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Élection présidentielle au Congo : mode d'emploi

Ce mercredi 17 mars, les forces de sécurité et de défense votent pour l'élection présidentielle. Dolisie, République du Congo, 17 mars 2021
Ce mercredi 17 mars, les forces de sécurité et de défense votent pour l'élection présidentielle. Dolisie, République du Congo, 17 mars 2021
© Capture d'écran AFPTV

Alors que les forces de défense et de sécurité votent dès ce mercredi 17 mars, c’est dimanche prochain, 21 mars, que les plus de 2,5 millions d’électeurs et d’électrices congolais sont invités à choisir leur président pour les cinq prochaines années. Pour ce scrutin, ce sont 5 700 bureaux de vote qui ont été mis sur pied sur l’ensemble du pays. En dépit des contestations de l’opposition concernant notamment la révision du fichier électoral, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) assure que toutes les dispositions sont prises pour la tenue d’une élection apaisée.
 

C’est par un décret signé du président Denis Sassou Nguesso et lu à la télévision nationale congolaise le 14 janvier dernier, que les électeurs congolais sont convoqués ce 21 mars pour l’élection présidentielle. Une disposition de ce décret précise que les forces de défense et de sécurité peuvent voter dès ce 17 mars. C’est l’une des conséquences de l’adoption l’année dernière, par l’Assemblée nationale congolaise, d’un projet de loi modifiant et complétant certaines dispositions de la loi électorale n° 9-2001 du 10 décembre 2001.

Voir aussi : "Présidentielle au Congo : la guerre des affiches de campagne"

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Initiée à l’époque par le gouvernement, cette loi prévoit notamment le vote par anticipation des agents de la force publique, ainsi que l’établissement d’une liste spéciale. L’objectif étant d’aider les forces de défense et de sécurité à se consacrer à la protection des biens et des personnes le jour du vote général qui concerne plus de deux millions et demi de citoyens. Depuis la première élection multipartite qui s’est tenue en 1992, c’est la première fois que le corps électoral est appelé à se rendre aux urnes pour une élection à deux tours.

Le second tour, s’il y en a un, devrait se tenir deux semaines après la proclamation des résultats par le ministère de l’Intérieur. Le 17 février dernier, la Cour constitutionnelle du Congo-Brazzaville a validé sept candidatures à l’élection présidentielle prévue le 21 mars prochain. La Cour constitutionnelle est chargée de la validation du résultat final du scrutin. Elle est aussi seule compétente en cas d’éventuelles contestations.

7 candidats

Denis Sassou Nguesso : à 77 ans, le président sortant brigue un quatrième mandat et cumule trente-six ans à la tête du pays. Revenu au pouvoir en 1997, il avait auparavant dirigé le République populaire du Congo de 1979 à 1992. Il a ensuite perdu la première élection pluraliste organisée en 1992 et remportée par feu le président Pascal Lissouba.

Ce dernier est évincé par Denis Sassou Nguesso en 1997 au terme d’une guerre civile meurtrière. Depuis 2002, le président Denis Sassou Nguesso a remporté tous les scrutins présidentiels. Le dernier, celui de 2016, a été le plus contesté.

Guy Brice Parfait Kolélas : âgé de 60 ans, il est le fils de feu l’ancien premier ministre et opposant Bernard Kolélas. Arrivé en deuxième position lors du scrutin de 2016, Guy-Brice Parfait Kolélas se lance à nouveau dans la bataille présidentielle, après avoir été investi le 1er février dernier par son parti, l’Union des démocrates humanistes (UDH-Yuki). Un temps proche du parti communiste français, puis du Front National devenu depuis Rassemblement National, Guy-Brice Parfait Kolélas s’est repositionné sur l’héritage politique de son père fondé sur des convictions libérales, républicaines et humanistes.

Plusieurs fois ministre et aujourd’hui député de Kinkala, dans le département du Pool, cet économiste de formation apparaît comme l’un des principaux opposants au régime du président Denis Sassou Nguesso. Et pour faire barrage à ce dernier, il a signé un accord avec Jean-Jacques Yhomby-Opango, président du RDD, le Rassemblement pour la Démocratie et le Développement.
 
Mathias Dzon : c’est en 2009 que Mathais Dzon se porte candidat pour la première fois à l’élection présidentielle congolaise, qu’il appellera ensuite à boycotter. De la même manière, il a boycotté le scrutin très contesté de 2016. A 74 ans, cet ancien ministre des Finances de Denis Sassou Nguesso, entre 1997 et 2002, se lance à nouveau dans la bataille présidentielle, invoquant « l’intérêt supérieur de la patrie en danger ».

