Afrique

En Côte d'Ivoire, Guillaume Soro condamné à la prison à vie

Guillaume Soro le 30 décembre 2010 à Abidjan. La Côte d'Ivoire est alors en pleine crise post-électorale.
Guillaume Soro le 30 décembre 2010 à Abidjan. La Côte d'Ivoire est alors en pleine crise post-électorale.
© AP Photo/Sunday Alamba

En son absence, l'ancien Premier ministre ivoirien et ex-chef rebelle Guillaume Soro a été condamné ce mercredi 23 juin à Abidjan, à la prison à perpétuité pour "atteinte à la sûreté de l'Etat" pour des faits commis fin 2019.

La cour d'assises d'Abidjan a suivi les réquisitions du parquet. Pour Guillaume Soro, ce sera la prison à perpétuité. Pour ses principaux autres accusés, Souleymane Kamagaté, ex-chef du protocole, Affoussy Bamba, ancienne ministre et Touré Moussa, son ancien chef de la communication, les réquisitions ont également été suivies. Ils sont condamnés à 20 ans de prison.

Guillaume Soro et 19 de ses partisans étaient accusés de "complot", "tentative d'atteinte contre l'autorité de l'Etat" ainsi que de "diffusion et publication de nouvelles fausses jetant le discrédit sur les institutions et leur fonctionnement, ayant entraîné une atteinte au moral des populations".

Deux des frères de Guillaume Soro et son ancien bras droit Alain Lobognon ont eux été condamnés à 17 mois de prison pour "troubles à l'ordre public".

La cour a également ordonné la confiscation des biens de Guillaume Soro et de ses 19 coprévenus, ainsi que la dissolution de son mouvement, Générations et peuples solidaires (GPS), accusé de se livrer à "des actes subversifs". Elle a ordonné aux condamnés de payer solidairement 1 milliard de francs CFA (150 millions d'euros) à l'Etat ivoirien.

Ancien chef de la rébellion des années 2000, Guillaume Soro, 49 ans, qui vit en exil depuis deux ans, était jugé par contumace, tout comme cinq de ses partisans. Les accusés ont nié toutes les charges.

Réactions

Dans un tweet publié ce mercredi soir, Guillaume Soro, laconique, a promis de ne pas "renoncer à ce combat".

Pour la défense de l'ancien Premier ministre, il s'agit d'un jugement politique rendue par une "justice inféodée". Autre son de cloche auprès de la partie civile qui considère que "force est rendue à la loi".

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Disgrâce

Longtemps considéré comme le dauphin d'Alassane Ouattara, Guillaume Soro est littéralement tombé en disgrâce.

Chef de la rébellion qui contrôlait la moitié Nord de la Côte d'Ivoire dans les années 2000, Guillaume Soro avait aidé militairement Alassane Ouattara à accéder au pouvoir lors de la crise post-électorale de 2010-2011 face au président sortant Laurent Gbagbo qui refusait d'admettre sa défaite dans les urnes. 

Guillaume Soro et Alassane Ouattara, alors chef de l'opposition, le 4 décembre 2010 à Abidjan (Côte d'Ivoire)
Guillaume Soro et Alassane Ouattara, alors chef de l'opposition, le 4 décembre 2010 à Abidjan (Côte d'Ivoire)
© AP Photo/Thibault Camus

Après la victoire, Guillaume Soro était devenu le premier chef du gouvernement de Alassane Ouattara, puis avait été nommé en 2012 président de l'Assemble nationale, poste qu'il a occupé jusqu'en 2019. Mais les deux hommes se sont peu à peu brouillés, jusqu'à la rupture consommée début 2019, en raison, selon les observateurs, des ambitions présidentielles de Guillaume Soro.

En avril 2020, il a déjà été condamné à 20 ans de prison pour recel de détournement de deniers publics, pour avoir tenté de s'approprier, selon la justice, une résidence achetée par l'Etat pour le loger lorsqu'il était Premier ministre. Cette condamnation avait justifié l'invalidation de sa candidature à la présidentielle, alors qu'il était vu comme un challenger sérieux.

Après une élection présidentielle tendue en octobre 2020, la Côte d'Ivoire traverse depuis plusieurs mois une période de détente politique. Ces derniers jours, l'attention s'est essentiellement portée sur Laurent Gbagbo de retour à Abidjan après dix années hors du pays et un acquittement définitif par la Cour pénale internationale.