Afrique

En Afrique, l'homosexualité encore largement punie

Sur le continent africain, l'homosexualité reste largement condamnée. 
Sur le continent africain, l'homosexualité reste largement condamnée. 
©AP Photo/Ben Curtis

L'homosexualité est aujourd'hui légale dans seize pays africains. Dernier pays à la décriminaliser : le Botswana. Ailleurs, les peines vont de l'emprisonnement à la peine de mort. La minisérie "Coming out en France et en Afrique" diffusée sur le site Internet de TV5MONDE, souhaite accompagner les jeunes homosexuels, filles et garçons, pour lever le tabou sur le sujet.

Être homosexuel en Zambie ne garantit pas les mêmes droits qu'en RDC. Deux pays frontaliers, avec des droits différents en faveur des LGBT. En RDC, aucune loi ne pénalise l'homosexualité, à la différence de la Zambie.

L'homosexualité n'est pas pénalisée dans une partie de la zone francophone de l'Afrique, à savoir en Côte d’Ivoire, au Niger, au Burkina Faso, au Bénin, au Mali, en Guinée équatoriale, au Gabon, en Centrafrique, en RDC et en République du Congo.

Hors de cette zone, le Botswana vient de décriminaliser l'homosexualité ce mardi 11 juin. Le texte en vigueur depuis 1965 prévoyait des peines pouvant aller jusqu'au sept ans de prison. 

Sur le continent, seule l'Afrique du Sud a autorisé le mariage entre personnes de même sexe, en 2006.

Dans les pays où l'homosexualité n'est pas légale, seuls les hommes sont concernés, comme au Ghana, en Namibie, en Sierra Leone, au Zimbabwe et au Swaziland.
 
L'homosexualité en Afrique en 2019. Désormais le Botswana ne fait plus partie des pays criminalisant l'homosexualité. 
L'homosexualité en Afrique en 2019. Désormais le Botswana ne fait plus partie des pays criminalisant l'homosexualité. 
© TV5MONDE

D'autres condamnent sévèrement les relations entre personnes de même sexe, notamment les pays du Nord du continent (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte). Au Maroc par exemple, les homosexuels encourent jusqu'à trois ans de prison.
Au Kenya, la Cour suprême a rejeté la demande de décriminaliser l’homosexualité le 24 mai 2019.
 
Au Kenya, la justice refuse de légaliser l’homosexualité :
 
Chargement du lecteur...
©TV5Monde
Certains États exposent les homosexuels à de lourdes peines d'emprisonnement, allant de 20 à 30 ans voire même à vie, comme la Tanzanie ou l'Ouganda.

À lire
Ouganda : homosexuels, les "demi-morts"


Dans de rares cas, les homosexuels sont condamnés à morts. C'est le cas en Somalie ou encore au Soudan.
 

"Coming out en France et en Afrique", une minisérie pour lever le tabou

Lever le tabou sur ce sujet, c'est ce qu'essaie de faire cette minisérie qui s'articule autour de six épisodes d'environ sept minutes. L'objectif principal étant d'accompagner les jeunes homosexuels, filles et garçons, lors de la révélation de leur homosexualité à leur entourage (coming out). Cette minisérie documentaire est diffusée sur les réseaux sociaux, sur le site de TV5MONDE et sur la plateforme France TV Slash, depuis le 27 mai et le sera jusqu'en 2022.

Trésor Ntore, 20 ans, est le coauteur de la série avec Hélène Seingier. Franco-Burundais, Trésor a grandi au Burundi, au Burkina Faso et en RDC, avant de partir en France, à Rennes, pour ses études.

En RDC, il était militant LGBT, après avoir fait son coming out à 13 ans. L'humoriste Shirley Souagnon, l'autre figure clé de la série, accompagne Trésor. Lesbienne affirmée, sa notoriété permet de "donner un peu plus de voix à la série afin que davantage de personnes se sentent représentées", précise Trésor.
 

L'hostilité à l'égard de l'homosexualité n'a pas toujours été la norme en Afrique. Elle est une réalité héritée en majeure partie de la colonisation, comme l'explique Trésor Ntore : "On a souvent tendance à dire que l'homosexualité a été amenée par les Occidentaux, alors que c'est l'homophobie qui a été amenée par le christianisme, imposé au temps de la colonisation"

Shirley Souagnon explique même qu'avant cette période, l'homosexualité existait déjà, et prend l'exemple de son père "qui s'est rendu compte que son homophobie était liée à des angoisses liées à l'extérieur, et pas à sa propre personnalité". Elle précise : "Mon père savait qu'avant la colonisation et l'esclavage, existaient des peuples noirs, non-genrés et de différentes orientations sexuelles. J'ai la chance d'avoir un père instruit qui fait qu'au-delà du fait qu'il ait la foi, dans l'islam, il n'oublie pas d'où il vient, ni qui il est", dit-elle dans le troisième épisode de la série.

Les six épisodes se passent entre Paris, Rennes, Lille mais aussi Ouagadougou ou Bujumbura. Le documentaire est conçu sous forme de témoignages, où les jeunes personnes interrogées racontent leurs craintes, leurs émotions mais aussi leur libération à l'issue du coming out. "C'est quelque chose qui revient auprès des personnages : beaucoup de personnes se sentent légères après avoir fait leur coming out".

Toutefois, réaliser son coming out n'est pas si simple. "Le poids de la famille est très, très, très important", souligne Trésor Ntore. "Tout comme le poids de la société dans lequel nous évoluons. Si on sent que la société n'est pas assez ouverte, on doute justement de l'intérêt de le faire".

C'est pourquoi des associations oeuvrent en Afrique pour lutter contre l'homophobie, et faire évoluer le regard porté par une partie de la population sur les homosexuels, comme l'association Afrique Arc-en-Ciel (AAEC), présente au Togo, où l'homosexualité est passible de dix ans de prison.