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Covid-19 : l'Algérie connaît une flambée épidémique avec le variant Delta

<p>Des infirmières attendent dans le couloir d'un centre de vaccination à Alger, le 3 février 2021.</p>

Des infirmières attendent dans le couloir d'un centre de vaccination à Alger, le 3 février 2021.

AP/ Fateh Guidoum

Le 9 juillet, le pays le plus peuplé du Maghreb avec ses 44 millions d'habitants, dépassait la barre des 800 contaminations quotidiennes, pour la première fois depuis novembre 2020. Si la fulgurance du variant Delta explique l'accélération de la détérioration de la situation sanitaire en Algérie, le manquement de l'Etat dans sa gestion de la pandémie est aussi pointé du doigt.

Si le président Abdelmadjid Tebboune assure que la situation épidémiologique est "sous contrôle", l'Algérie, pays le plus peuplé du Maghreb, s'approche de son record de 1.133 cas quotidiens. Le 9 juillet, le pays dépassait la barre des 800 contaminations quotidiennes, pour la première fois depuis novembre 2020, en raison notamment de la multiplication des variants Delta et Alpha.

« Au niveau de l'hôpital de Blida (au sud-ouest d’Alger), qui possède le seul service de réanimation de la région, nous n'arrivons pas à trouver de places. Il faut malheureusement attendre des décès pour récupérer des lits pour des malades. C'est malheureux d'en arriver là. » témoigne Mohamed Yousfi, à l'AFP, , chef d'un service d'infectiologie à Boufarik, près d’Alger, qui dénonce l'immobilisme de l'Etat face au non-respect des mesures de précaution.

Voir aussi : Covid-19 en Algérie : la campagne de vaccination cible ses priorités

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« Nous sommes sur les rotules »

« Dès le début, nous avions prévenu qu'il faudrait rester vigilants. Malheureusement, dès que le citoyen constate une amélioration, il oublie les gestes barrières. Et celui qui doit veiller à leur application et sauver des vies humaines, à savoir l'Etat, ne bouge pas face aux transgressions. In fine, c'est le personnel soignant qui paie. Nous sommes sur les rotules. Le pire est à venir si la situation persiste" poursuit le médecin.

Selon le Centre Africain de Contrôle et de Prévention des Maladies (Africa CDC), le nombre total de cas officiellement déclarés de Covid-19 s’élève à 145 296, dont 40 561 de « cas actifs ». Le 10 juillet, c’est le Premier ministre algérien lui-même, Aïmene Benabderrahmane, qui avait été testé positif au Covid-19 et qui s’était placé en isolement pour sept jours.

Le même jour, le président Abdelmadjid Tebboune, qui avait aussi contracté le Covid-19 fin 2020 et qui avait été hospitalisé pendant plusieurs mois en Allemagne, a présidé une réunion du Comité scientifique de suivi de l'évolution de la pandémie, au cours de laquelle il a été décidé une "réactivation ferme" des mesures préventives et l'accélération de la cadence de vaccination.

Voir aussi : "On ne sait pas si le président Tebboune est en Algérie"

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Le Gouvernement a notamment décidé de proroger de 21 jours le confinement partiel à domicile dans 14 wilayas du pays de minuit jusqu'au lendemain à 4h00 du matin à compter du lundi 12 juillet, ainsi que de renforcer le contrôle concernant le respect des protocoles sanitaires liées à la pandémie du Coronavirus (Covid-19), selon un communiqué des services du Premier ministre.

Les autorités précisent aussi qu’en matière de circulation et de mobilité des personnes, le contrôle « sera intensifié par les services compétents en ce qui concerne le respect des protocoles sanitaires dédiés aux moyens de transport de voyageurs, particulièrement l’obligation du port du masque de protection et de la distanciation physique. »

Des vaccinations au ralenti

Le variant Delta, qui menace le monde entier d’une quatrième vague et plonge la Tunisie, pays voisin, dans une situation sanitaire inquiétante, se répand désormais au sein de la population algérienne, notamment chez les plus jeunes, jusqu’à alors relativement épargné par le virus : « Aujourd'hui, les personnes atteintes de formes modérées du Covid-19, et que l'on hospitalisait au début de la pandémie, sont renvoyées chez elles sous surveillance. Cette vague touche plus de jeunes. » remarque Mohamed Yousfi.

« Certains ne croyaient pas à l'épidémie et pensaient que c'était une invention. Ils se réveillent lorsqu'ils sont atteints ou lorsque leurs proches sont touchés et viennent mettre la pression sur le personnel médical parce que tout est complet. […] Lors de la dernière vague, nous avions des décès dans les services de réanimation. Actuellement, nous avons des décès avant la réanimation. Tous les jours. La situation est alarmante".

Voir aussi : Covid-19 : pourquoi les vaccins chinois et russes ont la cote au Maghreb ?

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L’Algérie faisait partie des pays africains ayant lancé sa campagne de vaccination relativement tôt, le 29 janvier. Le pays reçu 100 000 doses du vaccin russe Spoutnik V et de l’AstraZeneca. La Chine avait par la suite fait un don de 200 000 doses de son vaccin Sinopharm. Au total, le pays avait réceptionné 1,8 million de doses de divers vaccins. Aujourd’hui, près de 6% de sa population a pu se voir administrer une première dose. 

Tant que nous n'aurons pas 30 à 40 millions de doses, nous resterons loin de l'immunité collective, la seule à même de nous permettre de contrôler l’épidémie.                                             Mohamed Yousfi, chef d'un service d'infectiologie à Boufarik

Un constat trop modeste pour Mohamed Yousfi qui espère une vaccination rapide pour « au moins 20 millions d'Algériens, en utilisant tous les espaces possibles ». Par ailleurs, l’objectif d’une production locale du vaccin n’est plus d’actualité. L’institut Pasteur d’Alger était pourtant dès février en discussion avec Gamaleya, la société russe qui produit le Spoutnik V, pour obtenir un contrat de licence pour fabriquer le vaccin, selon El Watan.

Aujourd’hui, les ambitions semblent malheureusement revues à la baisse. Un constat qui ne colle pas à la réalité de la crise sanitaire qui menace le pays : « J'insiste sur la vaccination car c'est l'occasion unique de se protéger contre les formes graves et les décès. D'ailleurs, il y a moins de décès parmi les soignants grâce à la vaccination. » martèle Mohamed Yousfi. « Tant que nous n'aurons pas 30 à 40 millions de doses, nous resterons loin de l'immunité collective, la seule à même de nous permettre de contrôler l’épidémie. ».