Afrique

Coup de théâtre à la CPI : le Congolais Jean-Pierre Bemba acquitté

Chargement du lecteur...
TV5MONDE

L'ancien vice-président congolais risquait une peine de 18 ans de prison. La Cour pénale internationale vient de l'acquitter en appel des charges de crimes de guerre et crimes contre l'humanité en Centrafrique. La nouvelle a été accueillie entre joie et stupeur.

dans

Il était jusqu'alors le prisonnier le plus lourdement condamné par la Cour pénale internationale (CPI), mais Jean-Pierre Bemba vient d'être acquitté. Sur les 5 juges de la Cour d'appel, 3 ont estimé que des erreurs commises lors de la procédure de première instance étaient "suffisament importantes" pour annuler le verdict, à savoir la condamnation de l'ancien vice-président congolais, poursuivi pour les agissements de ses miliciens au debut des années 2000, à dix-huit ans de prison pour crimes et crimes contre l'humanité, la plus lourde peine d'emprisonnement jamais imposée par la CPI.

A Kinshasa, ses partisans ont patienté des heures durant au siège du Mouvement de libération du Congo (MLC), avant de pouvoir laisser exploser leur joie et d'envahir tout le quartier en scandant "merci Seigneur". Emprisonné depuis près d'une décennie à La Haye, à des milliers de kilomètres de là, leur leader vient finalement d'être acquitté, en appel, par la CPI. "C'est une grande journée aujourd'hui, vous ne pouvez pas vous imaginer, dix ans de détention arbitraire, de détention manifestement déloyale. Aujourd'hui la justice internationale, dans la sérénité, l'a lavé et Jean Pierre Bemba est un homme libre," se réjouit Jacques Ndjoli, inspecteur général du MLC. "Jean-Pierre Bemba sera candidat et va devenir President de la RDC le 23 décembre 2018."

Monsieur Bemba ne peut pas être tenu pour responsable, en vertu de l'article 28, des crimes commis par les troupes du MLC pendant l'opération en RCA. 
Christine Van der Wyngaert, juge présidente à la CPI

En 2016, l'ancien chef de guerre avait écoppé de dix-huit ans de prison pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. La décision — en appel — a surpris tout le monde :  
"La chambre d'appel conclut donc, à la majorité, et avec l'opinion dissidente du juge Mona-reng et du juge Hofmanski que la conclusion de la Chambre de première instance selon laquelle Monsieur Bemba n'a pas pris toutes les mesures nécessaires et raisonnables en réponse aux crimes du MLC en RCA, était matériellement entachée d'erreurs, et que Monsieur Bemba ne peut pas être tenu pour responsable, en vertu de l'article 28, des crimes commis par les troupes du MLC pendant l'opération en RCA," déclare Christine Van der Wyngaert, juge-présidente à la CPI.

L'annonce de l'acquittement de M. Bemba, qui avait été battu par Joseph Kabila lors de la présidentielle de 2006, puis avait quitté Kinshasa sous escorte blindée des Casques bleus en 2007, après de violents combats entre l'armée congolaise et sa milice, intervient dans un contexte de plus en plus tendu.

Entre octobre 2002 et mars 2003, des centaines de combattants du MLC — alors une milice dirigée par jean-Pierre Bemba — passent la frontière congolaise, direction la République centrafricaine. Ils vont soutenir le président Ange Felix Patassé, menacé d'un coup d'Etat par le général François Bozizé. Les hommes de Bemba tuent, pillent et violent sur leur passage. Or, en appel, les juges ont estimé que, Jean-Pierre Bemba n'étant pas — lui-même — présent en Centrafrique au moment des faits, il ne peut être tenu pénalement responsable de leurs actes. En Centrafrique, la déception est vive, comme en témoigne notre correspondant le journaliste centrafricain Pacôme Pabandji.

Jean Pierre Bemba restera malgré tout en prison, car il est poursuivi dans une seconde affaire — pour subornation de témoins.