Afrique

Coups d’État en Afrique : le travail de sape des djihadistes au Sahel porte t-il ses fruits ?

Image du camp de Kaya situé à 100 km au nord de Ouagadougou qui accueille des populations fuyant les djihadistes (8 février 2021).
Image du camp de Kaya situé à 100 km au nord de Ouagadougou qui accueille des populations fuyant les djihadistes (8 février 2021).
© AP Photo/Sophie Garcia

Certains experts estiment que la stratégie d'usure suivie par les djihadistes au Sahel a été déterminante dans la chute en 18 mois de deux régimes élus au Mali et au Burkina. Cette stratégie d'usure a pu fonctionner car les gouvernements maliens et burkinabè étaient affaiblis et discrédités.
 

"Nous sommes en train de subir de plein fouet la stratégie imposée par les groupes djihadistes."  Le constat de Mahamoudou Savadogo, consultant burkinabè en sécurité est sans appel.

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Comme au Mali en août 2020, des militaires ont renversé le président et pris le pouvoir lundi 24 janvier au Burkina Faso. Dans son premier communiqué, la junte a invoqué "l'incapacité manifeste du pouvoir" à faire face à la dégradation continue de la situation sécuritaire "qui menace les fondements mêmes de notre nation".

Faillite de l’État

Montrant la voie un an et demi plus tôt, leurs homologues maliens justifiaient leur propre coup de force en dénonçant pêle-mêle corruption, "clientélisme", "arbitraire", faillite de l'État et inaptitude face au terrorisme et au banditisme.

"Le Mali sombre de jour en jour dans le chaos, l'anarchie et l'insécurité par la faute des hommes chargés de sa destinée", dénoncent les membres de la junte malienne.

Putschistes burkinabè et maliens ont en commun l'exaspération devant l'impuissance des dirigeants en place face aux djihadistes, malgré le déploiement de forces françaises, onusiennes et africaines, et le soutien financier international.

Une poussée djihadiste partie du nord du Mali

Partie du nord du Mali en 2012, la poussée djihadiste a atteint le centre, puis les pays voisins. Les groupes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation État islamique sont présents désormais sur de larges parties du Burkina, au Niger et dans le nord des pays côtiers d'Afrique de l'Ouest.

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Avec des visions différentes d'emprise locale sous la loi islamique ou d'instauration d'un califat selon leur affiliation, les groupes armés, rivaux entre eux, s'en prennent à tout ce qui représente l'État et la présence étrangère, infligeant de lourdes pertes à des armées nationales sous-équipées et attaquant leurs alliés. Ils imposent leurs règles sur des étendues grandissantes.

Un rapport du think-thank International Crisis Group (ICG) décrit la présence d'Al-Qaïda comme forte dans le nord du Mali, hégémonique par endroits.
En brousse, par la coercition ou le ralliement et en l'absence de l'État, des populations parmi les plus pauvres du monde se rendent à la cause de djihadistes qui prélèvent l'impôt, rendent la justice et prodiguent les soins.
 


Les djihadistes ont mis en place une stratégie d'usure qui consiste à être patients, semer les graines de la division, déstructurer notre système politique et déstabiliser l'ordre social.
Mahamoudou Savadogo, consultant burkinabè en sécurité.

Mahamoudou Savadogo parle de "stratégie à l'usure". Elle consiste, dit-il, à "être patients, semer les graines de la division, déstructurer notre système politique et déstabiliser l'ordre social".

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"Sous nos yeux, les terroristes, partout au Sahel, sont en train de triompher", a posté sur les réseaux sociaux le patron de presse ivoirien Tiémoko Assalé, dont le pays est menacé de contagion. "Le choc provoqué par ces tueries dans le peuple et dans les rangs de l'armée fait le reste", pour in fine "créer la guerre de tous contre tous", affirme Tiémoko  Assalé.

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Les forces armées, présentes dans les villes, sortent de moins en moins, abandonnant la brousse aux groupes armés. Des bases rurales comme Indelimane (nord du Mali) ou Koutougou (nord du Faso) sont encore vides deux ans après avoir été attaquées.

La situation militaire, conjuguée selon le chercheur malien Boubacar Haidara à une mauvaise gouvernance et à une corruption répandue, a creusé un fossé entre les dirigeants civils et leur peuple, militaires compris.

Le point de non-retour au Faso a été atteint en novembre avec l'attaque d'Inata dans le nord, quand 57 personnes, dont 53 gendarmes, ont été massacrées, disent les experts.

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Une note interne, qui avait fuité quelques jours après, avait révélé que les soldats n'étaient plus ravitaillés en nourriture.

Les militaires qui ont pris le pouvoir au Mali et au Burkina entendent reprendre le contrôle. Seuls aux commandes, ils ont "tous les moyens pour adopter la stratégie qu'ils estiment la plus efficace pour renverser la tendance", dit le chercheur d'Amnesty International Ousmane Diallo. Mais "s'ils ne réussissent pas, que se passera-t-il?" se demande-t-il.

Au Mali, les attaques contre les forces de sécurité semblent s'être faites plus rares, sans que les causes apparaissent clairement : efficacité des opérations dirigées par la junte, effet de l'élimination de leaders djihadistes par les forces françaises, attentisme djihadiste? La junte revendique presque quotidiennement ses succès sur le terrain, difficilement vérifiables.

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Au bout du compte, la question épineuse du dialogue avec les djihadistes devrait se poser. La junte elle-même s'y est dite ouverte, mais le sujet a été relégué au second plan récemment.

Dans un message diffusé après la prise du pouvoir par les taliban en Afghanistan en août 2021, Iyad Ag Ghaly, chef du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, nébuleuse sahélienne d'Al-Qaïda, saluait la "patience" des "frères" d'Afghanistan, qui avaient mis fin à 20 ans de présence militaire étrangère. Il encourageait les djihadistes sahéliens à prendre exemple.

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