Député de Gamboma, localité située à 300 kilomètres de Brazzaville, dans le nord-est du pays, de 1992 à 2002, Mathias Dzon rejoint l’opposition en 2006. Membre fondateur de l’UPRN, l’Union Patriotique pour le Renouveau National, il préside aujourd’hui l’ARD, l’Alliance pour la République et la démocratie qui l’a investi dès l’année dernière.
 
Joseph Kignoumbi Kia Mboungou : à 69 ans, Joseph Kignoumbi Kia Mboungou se présente pour la quatrième fois à la magistrature suprême. Candidat lors des scrutins de 2002 et 2009 – il était alors arrivé en deuxième position – et 2016, le président du parti d’opposition La Chaîne a choisi comme slogan « Gouverner autrement ». Député de Sibiti, dans le sud du pays, et deuxième secrétaire de l’Assemblée nationale congolaise, Joseph Kignoumbi Kia Mboungou promet de restructurer l’économie congolaise s’il était élu. S’il revendique son appartenance à une opposition modérée, ses détracteurs le considèrent quant à eux comme un faire-valoir du parti au pouvoir, le PCT, Parti Congolais du Travail.
 
Albert Oniangué : âgé de 67 ans, la candidature de cet ancien officier supérieur de l’armée congolaise à la retraite, devenu depuis pasteur évangélique, est placée selon lui sous le signe du « rétablissement de l’ordre moral et de la justice sociale dans un pays qui traverse actuellement une crise profonde et polymorphe. » Entre 1978 et 1992, Albert Oniangué est successivement l’aide de camp de deux chefs d’Etat congolais, d’abord feu Joachim Yhombi Opango, puis Denis Sassou Nguesso.

Victime d’une tentative d’assassinat en 1993, Albert Oniangué vit en France durant cinq ans comme réfugié politique. De retour au Congo en 1998, il s’engage en faveur de la paix et la réconciliation.
 
Anguios Nganguia Engambé : pour la troisième fois consécutive, Anguios Nganguia Engambé est candidat à l’élection présidentielle. Ancien inspecteur des douanes devenu homme d’affaires prospère, Anguios Nganguia Engambé est aujourd’hui à la tête du PAR, le parti pour l’Action de la République, une formation réputée proche du pouvoir en place à Brazzaville.

Néanmoins, au cours d’un déjeuner de presse à Brazzaville en janvier dernier, Anguios Nganguia Engambé a dénoncé des irrégularités dans le processus de désignation de certains membres de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).
 
Dave Uphrem Mafoula : à 38 ans, Dave Uphrem Mafoula est le benjamin de la présidentielle congolaise. Président du parti « Les souverainistes », c’est pourtant sous la bannière du mouvement citoyen « Nouvelle ère » que Dave Uphrem Mafoula s’est lancé en janvier dernier dans la course à la magistrature suprême. Le 6 janvier dernier, il lance une campagne de collecte de fonds pour soutenir sa campagne. Intitulé « Contrat présidentiel », son projet de société ambitionne notamment de transformer le Congo.
 

Rôle de la Commission nationale électorale indépendante

 
L’organisation, le fonctionnement et les modalités de désignation de ses membres sont définis par le décret n° 2016-34 du 1er février 2016. La Céni est constituée d’une coordination, d’un comité technique, d’un comité de suivi et de contrôle et de commissions locales.

La coordination est chargée de la direction et de l’orientation de la Céni, ainsi que la discipline en son sein. Par conséquent, il lui revient de coordonner les activités de la Commission, d’observer et de suivre le déroulement des différents scrutins, de garantir l’impartialité, la transparence et la bonne tenue des élections.

Le bureau de la coordination comprend douze membres parmi lesquels deux représentants de l’Etat, six pour les partis politiques (proposés par les partis de la majorité, de l’opposition et du centre), deux de la société civile dont l’objet est en rapport avec les élections et deux autres qui sont choisis "en raison de leur attachement à la paix et à la concorde nationale".
 

Le bulletin de vote unique

 
En 2016, la République du Congo a choisi le bulletin unique de vote. Celui-ci est "un ensemble de bulletins de vote individuels juxtaposés sur un support unique". Utilisé désormais pour toutes les élections, il regroupe les informations suivantes : la nature de l’élection, la date du scrutin, en cas d’élection à deux tours la mention précisant qu’il s’agit du premier ou du second tour… Pour l’élection présidentielle, comme pour celle des sénateurs, ce bulletin de vote comporte pour chaque candidat et par colonne : son numéro d’ordre, ses noms et prénoms, le nom du parti ou groupement des partis dont il est issu (ou le statut d’indépendant), le logo ou le symbole du candidat, ainsi que sa photo.