Afrique

Ebola fait une deuxième victime en Ouganda

Du personnel médical dans une unité de traitement du virus Ebola, le 3 novembre 2018 à Butembo, en RDC
Du personnel médical dans une unité de traitement du virus Ebola, le 3 novembre 2018 à Butembo, en RDC
afp.com - John WESSELS
Données et carte sur la propagation d'Ebola de la RD Congo à l'Ouganda
Données et carte sur la propagation d'Ebola de la RD Congo à l'Ouganda
afp.com - Alain BOMMENEL

Le virus Ebola a fait une deuxième victime dans l'ouest de l'Ouganda dont les autorités s'efforcent de contenir l'épidémie apparue en août 2018 en République démocratique du Congo (RDC) voisine, où elle a déjà fait plus de 1.400 morts.

La deuxième victime, morte mercredi soir, est la grand-mère du garçonnet de 5 ans décédé du virus 24 heures plus tôt à Bwera, dans le district de Kasese, frontalier de la RDC.

L'enfant et sa grand-mère font partie d'une même famille qui avait assisté en RDC aux obsèques d'un proche lui-même victime d'Ebola. Une partie de cette famille était rentrée en Ouganda, où le ministère de la Santé l'avait placée en quarantaine après avoir diagnostiqué une contamination de l'enfant de cinq ans, puis de son frère de 3 ans et de leur grand-mère de 50 ans.

Les autres membres de cette famille ougando-congolaise ainsi que leur servante - cinq personnes au total incluant le garçon contaminé de 3 ans - ont été "rapatriés" jeudi en RDC, où ils recevront une assistance médicale, selon le ministère ougandais de la Santé.

"En ce moment, il n'y a plus de cas confirmés d'Ebola en Ouganda. Cependant, trois cas suspects (...) restent en isolation à l'hôpital de Bwera", a indiqué le ministère ougandais de la Santé dans un communiqué.

L'Ouganda reste par ailleurs en situation de "réponse à Ebola", notamment pour assurer le suivi médical de 27 personnes ayant eu des contacts avec les victimes, a ajouté le ministère. Il a tenu à préciser que "le pays est sûr" et que "les parcs nationaux et sites touristiques restent ouverts".

- Vaccin expérimental -

Des trois premiers cas de contamination enregistrés en Ouganda, deux ont donc abouti au décès des malades. L'enfant a été inhumé mercredi et sa grand-mère l'a été jeudi.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'Ouganda a déjà vacciné près de 4.700 membres du personnel de santé avec un vaccin expérimental. Une nouvelle campagne de vaccination doit débuter vendredi pour protéger des personnels de santé supplémentaires, selon le ministère ougandais de la Santé.

Le virus se transmet à l'être humain par contact soit avec des animaux infectés (en général en les dépeçant, en les cuisant ou en les mangeant), soit avec des liquides biologiques de personnes infectées.

L'Ouganda s'est placé en état d'alerte depuis le début de l'épidémie en août 2018 dans l'est de la RDC, dans les provinces du Nord-Kivu et d'Ituri, où plus de 2.000 cas d'Ebola ont été enregistrés. 1.405 de ces malades sont morts.

Jeudi, l'Union européenne a annoncé avoir débloqué 3,5 millions d'euros supplémentaires pour la réponse à Ebola. Deux millions et demi sont destinés à l'Ouganda, le million restant étant destiné au Soudan du Sud, pays frontalier de la RDC qui n'a pour l'heure enregistré aucun cas d'Ebola.

- Frontière poreuse -

Quelque 25.000 personnes transitent quotidiennement par le principal poste-frontière entre la RDC et l'Ouganda, à Mpondwe, selon les autorités congolaises.

Le principal défi des autorités ougandaises face à l'épidémie est la porosité des 875 kilomètres de frontière commune avec la RDC, malgré les contrôles sanitaires mis en place.

L'OMS a ainsi indiqué que douze membres de la famille concernée avaient été placés sous contrôle en RDC, mais que six d'entre eux s'étaient "échappés pour regagner l'Ouganda".

Le lendemain, le garçon de cinq ans avait été hospitalisé à cause de vomissements et diarrhées sanglants, et la contamination au virus Ebola avait été diagnostiquée, comme sur sa grand-mère de 50 ans et son petit frère de 3 ans.

L'OMS devait se réunir vendredi pour décider du niveau d'alerte à déclarer à la suite des derniers développements de l'épidémie.

A deux reprises, en octobre 2018 puis en avril, l'OMS avait renoncé à déclarer un "état d'urgence sanitaire à implication internationale", notamment en raison du fait que l'épidémie demeurait cantonnée dans une région de la RDC.

L'Ouganda a déjà connu des épidémies d'Ebola. La plus récente remonte à 2012. En 2000, 200 personnes avaient trouvé la mort au cours d'une épidémie dans le nord du pays.

L'arrivée d'Ebola "est un développement préoccupant, mais cela fait des mois que nous nous y préparons", a souligné Robert Kwesiga, le secrétaire général de la Croix-Rouge ougandaise.

En RDC, l'épidémie actuelle est la dixième depuis 1976 et la deuxième la plus grave dans l'histoire de la maladie, après les quelque 11.000 morts en Afrique de l'Ouest (Liberia, Guinée, Sierra Leone) en 2014.

La RDC a jusqu'à présent échoué à enrayer l'épidémie, notamment en raison des attaques des milices ou de l'hostilité de la population vis-à-vis des centres de soin. La situation est beaucoup plus stable en Ouganda, pays tenu d'une main de fer par le président Yoweri Museveni depuis 1986.