Afrique

Crise au Mali : la Cédéao appelle à "l'union sacrée" et menace de sanctions ceux qui s'y opposeraient

Le président nigérien Mahamadou Issoufou, à la tête actuellement de la Cédéao, lors de la réunion virtuelle de l'organisation ouest-africaine consacrée à la crise malienne, ce lundi 27 juillet.
Le président nigérien Mahamadou Issoufou, à la tête actuellement de la Cédéao, lors de la réunion virtuelle de l'organisation ouest-africaine consacrée à la crise malienne, ce lundi 27 juillet.
© Page Facebook de la présidence nigérienne

La coalition d'opposition au Mali a rejeté ce mardi les préconisations du plan de la Cédéao. Le M5-RFP "exige plus que jamais" la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta. Lundi soir, à l'issue d'un sommet extraordinaire, l'organisation ouest-africaine a appelé à la formation d'un gouvernement d'union nationale, mais elle a exclu de demander le départ du président malien. L'objectif du sommet était de trouver une solution à la crise politique qui secoue le Mali depuis le mois de juin.

Chacun chez soi, devant son ordinateur connecté à l'application Zoom : c'est un sommet confiné que tenait ce lundi la Communauté économique ouest-africaine (Cédéao). Sommet virtuel extraordinaire consacré à la crise politique malienne. 

En préambule, le président nigérien qui préside actuellement la Cédéao a appelé à "des solutions durables et des décisions fortes, à même de garantir la stabilité du Mali et donc de la région". Selon Mahamadou Issoufou, "le temps presse et les risques sont grands". Les voisins du Mali redoutent un effondrement d'un Etat déjà très fragilisé par la violence quasi quotidienne dans le centre et le nord du pays.

"Le temps presse", en effet : les dirigeants de la sous-région ont donné jusqu'au 31 juillet, quatre petits jours, pour que leurs mesures de sortie de crise soient mises en oeuvre. 

Voir aussi : Crise au Mali : la Cédéao demande une "union sacrée"

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Au président Ibrahim Boubacar Keïta, ils demandent de faire en sorte d'obtenir la "démission immédiate des 31 députés dont l'élection est contestée, y compris le président du Parlement", Mousa Timbiné.

Cette affaire des députés mal élus lors des élections législatives d'avril 2020 a fait office d'étincelle dans un climat social déjà très explosif, nourri par l'insécurité, l'économie en berne et la corruption présumée au sein du pouvoir.

Gouvernement d'union nationale

La Cédéao réclame également "une recomposition rapide de la Cour constitutionnelle" et la mise en place "d'un gouvernement d'union nationale avec participation de l'opposition et de la société civile".
Pas question, toutefois, pour l'organisation ouest-africaine, de demander au président malien d'abandonner le pouvoir comme le demandent les manifestants depuis le mois de juin. Selon Mahamadou Issoufou, un départ forcé d'IBK serait "contraire" aux règles en vigueur au sein de la Cédéao.

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Jusqu'à présent, les meneurs de la contestation, au premier rang desquels le très influent imam Mahmoud Dicko, ont refusé de participer à un gouvernement d'union, considérant que les problèmes du Mali allaient bien au-delà de simples considérations électorales.
Ce lundi, la Cédéao a néanmoins réitéré son appel, "encourageant" le Mouvement du 5-juin (M5) à "participer" à cet exécutif "dans un esprit de patriotisme".
 

► D'ores et déjà, ce lundi soir, la présidence malienne a annoncé la formation d'un gouvernement restreint pour négocier en vue d'un gouvernement d'union nationale. Ce gouvernement restreint semble reprendre la suggestion de Mahamadou Issoufou ce lundi, proposant que "les ministres régaliens soient nommés avant la formation du gouvernement d'union nationale".
La liste des ministres de cette équipe emmenée par le Premier ministre Boubou Cissé a été lue dans le journal du soir de l'ORTM.

Enquête sur les violences du 10 juillet

Le 10 juillet dernier, la contestation dérapait littéralement. Bamako connaissait ses troubles les plus meurtriers depuis les affrontements d'avril 2012 entre bérets rouges et bérets verts.
Selon le pouvoir malien, les violences ont fait 11 morts, pour l'opposition il y en a eu 23.  

Aussi, la Cédéao demande-t-elle que la lumière soit faite sur ces violences, à travers une "commission d'enquête" chargée d'établir les responsabilités et notamment de savoir si une force antiterroriste a bien été déployée dans la capitale ce jour-là, comme l'affirme l'opposition.

Ce sommet extraordinaire de la Cédéao intervenait alors que le mouvement de contestation observe une trêve jusqu'à la Tabaski, la grande fête musulmane prévue le 31 juillet. A l'issue de cette parenthèse, les jeunes du mouvement ont annoncé dimanche 26 juillet que les manifestations reprendraient dès le lundi 3 août et qu'ils réclameraient à nouveau la démission du chef de l'Etat.

► Au lendemain du sommet de la Cédéao, la coalition d'opposants au Mali M5-RFP "exige plus que jamais" la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta, a-t-elle indiqué dans un communiqué, au lendemain de l'adoption du plan ouest-africain qui prévoit son maintien au pouvoir. "Le M5-RFP, réaffirmant sa détermination à mener son combat pour sauver le Mali menacé de disparition en tant qu'Etat, Nation, Démocratie et République laïque, exige plus que jamais la démission de M. Ibrahim Boubacar Keïta et de son régime qui portent l'entière responsabilité de cette sinistre perspective pour notre pays", indique le mouvement.

Analyse : "Il est à craindre que les menaces de la Cédéao radicalisent la contestation"

Au lendemain du sommet, Ousmane Ndiaye, rédacteur en chef à TV5MONDE revient sur les conclusions du sommet extraordinaire de l'organisation ouest-africaine. Sont-elles à même de résoudre la crise malienne ? Rien n'est moins sûr.

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Commentaire : "Les choses ne sont pas très claires"

Dougoukolo Ba Konaré est chercheur en relations internationales et docteur en psychologie. Il était ce lundi 27 juillet l'invité du journal Afrique de TV5MONDE pour commenter les conclusions du sommet de la Cédéao. Pour lui, un certain nombre d'éléments restent à préciser.

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