Afrique

Coronavirus : pourquoi le variant sud-africain inquiète les scientifiques ?

Un agent de santé sud-africain effectue un test nasal afin de détecter la présence du Sars-Cov2, le vendredi 8 janvier 2021. L'Afrique du Sud est le pays le plus touché sur le continent.
Un agent de santé sud-africain effectue un test nasal afin de détecter la présence du Sars-Cov2, le vendredi 8 janvier 2021. L'Afrique du Sud est le pays le plus touché sur le continent.
AP Photo/Nardus Engelbrecht

Après le Royaume-Uni, le 18 décembre, les autorités sud-africaines ont identifié un variant inquiétant de la Covid-19, appelé 501.V2. Comme chez les Britanniques, celui-ci se caractérise par une mutation sur l’une de ses protéines, qui rendrait le virus plus agressif, dans la mesure où il contaminerait les cellules plus facilement. Les chercheurs craignent qu’il ne réduise l’efficacité des vaccins.

Le Sars-Cov2 ne déroge pas à la règle, comme tous les virus, il mute. Cependant, si plusieurs milliers de mutations ont pu être observées depuis le début de la pandémie, deux attirent particulièrement l’attention des chercheurs. L’apparition d’une nouvelle souche de la Covid-19, qualifiée comme étant “hors de contrôle” par le ministre de la Santé britannique, Matt Hancock, Londres et une partie de l’Angleterre ont été reconfinés, jusqu’à nouvel ordre.

Comme le Royaume-Uni, l’Afrique du Sud fait face à un mutant du virus. Un variant qui suscite de nombreuses interrogations, notamment dues au fait qu’il semble être plus agressif que la souche initiale avec un taux de contamination plus important et qu’il pourrait réduire l’efficacité des vaccins. 

(Re)voir >>> Coronavirus : les variants britannique et sud-africain posent des défis risqués

Un variant plus contagieux

Ce variant sud-africain a été découvert en octobre, alors que le pays recensait environ 2 000 cas de contamination par jour. Aujourd'hui, l'Afrique du Sud enregistre près de 20 000 nouveaux cas quotidiens. Le 501.V2 représenterait, aujourd’hui, près de 90 % des infections.
Tout comme celui observé au Royaume-Uni, le variant sud-africain se caractérise par une mutation sur la protéine Spike. Celle-ci est la clé qui permet au virus de s’accrocher à nos cellules et d’y avoir accès.

Si les chercheurs n’ont pas constaté une hausse de la mortalité directement liée à ce variant, ils ont pu observer que les patients ont une charge virale plus élevée, c’est-à-dire qu’ils peuvent le transmettre plus facilement à leurs proches : “La variante 501.V2 présente des prélèvements de diagnostic de charges virales plus élevées - ce qui peut la rendre plus transmissible via les aérosols produits pendant la respiration et la conversation", affirme le Dr Julian Tang, virologue et chercheur à l’université de Leicester.
En conséquence, la contamination étant plus aisée, on observe une hausse du nombre de décès, liés à la pandémie de coronavirus, mais aussi des admissions en réanimation. 

C’est pour répondre à cette dynamique négative que le gouvernement sud-africain a décidé de durcir les mesures restrictives, notamment en élargissant le couvre-feu ou en rendant le port du masque obligatoire.

Des vaccins moins efficaces ? 

La mutation constatée est inquiétante, dans la mesure où la protéine concernée par la mutation correspond à celle que les vaccins ont ciblée afin d’apprendre à nos cellules à repérer le virus et à le combattre. Le danger réside dans un supposé changement trop important de sa composition, qui pourrait remettre en cause l’efficacité des vaccins.

"Nous pouvons commencer à concevoir un vaccin qui imite complètement la nouvelle mutation".Ugur Sahin, co-dirigeant de BioNtech

Si les chercheurs ne s'inquiètent pas outre mesure sur le variant anglais, des analyses sont en cours pour voir si le variant sud-africain ne contourne pas la réponse immunitaire apportée par les vaccins. Selon John Bell professeur de médecine à l’université d’Oxford, il existe un “gros point d’interrogation” autour de l’efficacité des vaccins contre la forme mutante sud-africaine de la Covid-19.

Le patron de BioNtech s’est montré rassurant, quant à la réponse à apporter à ces variants. Il affirme pouvoir recombiner son vaccin contre cette nouvelle souche ou une autre en six semaines s’il le fallait. "En principe la beauté de la technologie de l'ARN messager est que nous pouvons directement commencer à concevoir un vaccin qui imite complètement la nouvelle mutation", a souligné Ugur Sahin, co-dirigeant de BioNtech, lors d'une conférence de presse.
De surcroît, le laboratoire a assuré qu’il était "hautement probable" que le vaccin actuel soit efficace contre la nouvelle souche du coronavirus repérée au Royaume-Uni, sans avoir à en produire un nouveau. Là encore, rien n’est sûr concernant celle détectée en Afrique du Sud. Il est néanmoins peu probable que ces mutations rendent les vaccins inutilisables, même si elles peuvent affecter leur efficacité.
"Nous avons donc testé 16 mutations différentes, et aucune d'elles n'a vraiment eu d'impact significatif. C'est la bonne nouvelle. Pour autant, cela ne veut pas dire que ce sera le même chose pour la 17ème", a déclaré Phill Dormitzer, scientifique travaillant chez Pfizer, à Reuters ce vendredi 8 janvier.

Lire aussi : Coronavirus : quels sont les différents vaccins administrés dans le monde ?


Début de la campagne de vaccination en février 

Ce nouveau variant est, à défaut d’être alarmant, au moins préoccupant. En effet, l’Afrique du Sud est le pays le plus touché par la Covid-19, avec 1,1 million de personnes contaminées et près de 30 000 morts. Les Sud-africains attendent d’ailleurs toujours l’arrivée et la distribution des premiers vaccins et les critiques quant à la gestion de la crise sanitaire pleuvent. Ce 4 janvier, la direction du Conseil des Églises d’Afrique du Sud (Sacc) a même appelé le gouvernement à une accélération du processus d'acquisition des sérums.

Face à la colère montante, le ministre sud-africain de la santé, Zweli Mkhize a expliqué, sur Twitter que le pays commencera la campagne de vaccination en février.

Le gouvernement vise “un minimum de 67 % de la population pour obtenir une immunité collective” avec un “déploiement progressif du vaccin, en commençant par les plus vulnérables”.
Les Sud-africains négocient toujours l’achat de vaccins auprès de plusieurs laboratoires, tels que Pfizer ou encore AstraZeneca.