Élections en RDC : les autorités refusent une mission de l'UE par crainte d'un contrôle insuffisant sur les votes

Les autorités de la République démocratique du Congo, disant craindre une manipulation des résultats, ont refusé que l'Union européenne utilise ses équipements satellitaires lors d'une mission d'observation prévue pour les élections du 20 décembre et finalement annulée la semaine dernière.

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Fayulu

Des sympathisants accueillent le candidat à la présidence de l'opposition congolaise, Martin Fayulu, à son arrivée à un rassemblement à Goma, en République démocratique du Congo, le 30 novembre 2023.

AP Photo/Moses Sawasawa
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L'UE, invoquant des raisons "techniques", a annoncé le 29 novembre qu'elle annulait sa mission d'observation pour les élections du 20 décembre en République démocratique du Congo (RDC). La veille, elle avait indiqué que ses observateurs, dont 42 étaient déjà arrivés le 17, n'avaient pas pu "se déployer à travers le pays pour raisons de sécurité", ce qui rendait leur mission "impossible". Le gouvernement congolais a dit regretter cette décision. 

Mais plusieurs officiels ont indiqué que l'annulation de la mission avait été décidée du fait du blocage d'une demande d'autorisation d'équipements satellitaires (téléphones satellites, terminaux internet par satellite de type BGAN, dispositifs de localisation de véhicules). Selon des sources proches du dossier, la demande d'autorisation avait été faite il y a deux mois. Sans réponse à la mi-novembre, Bruxelles a fixé un ultimatum au 29 vers midi.

Le délai expiré

Le 29 novembre, après l'expiration de ce délai, des officiels congolais, dont le ministre de l'Intérieur Peter Kazadi, ont informé les responsables de l'UE que leur demande était rejetée, au motif que ces équipements auraient pu être utilisés pour manipuler les résultats du scrutin. Les responsables congolais ont proposé que l'UE achète ses équipements en RDC, à condition qu'ils puissent être soumis à inspection sur demande. Mais selon les mêmes sources, cette solution présenterait un risque sécuritaire, puisque les observateurs pourraient se retrouver sans matériel de communication lors des inspections.

Sollicités pour une réaction, un porte-parole du gouvernement n'était pas immédiatement disponible lundi et le ministère de l'Intérieur a renvoyé à la réaction initiale de Kinshasa. Un porte-parole de l'UE a confirmé que ses observateurs n'avaient pas pu se déployer du fait du manque d'équipements essentiels, mais n'a pas commenté les inquiétudes du gouvernement sur une possible falsification du vote.

Cette affaire survient alors que certains candidats à la présidentielle font l'objet d'attaques selon lesquelles ils seraient soutenus par des puissances étrangères ayant des visée sur la RDC, riche en minerais. Ces critiques, étayées par aucune preuve, visent en particulier Moïse Katumbi, l'ancien gouverneur du Katanga (sud-est).

Le président Félix Tshisekedi, qui se représente aux élections, est arrivé au pouvoir en janvier 2019 après un scrutin très controversé qu'un autre opposant, Martin Fayulu, affirme aujourd'hui encore avoir remporté. Outre la société civile et les Eglises congolaises, le Centre Carter, basé aux Etats-Unis, surveillera les élections du 20 décembre, de même qu'une équipe de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC).