Côte d’Ivoire : pour le responsable de l'ambassade de Tunisie, la théorie du grand remplacement est une "situation de fait"

Dans une interview accordée au média ivoirien L’intelligent.tv, le premier secrétaire des affaires étrangères de l’ambassade de Tunisie en Côte d’Ivoire, Dhour Elfakar Ibn Ahmed, estime que la théorie du grand remplacement est "une situation de fait" et que "clandestinité et irrégularité sont automatiquement synonymes de criminalité".

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Le premier secrétaire des affaires étrangères à l’ambassade tunisienne en Côté d’Ivoire, diplomate à l’ambassade de Tunisie en Côte d’Ivoire.
Le premier secrétaire des affaires étrangères à l’ambassade tunisienne en Côte d’Ivoire, interviewé par le média ivoirien L'intelligent.tv.
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« Vous évoquez la théorie du grand remplacement, c’est ce qu’on voit en Tunisie ? », demande le journaliste ivoirien. « On n’est pas dans la théorie, on est face à une situation de fait », répond le diplomate. L’extrait de l’interview du diplomate Dhour Elfakar Ibn Ahmed à l’ambassade de Tunisie en Côte d’Ivoire a fait le tour des réseaux sociaux, cumulant des milliers de vues.

Longue de 40 minutes et disponible sur Youtube, l’interview du média ivoirien l’intelligent.tv menée par le journaliste Ibrahim Khalil Koné a pour objectif de revenir sur les propos du président tunisien qui ont provoqué un tollé. Le premier secrétaire des affaires étrangères à l’ambassade tunisienne en Côté d’Ivoire se prête à la délicate tâche d’expliquer les tenants et aboutissants du discours du chef d’État tunisien.

Quand le journaliste ivoirien demande sans détour au diplomate si le discours du président tunisien peut être qualifié de raciste, ce dernier nie directement.

« Le président n’a désigné aucune race, aucun groupe par son appartenance religieuse ou sa couleur. Il a utilisé les termes spécifiques « d’immigrés clandestins » et précisé une appartenance géographique et non ethnique de ces personnes. C’est donc naturel qu’on ait eu ces trois mots « immigrés irréguliers d’Afrique subsaharienne ». légitime Dhour Elfakar Ibn Ahmed avant d’affirmer qu’ « à 99,9%, les personnes en irrégularité viennent d’Afrique subsaharienne. »

« Clandestinité synonyme de criminalité »

Ibrahim Khalil Koné enchaîne ensuite avec la théorie du grand remplacement, interrogeant le diplomate sur son soutien ou non à la pensée d’extrême-droite.

La théorie du grand remplacement selon Kaïs Saïed.
En 2011, l’écrivain Renaud Camus théorise la théorie du grand remplacement qui prédit une substitution inexorable d’une population européenne par une population immigrée. Ici reprise par Kaïs Saïed, il s’agirait alors du remplacement d’une population arabp-musulmane par une population noire.

« Le complot [supposé modifier la démographie tunisienne selon Kaïs Saïed] est organisé par qui ? interroge le journaliste.

« Le chef de l’État parle d’acteurs intérieurs et extérieurs au pays. Cette situation n’est pas propre à la Tunisie. Depuis les années 2000, des partenaires ont affirmé clairement vouloir faire de la zone d’Afrique du Nord une zone tampon de la migration des africains subsahariens. On va faire des offres de plus en plus intéressantes aux Tunisiens pour qu’ils acceptent la relocalisation des africains subsahariens dans leurs pays. »  rétorque le diplomate.

Clandestinité et irrégularité sont automatiquement synonymes de criminalité, clandestinité, économie parallèle et trafic de stupéfiants. Dhour Elfakar Ibn Ahmed, premier secrétaire des affaires étrangères à l’ambassade tunisienne en Côté d’Ivoire

Celui-ci fait alors référence aux financements européens envoyés par l’Union européenne pour « bloquer les départs de migrants vers l’Europe » depuis les côtés tunisiennes, selon la commissaire européenne pour les affaires intérieures, Ylva Johansson.

Si la Tunisie joue un rôle certain dans la politique de contrôle des flux migratoires de l’Union européenne, la présence de migrants subsahariens sur le sol tunisien reste lui limité. Le diplomate tunisien conteste cependant le chiffre des 21 000 ressortissants d'Afrique subsaharienne se trouvant sur le sol tunisien provenant du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES). Il avance de son côté un chiffre avoisinant les 80 000 dont « à peine 5 à 7% » serait en situation régulière.

Un vision des choses qui permet à Dhour Elfakar Ibn Ahmed de soutenir que la théorie du grand remplacement en Tunisie est plutôt « une situation de fait, avec des chiffres, des taux de croissance du mouvement » mais aussi que « clandestinité et irrégularité sont automatiquement synonymes de criminalité, clandestinité, économie parallèle et trafic de stupéfiants. »