Afrique

Covid-19 au Niger : le pays fait-il face à une deuxième vague de l’épidémie ?

Le conseil des ministres du 4 décembre dernier, en présence du chef de l'Etat nigérien Mahamadou Issoufou. 
Le conseil des ministres du 4 décembre dernier, en présence du chef de l'Etat nigérien Mahamadou Issoufou. 
© Présidence de la République du Niger

Le Niger fait face depuis quelques semaines, à une recrudescence de l’épidémie de coronavirus. Décédé à Paris le 25 décembre dernier des suites du Covid-19, Soumaïla Cissé, le chef de l’opposition malienne, a contracté le virus au Niger. Notre confrère Seidik Abba a lui aussi été contaminé lors de son récent séjour nigérien. Il y a quelques jours, les autorités nigériennes ont annoncé de nouvelles mesures destinées à faire face à la situation. Beaucoup craignent cependant une deuxième vague de la pandémie, d’autant que les scrutins présidentiel et législatif du 27 décembre dernier ont sans doute accru les risques de transmission du virus.  

De retour à Paris peu avant les fêtes de fin d’année, après un bref séjour dans son Niger natal, Seidik Abba, journaliste indépendant et consultant, éprouve une légère fatigue à laquelle s’ajoute rapidement un accès de fièvre. Très vite, le verdict tombe : il est positif au Covid-19. « Le problème au Niger nous a-t-il confié, c’est le respect des mesures barrières. Les gens ne portent pas de masque et continuent de se serrer la main. Et si tu refuses de serrer la main à quelqu’un, ça peut être mal vu. Je suis sûr d’avoir chopé le covid-19 en serrant la main de quelqu’un. »

Un rebond de l'épidémie

Confiné et pris en charge immédiatement à son arrivée à Paris, notre confrère est aujourd’hui pratiquement tiré d’affaire. D’autres n’ont pas eu cette chance. C’est notamment le cas de Soumaïla Cissé, le chef de l’opposition malienne, qui a contracté le virus au Niger, durant sa tournée de remerciements aux chefs d’Etat de la région qui se sont battus pour sa libération. Le leader de l’URD, l’Union pour la république et la démocratie, est décédé le 25 décembre dernier à Paris, emporté par le Covid-19.

(Re)voir : "Mali : l'opposant Soumaïla Cissé succombe au coronavirus"

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Depuis quelques semaines, on assiste en effet à une recrudescence de l’épidémie de coronavirus au Niger. A l’issue du conseil des ministres du 23 décembre dernier, le gouvernement a annoncé une nouvelle série de mesures destinées à faire face à ce qui pourrait s’apparenter à une deuxième vague de la pandémie. Ainsi, les bars, les boîtes de nuit et les lieux de spectacle sont fermés depuis le 24 décembre, et ce pour une période de quinze jours renouvelables.

Le respect strict des mesures barrières est préconisé dans les restaurants. Les rassemblements sont interdits lors des décès, des mariages ou encore des baptêmes. Et l’Etat s’engage à fournir des masques aux personnes déclarées positives et à tous leurs contacts, pendant la période de suivi médical, afin de rompre les chaînes de transmission du virus.

Les 8 régions du pays sont concernées

Selon nos confrères de l’Agence nigérienne de presse, le gouvernement justifie ces nouvelles mesures notamment par l’augmentation du nombre de cas de contamination dans la région de Tillabéri, dans le sud-ouest du pays. Au 21 décembre, 183 nouveaux cas ont été enregistrés dans cette région, dont 118 provenant de la ville d’Ayérou, une localité située à la frontière malienne et proche du site aurifère d’Intahakan, dans le cercle de Gao, au Mali.

Pour les autorités nigériennes, le maintien du trafic transfrontalier et le faible accompagnement de l’exécutif local dans la gestion de la situation, expliquent sans aucun doute l’accroissement des cas de contamination dans la région.

Vendeuses et vendeurs ambulants dans un marché de Niamey, au Niger. 
Vendeuses et vendeurs ambulants dans un marché de Niamey, au Niger. 
© AP Photo/Sunday Alamba

En novembre dernier, le Niger avait déjà connu un accroissement significatif du nombre d’infections au coronavirus. L’ensemble des huit régions du pays étaient alors touchées par cette recrudescence de la pandémie, avec la capitale Niamey pour épicentre – à elle seule, elle concentrait 77% des cas de contamination.

Le ministre nigérien de la Santé, Idi Illiassou Maïnassara avait alors déclaré que « le nombre de cas mensuels répertoriés est passé de 41 en août, à 327 en novembre, soit huit fois plus de cas. » Durant la première quinzaine du mois de décembre, la situation s’est aggravée, obligeant le gouvernement à avancer la date de fermeture des établissements scolaires de cinq jours, soit du 17 décembre au 1er janvier 2021.

Le maintien des scrutins présidentiel et législatif

Dans le dernier train de mesures annoncé par le gouvernement nigérien, les autorités administratives et municipales sont invitées à veiller à l’application strict des gestes barrières et des mesures de prévention dans les marchés urbains et ruraux. Les ministres sont chargés des mêmes tâches pour ce qui concerne les administrations publiques, leurs démembrements, ainsi que les entreprises privées.

Dans les lieux de culte, les transports en commun et les gares, le port du masque, le lavage des mains ou l’usage des gels hydroalcooliques et la désinfection régulière des lieux sont désormais obligatoires. Par ailleurs, une stratégie de communication a été mise en place ainsi qu’une réadaptation au contexte actuel des messages et supports déjà existants.

(Re)voir : "Niger : dans l'attente des résultats de la présidentielle"

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Annoncées quelques jours seulement avant le scrutin présidentiel et législatif du 27 décembre dernier, toutes ces mesures n’ont pas arrêté les campagnes électorales en cours. Les autorités ont simplement indiqué qu’elles comptaient « sur le sens élevé de responsabilité des leaders politiques et leur collaboration pour limiter la propagation du virus. » Un choix qui illustre la difficulté des autorités nigériennes à concilier contraintes sanitaires et bon déroulement des campagnes électorales.

« Le pouvoir a dû jongler, estime notre confrère Seidik Abba. Les gens avaient commencé à dire que le candidat du pouvoir, Mohamed Bazoum, avait déjà fait sa campagne et qu’il entamait même une deuxième campagne. Si on suspendait la campagne pour les autres candidats, ça aurait créé de la suspicion. » Les campagnes se sont donc poursuivies et le scrutin s’est tenu comme prévu. Beaucoup s’attendent aujourd’hui à une explosion des cas de contamination.