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Côte d'Ivoire : le parti unifié... divise

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©TV5MONDE / Commentaire : E. Godard - Images : M. Rochand - Montage : L. Bellon

Deux ans avant les élections en Côte d'Ivoire prévues en 2020, où va l'union entre les houphouëtistes et les membres du RDR, le parti du président Ouattara ? Leur coalition, le RHDP, tient son bureau politique ce dimanche 17 juin 2018. Et les débats sont houleux sur la création d'un parti unifié. L'enjeu est la désignation d'un candidat unique pour la présidentielle de 2020...

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Vont-ils rester unis ? C'est la grande question... En 2010, pour gagner face à Laurent Gbagbo, cinq partis ivoiriens se regroupent au sein d'une coalition : le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) qui compte deux poids lourds : le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), dirigé par l'ancien président Henri Konan Bédié, et le Rassemblement des républicains (RDR), parti de l'actuel président Alassane Ouattara.

Fort de cette alliance, Alassane Ouattara a été réélu en 2010 et réélu en 2015. Mais à l'horizon du vote de 2020, les jeux de pouvoir refont surface. "Notre position, elle est claire, la jeunesse du PDCI-RDA aujourd'hui, de façon unanime, n'est pas prête et pas d'accord pour le parti unifié RHDP. Nous appartenons au groupement politique RHDP, nous pensons que ce groupement est suffisant pour nous", déclare Innocent Yao, président de la Jeunesse du PDCI. "La raison est toute simple: nous ne voulons pas perdre notre identité."

Aller vers un parti unifié, cela suppose qu'un seul candidat se présente, le plus fort.
Or le PDCI envisage de présenter son propre candidat... : Henri Konan Bédié. Et cela juste au moment où Alassane Ouattara annonce qu'il n'exclut pas un 3ème mandat.

Vers un 3e mandat d'Alassane Ouattara? 

Après avoir longtemps écarté cette possibilité, le président Ouattara estime désormais que le changement de Constitution de 2016 dont il est artisan a remis tous les compteurs à zéro et que ses élections de 2010 et 2015 ne comptent pas. 
 
La nouvelle Constitution m'autorise à faire deux mandats à partir de 2020. Je ne prendrai ma décision définitive qu'à ce moment-là, en fonction de la situation de la Côte d'Ivoire.Alassane Ouattara, président ivoirien
"La stabilité et la paix passent avant tout, y compris avant mes principes", ajoute  M. Ouattara, interrogé sur la possibilité de se représenter, dans un entretien à l'hebdomadaire Jeune Afrique.

Cette interprétation, qui est souvent diffusée par ses partisans, est largement remise en cause par l'opposition mais aussi par une grande partie de la communauté internationale. De leur côté, certains observateurs estiment que le président utilise la "menace" de se représenter pour faire taire les querelles internes nées de la guerre de succession qui a déjà commencé. 

Vers un parti unifié...?

Le président ivoirien tente de transformer en parti la coalition au pouvoir afin d'organiser une primaire pour la présidentielle de 2020. La transformation en un parti unifié du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) est un serpent de mer de la politique ivoirienne depuis une dizaine d'années. 

Voulue par le président Ouattara, elle se heurtait à des réticences au sein de son propre parti mais surtout de ses alliés et notamment du principal d'entre eux, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) de l'ancien président Henri Konan Bédié, qui a permis son élection en 2010 et 2015. 

Un des points d'achoppement est justement l'investiture du candidat à la présidentielle 2020: une partie des membres du PDCI estime que cette investiture revient de droit à leur formation, puisqu'ils ont soutenu celle du Rassemblement des Républicains à deux reprises. Mais pour le RDR, la première étape est l'union du parti...

"Le parti unifié précède l'alternance, qui doit obéir à un mécanisme interne, étant entendu que même dans le parti unifié, c'est sûr que les sensibilités politiques vont demeurer", déclare Adama Bictogo, membre de la coalition RHDP et vice-président du RDR, avant d'ajouter ! "Nous n'avons aucun problème qu'il (le prochain candidat à la présidentielle) vienne de n'importe quelle sensibilité, mais qu'on se donne les moyens, par un mécanisme interne, de choisir le meilleur parce qu'on n'a pas en face de nous des moutons."

A deux ans de la présidentielle, les ambitions s'échauffent, et de chaque côté de la coalition, il y a effritement...