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En Algérie, des peines de prison pour 22 manifestants porteurs de drapeaux berbères

Manifestation à Alger, le 21 juin 2019.<br />
©AP/Anis Belghoul
Manifestation à Alger, le 21 juin 2019.
©AP/Anis Belghoul

La justice algérienne a condamné, ce mardi 12 novembre, 22 manifestants à 12 mois de prison, dont six mois ferme pour "atteinte à l'intégrité du territoire national". La justice leur reproche d'avoir arboré un drapeau amazigh (berbère) durant les manifestations contre le pouvoir.

Le verdict du tribunal de Sidi Mhamed, dans le centre d'Alger, "est tombé à 02H30 (01H30 GMT). Un an de prison dont six mois ferme et six mois de sursis et une amende de 30.000 dinars (environ 230 euros)", a indiqué le Comité national de libération des détenus sur sa page Facebook. Selon le CNDL, le procès de 20 autres accusés, dont l'un est à l'hôpital, a été reporté au 18 novembre.

Le verdict a été confirmé par Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH), dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux."C'est un verdict lourd, dur et inattendu", a estimé M. Salhi, qui a indiqué que les avocats allaient faire appel.
 

L'amazighité, une des composantes de l'identité nationale


A l'occasion du début du procès lundi, il avait estimé qu'il s'agissait du "plus grand procès des détenus d'opinion, porteurs du drapeau amazigh (berbère)", depuis le déclenchement, le 22 février, du mouvement populaire antirégime en Algérie.

Le Parquet avait requis deux ans de prison, 100.000 dinars d'amende (environ 750 euros) et la confiscation des drapeaux pour l'ensemble des accusés.

La défense, composée de près de 70 avocats, a plaidé l'acquittement arguant qu'il "n'existe aucune loi interdisant de brandir un drapeau amazigh et que la Constitution précise que l'amazighité est l'une des composantes de l'identité nationale".

Les avocats ont également protesté contre la durée de la procédure "dans une affaire qui n'exige pas quatre mois d'instruction, d'autant que le dossier ne contient que les procès verbaux d'audition".

Les premiers accusés avaient été arrêtés le 21 juin, deux jours après que le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, eut ordonné qu'aucun autre drapeau que l'emblème national ne soit brandi dans les manifestations hebdomadaires contre le pouvoir. Les autres manifestants avaient été arrêtés les semaines suivantes.

Aux cris de "Libérez les détenus" et "Pouvoir, assassin !", quelque 200 personnes se sont rassemblées lundi devant le tribunal, ceint par un important dispositif policier avant d'être dispersées sans incident.

En province, plusieurs manifestants accusés pour les mêmes faits ont été acquittés.