Afrique

Côte d'Ivoire : la construction d'un pipeline du projet gazier Foxtrot bloqué

Vue aérienne d'une plateforme Marlin de la société Foxtrot International. Jacqueville, Côte d'Ivoire.
Vue aérienne d'une plateforme Marlin de la société Foxtrot International. Jacqueville, Côte d'Ivoire.
D.R. © Foxtrot

Des centaines de jeunes Ivoiriens ont bloqué depuis le 3 novembre des travaux de pose de pipelines liés à la plateforme gazière Foxtrot à Jacqueville, dans le sud de la Côte d'Ivoire. Ce projet d'exploitation gazier est né d'un accord entre Bouygues et la Côte d'Ivoire en 1992.

Des dizaines de villages sont disséminés le long des plages et des lagunes de cette région du sud de la Côte d'Ivoire. Ils ont vu leur vie changer avec la découverte dans les années 1980 d'un gisement gazier. En 1992, un contrat d'exploitation est signé entre Bouygues et la Côte d'Ivoire. Deux premiers pipelines sont construits et un troisième doit être installé. 

Mais depuis le 3 novembre des centaines de jeunes empêchent par tous les moyens l'enfouissement d'un troisième pipeline en raison de "promesses non tenues" à la suite de l'installation des "deux premiers". Selon leur porte-parole Siméon Akré, du village d'Adjué "un protocole signé depuis 2009 qui prévoyait la construction de dix logements d'instituteurs, d'un centre de santé (...) et le recrutement des jeunes du village n'a jamais été réalisé" dans ce village de 2.500 habitants.

Des retombées insignifiantes au regard des attentes des populations

Ce projet d'exploitation appelé "Foxtrot" est en partie financé par la Banque mondiale qui a demandé en 2013 une étude sur les impacts écologiques de cette installation dans la région. Les logements des instituteurs y sont évoquées p.37. Dès cette époque, deux des villages les plus impactés avaient souligné leurs inquiétudes. "Les populations estimeraient que la traversée de leurs terroirs villageois par les pipelines des compagnies pétrolières et gazières constituerait une véritable source de danger." (p.131) 

En 2021 la situation ne semble pas avoir beaucoup évolué. "Il est temps que les compagnies pétrolières et gazières, dans une perspective de justice vraie pour les populations abusées, engagent (...) des discussions franches dans un cadre formel et officiel", écrivent les habitants d'Adjué dans une déclaration.

Des chercheurs ont analysé les retombées pour les populations et concluaient, dans un article publié en 2021 par Regards Sud, la revue de géographie de l'Université Felix Houphoët Boigny de Côte d'Ivoire, que "l'apport de l’exploitation des hydrocarbures en off-shore à la dynamique de développement du département de Jacqueville est insignifiant au regard des attentes des populations riveraines."   

Côte d'Ivoire : faut-il se réjouir de la "découverte majeure" de pétrole et de gaz naturel ?

Chargement du lecteur...

Géant du cacao, petit producteur de pétrole

Leader mondial du cacao avec 40% des parts de marché, la Côte d'Ivoire est pour l'heure un modeste producteur de pétrole (36.000 barils/jour en 2019), exploité par plusieurs compagnies étrangères au large de Jacqueville. Comme de nombreux pays en développement, la Côte d'Ivoire a du mal à faire de ses matières premières une source de croissance qui bénéficie à ses populations.

En 2018, la production de pétrole brut a rapporté plus de 500 milliards de francs CFA (762 millions d'euros), selon l'ONG Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE).

Le Conseil pétrole-gaz, une structure réunissant élus locaux et habitants créée en 2008 pour faire l'interface entre les pétroliers et les populations et redistribuer la manne de l'or noir, est la cible des critiques des habitants qui lui reprochent son inaction.