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Covid-19 : le vaccin, arme diplomatique chinoise en Afrique

<p>Un technicien inspecte les seringues du vaccin chinois contre le Covid-19 Sinovac à Beijing, le 24 septembre 2020.</p>

Un technicien inspecte les seringues du vaccin chinois contre le Covid-19 Sinovac à Beijing, le 24 septembre 2020.

AP/ Ng Han Guan

Première à avoir élaboré un vaccin, la Chine n’a cessé depuis le début de la pandémie d'accroître sa production, dédiée en grande partie à l’exportation. L’Afrique, lésée dans la course aux vaccins que se livrent les pays occidentaux, compte désormais fortement sur le soutien de son partenaire commercial chinois. La pandémie offre des opportunités pour Pékin ou encore Moscou. Ce qui n'est pas toujours vu d'un bon oeil. « La Chine, la Russie mènent une politique d'influence par le vaccin », a ainsi déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian lors du sommet européen virtuel, le 26 mars.


La Chine est un pays guéri, on est parvenu à contrôler la pandémie sans avoir à s’appuyer sur le vaccin, il n’y a donc pas d’urgence par rapport à notre immunité collective”. Pour le docteur chinois Tao Lina, expert en vaccin, comme pour le gouvernement chinois, l’urgence n’est pas à vacciner la population nationale. Bien que quatre vaccins aient été approuvés depuis le début de la pandémie, moins de 50 millions de Chinois ont été vaccinés, ce qui représente 4% de la population, contre 19% aux Etats-Unis.

Premier producteur de vaccin à l’échelle mondiale, la Chine en est aussi le premier exportateur : 560 millions de doses ont été envoyées à l’étranger, soit un quart de la production nationale. Accords commerciaux avec 27 pays, dons de doses à plus d’une cinquantaine, la Chine s’impose comme « LA solution » et souhaite faire oublier qu’elle est « l’origine du problème », affirme Pierre Haski, journaliste et chroniqueur spécialiste de la Chine.

 « Alors que les autorités chinoises tentent de faire oublier leurs responsabilités et de minimiser leurs erreurs dans la gestion initiale de l’épidémie de Covid-19, elles cherchent désormais à profiter de la pandémie en promouvant la diplomatie sanitaire du pays afin d’atteindre des objectifs politiques, diplomatiques et économiques », explique Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique et spécialiste de la politique étrangère et de sécurité de la Chine.

Cependant, cette stratégie s’inscrit dans une certaine continuité internationaliste, explique le chercheur : « la crise Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014-2015 a été l’occasion pour la Chine d’acquérir une plus grande visibilité en tant qu’acteur de la gouvernance mondiale dans le domaine de la santé publique. […] La Chine participe pour la première fois à l’effort international pour faire face à une urgence de santé publique de portée internationale, et ce alors que près de 20 000 ressortissants chinois se trouvent dans la zone. Le pays mobilise ses cadres médicaux militaires et le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, près de 1 200 personnels de santé sont déployés sur la zone. »

Pont aérien

La majorité des exportations des vaccins chinois contre le Covid-19 sont actuellement dédiées au continent africain. Alors que le dispositif onusien Covax peine à montrer ses effets et que l’Union Européenne et les Etats-Unis débattent encore de leur gestion interne de la pandémie, la livraison de milliers de doses supplémentaires de la part de la Chine représente une option précieuse pour le continent.

Lire aussi : Covid-19 en Afrique : où en sont les commandes et livraisons de vaccins ?

Début février 2021, la Chine établit par le biais d’une filiale de la multinationale Alibaba et de la compagnie éthiopienne Ethiopian Airlines, un pont aérien entre Pékin et Addis Abeba qui permet alors d’exporter les premières doses de vaccins gratuitement ou à très bas prix en Afrique continentale. Par ailleurs, les températures extrêmes de conservation des doses des laboratoires Pfizer/BioNtech et Moderna (principalement livrés aux Etats-Unis et en Europe) ont obligé les pays africains à se tourner vers un vaccin plus facilement transportable comme le Sinopharm, qui nécessite d’être conservé seulement entre deux et huit degrés. 

Ce sont désormais 17 pays africains que la Chine a pu livrer, majoritairement de son vaccin Sinopharm. Le premier a été les Seychelles début janvier, tandis que le Niger a reçu la plus grosse quantité, à savoir 400 000 doses. Outre ces deux pays, on peut compter l’Algérie, la République du Congo, les Comores, l’Egypte, le Gabon, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Guinée équatoriale, le Maroc, le Mozambique, la Sierra Leone, le Sénégal et le Zimbabwe.

Voir aussi : Covid-19 : pourquoi les vaccins chinois et russes ont la côte au Maghreb ?

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Pour Pierre Haski, « Si la Chine réussit son effort auprès de l’Afrique, mais aussi d’autres parties du monde privées de vaccins, comme les Balkans, ou même la Hongrie, elle aura remporté une immense victoire de « soft power ». »

En quête d’un milliard et demi de doses, l’Afrique espère vacciner 60% de sa population rapidement et ainsi atteindre l’immunité collective bientôt. Un objectif qui paraît difficilement atteignable sans les livraisons chinoises, et alors que l’Inde, un des principaux pays fournisseurs de doses au sein du programme Covax a récemment annoncé garder sa production nationale pour sa population, en raison d’une flambée des cas sur son territoire.

Voir aussi : Covax : "Cela ne sert à rien d'être vacciné en Europe si ce n'est pas aussi le cas dans les pays africains"

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