recettes publiques.

Dans son budget 2020, le gouvernement avait fixé le prix du pétrole à 57 dollars le baril, avant d'assister à une plongée des prix de plus de 30% depuis le début de la crise sanitaire.

C'est un coup très dur pour l'économie de ce géant sortant à peine d'une période de récession, qui plombait son économie depuis 2016, à la suite d'une crise déjà liée à la chute des cours du pétrole.

Relire : coronavirus et cours du pétrole mettent le Nigeria en difficulté

L'Angola, deuxième pays producteur d'or noir sur le continent, connaît également une situation économique fragile, car très dépendant de la manne pétrolière.
Les exportations d'hydrocarbures représentent un peu plus de 70% des recettes de ce pays qui, comme le Nigeria, a connu une récession, à la suite de la même chute des prix du baril de pétrole en 2015.

Le pays comptait sur une reprise économique avec une hausse modérée des prix du baril. Ce contre-choc pétrolier, accompagnant la crise sanitaire, intervient au pire moment pour un pays économiquement exsangue.
 
Image du siège de la Sonatrach, la compagnie nationale algérienne de pétrole. Le pays est  le troisième producteur de pétrole en Afrique.
Image du siège de la Sonatrach, la compagnie nationale algérienne de pétrole. Le pays est  le troisième producteur de pétrole en Afrique.
AP/Anis Belghoul
Les perspectives moroses induites par le Covid-19 ont également contraint l'Algérie, troisième producteur africain de pétrole, à revoir à la baisse ses prévisions de croissance.

Le pays est fortement dépendant des exportations de pétrole et de gaz, qui représentent un peu plus de 50% des recettes de l'Etat. Le 10 mars dernier,
le gouvernement s'est réuni en urgence pour faire adopter une loi de finances rectificative.

Le projet de budget 2020 table dorénavant sur un cours moyen de 50 dollars le baril et un déficit de 7 % du Produit Intérieur Brut (PIB), ce qui induit des finances publiques structurellement déficitaires.

La crise du Covid-19 pourrait encore aggraver ce déséquilibre, les réserves de changes ayant chuté de façon marquée, passant de 198 milliards de dollars en 2014 à 63,8 milliards en fin d'année 2019 et le début de la crise sanitaire.

Relire : Algérie : une économie à bout de souffle
 
Les inquiétudes planent également sur neuf autres pays producteurs en Afrique. L’Égypte, depuis la découverte du gisement de Zohr, comptait sur le pétrole pour relancer son économie.

Ou encore les pays francophones comme la République démocratique du Congo ou le Gabon, dépendants aussi fortement des fluctuations des prix du baril.
 

Le coronavirus fragilise le tourisme en Afrique

 
C’est le cas, là encore, de l’Égypte. En 2020, 15 millions de touristes étaient attendus dans le pays de pyramides et des pharaons, qui comptait enfin renouer avec les chiffres enregistrés avant la révolution de 2011.
 
Une touriste à Sousse. Le tourisme fait vivre 400 000 Tunisiens.
Une touriste à Sousse. Le tourisme fait vivre 400 000 Tunisiens.
AP/Abdeljalil Bounhar

Ce secteur représente quelques 11 milliards de dollars de recettes pour les caisses de l'Etat égyptien.
 
Comme l’Égypte, la Tunisie a souffert de l’instabilité politique et sécuritaire, au lendemain de la révolution de 2011. A la suite des attentats du musée du Bardo et de l’attentat de Sousse en 2015 contre des touristes, le pays avait vu sa fréquentation touristique chuter brutalement.
 
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Les chiffres de 2019 traduisaient cependant une reprise de l’activité, avec un peu plus de 7 millions de visiteurs sur le territoire. Le tourisme fait vivre un peu plus de 400 000 personnes en Tunisie. Or, de nouveau, le secteur est en souffrance.

Relire : en Tunisie, une renaissance du tourisme en trompe-l'œil

De leur côté, ces dernières décennies, les pays de l'Afrique de l'Est, tels que l'Ethiopie et le Kenya, ont su développer une vraie "industrie de l'hospitalité", avec notamment le développement de grandes compagnies aériennes. Ethiopian Airlines est devenu un géant du transport aérien sur le continent.

Face aux désastres dus à la pandémie, le secrétaire général de Communauté de l'Afrique de l'Est, Libérat Mfumukeko, se montre pessimiste : " L'impact sur les compagnies aériennes nationales dans la région est grave. L'impact réel doit encore être étudié mais, il est clair que le tourisme et toute l'industrie de l'hospitalité sont très largement affectés", a-t-il déclaré lors d'un point presse le 14 mars dernier au siège de l'institution.