Afrique

Élections au Burundi : des rassemblements géants sans crainte du coronavirus pour le début de la campagne

Des membres de l'opposition, assistant au CNL (Congrès national pour la liberté), dans la capitale Bujumbura, le 16 février 2020. Ils y choisissent le rival du président sortant Pierre Nkurunziza, pour la prochaine élection présidentielle.
Des membres de l'opposition, assistant au CNL (Congrès national pour la liberté), dans la capitale Bujumbura, le 16 février 2020. Ils y choisissent le rival du président sortant Pierre Nkurunziza, pour la prochaine élection présidentielle.
© AP Photo/Berthier Mugiraneza

La campagne pour les élections présidentielle, législatives, et municipales du 20 mai au Burundi a débuté, ce lundi 27 avril, dans un climat de défiance à l'égard du gouvernement pour sa gestion de l'épidémie de nouveau coronavirus et de répression de l'opposition.

Des rassemblements géants ont permis de mesurer à quel point les autorités faisaient fi de l'épidémie de nouveau coronavirus.

Le parti au pouvoir du président Pierre Nkurunziza, le CNDD-FDD, a lancé en grande pompe sa campagne à Bugendana, dans la province de Gitega (centre), où il a réuni des milliers de personnes, comme on peut le voir ici :

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En présence de plusieurs diplomates et personnalités abrités sous des tribunes, M. Nkurunziza, qui ne se représente pas après 15 ans au pouvoir, a vanté aux militants les mérites de son "héritier", le général Evariste Ndayishimiye, qu'il a dit soutenir "à 100%".

"Je suis venu le présenter aux Burundais, écoutez-le, votez pour lui, il ne vous fera pas honte", a-t-il déclaré, au sujet de ce proche qu'il a connu en 1995 dans le maquis, du temps de la guerre civile (1993-2006).

"Nous avons combattu ensemble, nous avons souffert ensemble, nous avons échappé à la mort ensemble (...) Nous sommes les mêmes, notre destin est lié à la vie à la mort", a martelé M. Nkurunziza.

"Je ne viens pas tout commencer à zéro car on a mis en place les fondations pendant ces 15 années passées", lui a répondu le général Ndayishimiye, en promettant de "passer à une nouvelle étape" et développer le Burundi, l'un des pays les plus pauvres du monde.

Aucun des deux hommes n'a fait allusion à l'épidémie de coronavirus, M. Nkurunziza remerciant seulement Dieu pour la "joie" qui prévaut au Burundi, "alors que partout ailleurs dans le monde c'est totalement différent".

"La Ceni (Commision électorale) nous a donné des kits constitués de seaux d’eau et de savon pour que les sympathisants qui vont participer aux meetings se lavent les mains, mais on se rend compte que cela ne servira à rien", a reconnu auprès de l'AFP un haut responsable du CNDD-FDD, sous couvert d'anonymat. "Tout le monde aujourd’hui est obnubilé par l’enjeu électoral (...) On va penser à la pandémie plus tard", a-t-il regretté.

Bain de foule pour l'opposition dans le fief du président Nkurunziza


La maladie n'a en tout cas pas dissuadé les gens de se déplacer. Le principal adversaire de M. Ndayishimiye, le leader historique de l'ex-rébellion hutu des FNL et candidat du Conseil national pour la liberté (CNL), Agathon Rwasa, a rassemblé une foule impressionnante à Ngozi (nord), fief du président Nkurunziza.

M. Rwasa a pris un bain de foule avec des paysans agglutinés des deux côtés de la route sur plusieurs kilomètres jusqu'au stade de Ngozi, où se serrait un public en effervescence.

Le CNL a réussi à mobiliser malgré la répression et les intimidations dont il dit être l'objet. La police a pourtant empêché ça et là plusieurs véhicules de partisans du CNL d'atteindre le lieu du meeting, selon des témoins et les médias burundais.

Le général Evariste Ndayishimiye et Agathon Rwasa sont deux des sept candidats en course pour la présidentielle.

La campagne électorale durera jusqu'au 17 mai, selon un décret présidentiel. Elle commence à 06H00 (04H00 GMT) et se termine à 18H00 chaque jour, "toute propagande" en dehors de la période fixée étant interdite.

L'opposition intimidée

La campagne s'ouvre alors que l'opposition accuse le gouvernement de minimiser volontairement l'épidémie de Covid-19, pour éviter que la population ne s'interroge sur l'opportunité de maintenir les élections.

Les autorités, pour qui le pays est protégé par la "grâce divine", n'ont prévu pratiquement aucune mesure de protection spécifique pour les rassemblements électoraux. Le Burundi a recensé officiellement 15 cas de nouveau coronavirus, dont un décès.

L'opposition a également dénoncé la répression et les intimidations dont elle est l'objet. Dans un communiqué publié ce lundi 27 avril, Amnesty International pointe du doigt des "manœuvres d’intimidation persistantes exercées par les Imbonerakure, les membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, le Conseil national pour la défense de la démocratie - Forces pour la défense de la démocratie". L'ONG affirme que des membres du principal parti d’opposition, le Congrès national pour la liberté (CNL), "ont eux aussi été maintes fois menacés, attaqués, arrêtés et même tués à cause de leur affiliation politique".

De son côté, Human Rights Watch (HRW) réagit également dans un communiqué publié ce lundi, et dit avoir recensé, ces six derniers mois, plusieurs cas de meurtres, de disparitions, d'arrestations arbitraires, de menaces et de harcèlement à l'encontre d'opposants présumés.

"Il y a peu de doutes que ces élections seront accompagnées par encore plus d'abus, alors que les responsables burundais et les membres des Imbonerakure (la ligue de jeunesse du CNDD-FDD) usent de violence avec une impunité presque totale pour permettre au parti au pouvoir de maintenir son emprise", a déclaré Lewis Mudge, directeur Afrique centrale d'HRW.