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En Côte d'Ivoire, les planteurs d'hévéa espèrent rebondir malgré la crise

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TV5Monde

La récolte de latex 2019 démarre sur les chapeaux de roue en Côte d'Ivoire. Le pays, premier producteur africain de caoutchouc, voit les choses en grand et ambitionne de se hisser au 4ème rang mondial dans cinq ans. Mais le pays a-t-il les moyens de ses ambitions ?

À Songon, au sud-est du pays, la plantation de Yapo Antoine est une terre sans « saigneurs », ces travailleurs qui se chargent de récolter le latex, la sève des hévéas. Tous ou presque sont partis à cause des salaires que le planteur ne pouvait plus leur payer. Alors qu’il exploitait jusqu’alors une superficie de 25 ha et employait cinq manœuvres, sa plantation est désormais envahie par les hautes herbes et laissée à l’abandon. 

« Le seul manœuvre qui m’est resté fidèle, il m’a dit "patron, quel que soit le problème je vais rester avec toi", raconte Yapo Natoine Ogrui, planteur. Les autres sont partis parce que je ne peux pas les payer. Vous voyez l'état de la plantation : elle est délabrée et puis il y a beaucoup d’herbes, ils sont exposé aux serpents… On ne peut pas nettoyer parce que cela revient trop cher. »

Mais le délabrement de la plantation n’empêche pas le précieux liquide blanc de couler de la saignée. Alors, les fonds s'entassent à perte, prenant cette couleur noire typique d'un latex devenu inutilisable. Sans main-d’œuvre, dépité, Yapo Antoine se lamente devant les tasses d’hévéa qui pourrissent entre ses mains, irrécupérables. Mais le planteur refuse de brader son produit en dessous du seuil du prix international.

« Les gens nous en donnent 150 francs CFA le kilogramme, mais moi je ne peux pas brader mon produit, j'ai décidé de laisser comme ça jusqu'à ce que la situation se stabilise afin de pouvoir évacuer. Vraiment c'est compliqué pour nous, c'est vraiment compliqué…», raconte le planteur.

Payés à crédit

À quelques kilomètres de là, à Dabou, l'une des rares centrales d’achat à ne pas être saturée par cette surproduction, les planteurs se bousculent pour évacuer leur marchandise quel qu’en soit le prix, même s’il est à crédit comme le déplore Faustin, lui-même planteur et acheteur : « il faut reconnaître que la situation en Côte d’Ivoire est très très difficile. D’abord, la production n’arrive pas à être évacuée en Europe et ensuite, le prix sur le marché est très misérable. C’est pas normal, le planteur se fatigue au champ et quand il arrive au pont-peseur pour peser, vous voyez le monde ! C’est un problème, il n’arrive pas à évacuer son caoutchouc même au pont bascule. Le prix est misérable et à crédit, on nous paie nos produits à crédit et on s’en va. Deux ou trois mois après on vous appelle pour nous donner l’argent ou bien on ne voit même pas l’argent, c’est des miettes ».

Surproduction

Alors que les cours mondiaux ont chuté, la fièvre du caoutchouc est bien retombée en Côte d'Ivoire. Pourtant la production ne cesse d'augmenter. L’année dernière, elle a atteint environ 800 000 tonnes contre les 600 000 tonnes initialement attendues, faisant du pays le septième producteur mondial (3 %), loin derrière la Thaïlande (36 %), l’Indonésie (26 %), le Vietnam (8 %), la Chine (6 %) et l’Inde (6 %). La Côte d’Ivoire, qui veut détrôner la Chine et l’Inde, devance toutefois le Brésil (2 %) et la Birmanie (1 %).

Pour ajouter à la crise que traverse la filière. Les armateurs refusaient jusqu'alors d'embarquer cette matière brute qui dégrade les calles des bateaux et les marchandises qu'elles contiennent. Alors qu'une solution vient d'être trouvée, dans le port d'Abidjan, 450.000 tonnes de caoutchouc qui s’y entassaient depuis plusieurs mois vont enfin être expédiées. 

Pour la campagne 2019, le Fonds de développement de la culture de l’hévéa (FDH), une structure de l’Apromac, va financer à hauteur de 2,5 milliards de francs CFA (3,8 millions d’euros), la formation de 600 saigneurs, dont le travail consiste à entailler les arbres pour faire couler la sève blanche récupérée dans des tasses attachées au tronc.