Afrique

Égypte : le projet pharaonique du président Al-Sissi

<p>L'Égypte construit une nouvelle capitale, située à 45 kilomètres du Caire. Une ville nouvelle qui devrait faire 7 fois la taille de Paris intra-muros. C'est le plus grand chantier d'Afrique.</p>

L'Égypte construit une nouvelle capitale, située à 45 kilomètres du Caire. Une ville nouvelle qui devrait faire 7 fois la taille de Paris intra-muros. C'est le plus grand chantier d'Afrique.

AP/ Nariman El-Mofty

L'Égypte construit une nouvelle capitale, située à 45 kilomètres du Caire. Une ville nouvelle qui devrait faire sept fois la taille de Paris intra-muros. C'est actuellement le plus grand chantier d'Afrique. Focus sur un projet pharaonique, symbole de l'autorité du maréchal Al-Sissi, qui pourrait rester en théorie au pouvoir jusqu'en 2030 en cas de victoire référendaire.

Ils sont un peu plus de 200 000 ouvriers, fonctionnaires, ingénieurs, militaires à travailler chaque jour sur ce projet hors-norme démarré en avril 2016. La première phase de construction s'étend sur 17 000 hectares et devrait être achevée en cinq ans.

La ville, grande comme sept fois Paris intra-muros, regroupera bientôt toutes les institutions du pays : les ministères, le palais du gouvernement ou encore un parlement trois fois plus imposant que le parlement actuel.

 Plus de 200 000 ouvriers travaillent chaque jour sur le chantier de la nouvelle capitale, comme ici sur la construction du nouveau parlement.
 Plus de 200 000 ouvriers travaillent chaque jour sur le chantier de la nouvelle capitale, comme ici sur la construction du nouveau parlement.
AP/Nariman El-Mofty


Un nouvel aéroport est prévu. Plus de 1200 lieux de cultes devraient être construits. Une immense cathédrale copte vient d'être inaugurée. Une grande mosquée est également mise en chantier. A terme, la nouvelle capitale égyptienne devrait accueillir 6,5 millions d'habitants.
 

La cathédrale de la Nativité de la nouvelle capitale est la plus grande cathédrale du Moyen Orient. Plus de 10 pour cent de la population égyptienne est copte.
La cathédrale de la Nativité de la nouvelle capitale est la plus grande cathédrale du Moyen Orient. Plus de 10 pour cent de la population égyptienne est copte.
AP/Nariman El-Mofty


Le projet est relativement ancien. Cette nouvelle capitale est dans les cartons depuis les années 1970 sous la présidence de Anouar el-Sadate. Sa construction fut sans cesse repoussée avant d'être relancée par le nouvel homme fort de l'Égypte, le maréchal Al-Sissi. En mars 2015, quelques mois après le renversement de Mohammed Morsi, le nouveau président présente le projet à la communauté internationale à Charm el-Cheikh. Dès juin 2019, les trente deux ministères doivent être en état de fonctionner.
 

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Le ministère égyptien présente la futur capitale comme une ville verte dans ce clip promotionnel. Les toits seront couverts de panneaux solaires.
©Gouvernement égyptien.


Ce déplacement est une tentative de désengorger Le Caire, en proie à une expansion démographique sans précédent. La population du Caire, qui était estimée à 22,9 millions de personnes en juillet 2016 a ainsi gagné plus de 500.000 habitants supplémentaires en 2017, selon les prévisions d'Euromonitor International. Une croissance ultra-rapide. Le Caire pourrait atteindre près de 40 millions d'habitants en 2040. Ce projet urbain traduit aussi une volonté de se rapprocher du nouveau canal de Suez, d'une importance de plus en plus stratégique pour l'économie du pays.

Le coût du financement reste colossal, environ 45 milliards de dollars, un peu plus de 40 milliards d'euros. L'Égypte traverse une crise économique et budgétaire et l'État égyptien semble incapable de financer seul ce chantier pharaonique. La future grande artère de la nouvelle capitale administrative devrait se dénommer Mohammed ben Zayed, du nom de l'homme fort des Émirats arabes unis, laissant présager une aide financière émiratie... même si rien n'est officiel.

Les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite derrière le financement de la nouvelle capitale égyptienne ?
Les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite derrière le financement de la nouvelle capitale égyptienne ?
AP/Hassan Ammar


Le financement de la nouvelle capitale égyptienne pourrait traduire le renversement des alliances par le maréchal Al-Sissi. Le président élu Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans s'était rapproché du Qatar. Le coup d'État militaire, mettant fin à la présidence Morsi, a vu le nouveau régime reprendre le chemin des alliances traditionnelles de l'Égypte. Le Caire se tourne désormais de nouveau vers l'Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis.

La forte présence des entreprises chinoise du BTP dans le chantier, souligne également le rôle de plus en plus actif de Pékin à l'est du continent. La "China State Construction Engineering", entreprise publique chinoise de travaux publics, a avancé près de 15 milliards de dollars sous forme de prêts pour la construction du nouveau centre politique et administratif.

La nouvelle capitale d'Égypte, qui ne possède pas encore de nom, pourra-t-elle assurer le désengorgement du Caire ? ​Cette ville nouvelle reste relativement proche du Caire mais elle pourrait se voir avaler par l'extension rapide de la mégalopole. Ce fut le cas déjà avec les 18 villes nouvelles du schéma directeur de 1974.  Elles étaient toutes situées dans le désert à l'est ou à l'ouest du Nil comme la ville du "6 Octobre". Entre 1977 et 2000, vingt-deux projets ont été menés à bien. La métropole cairote continue pourtant d'étouffer.