Afrique

Crise anglophone au Cameroun : un dialogue national pour quoi faire ?

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Le Palais des congrès de Yaoundé accueille pendant cinq jours le dialogue sur la crise anglophone. TV5MONDE | P. FÉRUS / S. DARD • G.-M. BANDOLO

Trois semaines après l'annonce du président Paul Biya, le dialogue national sur la crise anglophone s'est ouvert ce lundi 30 septembre 2019 à Yaoundé. Les discussions doivent durer cinq jours, mais après trois années de protestations puis de violences, les participants parviendront-ils à s'accorder sur une solution ? 

Trois ans de conflit. Environ 3000 morts. Plus de 500 000 déplacés. Cinq jours pour "examiner les voies et moyens de répondre aux aspirations profondes des populations du Nord-ouest et du Sud-ouest, mais aussi de toutes les autres composantes de notre Nation", selon les mots du président Paul Biya, le 10 septembre 2019, lorsqu'il annonce la tenue du dialogue. L'objectif est ambitieux, pour le moins. 

La crise débute en octobre 2016. Une mobilisation des enseignants à Bamenda réveille les revendications plus globales de la communauté anglophone, environ 15% de la population camerounaise. Les manifestations se multiplient.
 
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La réponse du pouvoir camerounais n'intervient qu'en 2017, et il n'est alors pas question de dialogue. Militaires et policiers sont déployés par milliers dans les régions anglophones. La situation sécuritaire se dégrade. Dans un rapport publié en mai 2019, l'ONG International Crisis Group rapporte la présence sur le terrain de "sept milices armées comptant entre 2000 et 4000 combattants" avec, entre autres, "dans leurs rangs, des dizaines de mercenaires nigérians". Les attaques et enlèvements se multiplient. Les écoles sont fermées.

Un Premier ministre "optimiste"

Le président Biya, à l'initiative du dialogue, n'est pas censé y participer. Les cinq jours de négociations seront présidés par le chef du gouvernement. A l'issue des deux semaines de réunions préparatoires, Joseph Dion Ngute a fait part ce dimanche 29 septembre de son optimisme, estimant que "99% des Camerounais veulent la paix".


Le dialogue démarre pourtant sur fond de divisions et d'absences. Les anglophones les plus modérés réclament un retour au fédéralisme auquel un référendum a mis fin en 1972. Hypothèse rejetée par le pouvoir, très attaché à la centralisation. Autant dire que les revendications indépendantistes des plus radicaux ont peu de chances de trouver un écho. 

Un certain nombre de chaises devraient ainsi rester vides. Les séparatistes seront absents. Absents également, les principaux leaders installés à l'étranger. Dans un nouveau rapport publié fin septembre, l'ONG International Crisis Group considère que le dialogue "risque d'exacerber la frustration des anglophones, de creuser encore plus le fossé qui sépare les deux camps et de renforcer les tenants d'une ligne dure". Interrogé par l'AFP, l'un des chefs sécessionnistes estime d'ailleurs qu'en organisant ce dialogue, les autorités camerounaises cherchent à "jeter de la poudre aux yeux de la communauté internationale".

Bilinguisme de façade ?

Sur le papier, le Cameroun est bilingue, français et anglais. Le pays est membre de l'Organisation internationale de la francophonie et du Commonwealth. Dans les faits, c'est une autre histoire. Sur dix régions, deux sont anglophones : le Nord-Ouest avec pour capitale Bamenda, et le Sud-Ouest dont la capitale est Buea. De nombreux anglophones s'estiment lésés par rapport aux francophones. Depuis les années 1990, la revendication  indépendantiste se fait plus pressante. En 2001, à l'occasion des 40 ans de l'unification, des manifestations dégénèrent. La répression fera plusieurs morts et des leaders séparatistes seront arrêtés.

Autre absent de marque, le MRC. Le parti d'opposition a refusé de participer au dialogue tant que son chef, Maurice Kamto, ne serait pas libéré. Celui qui était arrivé en deuxième position lors de la présidentielle d'octobre 2018 a été arrêté en janvier, avec plusieurs partisans après l'organisation de manifestations contre le "hold-up électoral". Maurice Kamto est poursuivi devant un tribunal militaire pour "insurrection".