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En République du Congo, la mort de Guy-Brice Parfait Kolélas au soir de la présidentielle

Un partisan de Guy-Brice Parfait Kolélas ce lundi 22 mars au siège de l'UDH-Yuki, son parti.
Un partisan de Guy-Brice Parfait Kolélas ce lundi 22 mars au siège de l'UDH-Yuki, son parti.
© REUTERS/Olivia Acland

Il était le principal rival du président sortant Denis Sassou Nguesso. Guy-Brice Parfait Kolélas est mort au soir du premier tour de l'élection présidentielle, des suites du Covid-19. Cette disparition a créé la stupeur mais ne devrait rien changer à l'issue du scrutin.

"La mort de Guy-Brice Parfait Kolélas ouvre une période d’incertitude". Politologue et opposant, André Ngombet ne cache pas son inquiétude. Un temps candidat à la présidentielle avant de soutenir Guy-Brice Parfait Kolélas, il se demande qui va aujourd’hui contenir cet électorat d’opposition qui, à défaut de croire à l’alternance, avait besoin de cette "soupape d’espoir".

La mort du principal opposant au soir même de la présidentielle, le timing alimente déjà les rumeurs. L'interprétation de l'article 70 de la Constitution pourrait, quant à elle, alimenter le débat : "Si avant le premier tour, l'un des candidats décède ou est définitivement empêché, la Cour constitutionnelle prononce le report de l'élection".

S'il y a peu de suspense quant à l'issue de cette présidentielle, "Pako" était néanmoins la seule incarnation de ce qui aurait pu constituer un espoir d'alternance pour l'opposition, le seul véritable rival de Denis Sassou Nguesso, le général Mokoko étant en prison depuis cinq ans. Mais à deux jours du vote, vendredi 19 mars, Kolélas est testé positif au Covid-19 et doit annuler son dernier meeting de campagne. Dès lors, son état de santé se dégrade. Samedi, à quelques heures du scrutin et alors qu'Internet n'a pas encore été coupé à travers le pays, il poste une vidéo sur les réseaux sociaux. Épuisé, il implore ses partisans d'aller "voter pour le changement". "Je ne me serai pas battu pour rien", affirme-t-il. C'est sa dernière apparition.

Dimanche, Guy-Brice Parfait Kolélas s'envole pour Paris à bord d'un avion médicalisé venu le chercher à Brazzaville. Il meurt cinq minutes après l'atterrissage au Bourget près de Paris. En France, une enquête est ouverte sur "la recherche des causes de la mort", une procédure normale dès lors qu'il peut y avoir le moindre soupçon.

Seul rival de Denis Sassou Nguesso

A 61 ans, Guy-Brice Parfait Kolélas est apparu cette année comme le seul vrai rival du président sortant Denis Sassou Nguesso, 77 ans, dont 36 au pouvoir.

Arrivé deuxième à la présidentielle il y a cinq ans, il s'était notamment engagé à libérer les deux candidats de la présidentielle de 2016 condamnés en 2018 à 20 ans de prison pour "atteinte à la sûreté de l'État", le général Jean-Marie Mokoko et André Okombi Salissa.

Guy-Brice Parfait Kolélas était économiste de formation. Né à Brazzaville, il avait obtenu en 1987 un diplôme de troisième cycle d'études supérieures spécialisées (DESS) en économie et gestion des transports internationaux à Mulhouse-Colmar en France. Il avait enchaîné sur un doctorat en économie puis avait enseigné dans des universités françaises avant de rentrer au Congo où il avait travaillé au ministère de l’Administration du territoire.

Il était le fils d'une personnalité incontournable de la vie politique congolaise, Bernard Kolélas, ancien maire de Brazzaville et ancien Premier ministre sous la présidence de Pascal Lissouba entre 1992 et 1997. La milice de Bernard Kolélas avait été partie prenante de la guerre de 1997 mettant aux prises les hommes de Pascal Lissouba et de Denis Sassou Nguesso. Après le retour au pouvoir de "Sassou" en août 1997, la famille Kolélas avait été contrainte à l'exil et avait trouvé refuge au Mali. C'est alors que Bernard Kolélas -qui mourra en 2009- aurait demandé à son fils "de poursuivre le combat politique. Il ne l'a dit qu'à moi, pas aux autres, alors que nous étions douze frères et sœurs". Parfait Kolélas retourne au pays en 2005 après la mort de sa mère, dont le pouvoir a autorisé l'inhumation à Brazzaville.

Des supporters de Guy-Brice Parfait Kolélas le 7 mars 2021 à Brazzaville (Rép. du Congo)
Des supporters de Guy-Brice Parfait Kolélas le 7 mars 2021 à Brazzaville (Rép. du Congo)
© AP Photo/Lebon Chansard Ziavoula

En 2007, le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCCDI), parti créé par Kolélas père en 1990, signe un accord de gouvernement avec le Parti congolais du travail (PCT) de Denis Sassou Nguesso. A cette occasion, Parfait Kolélas intègre le gouvernement en 2009 comme ministre de la Pêche puis de la Fonction publique et de la Réforme de l'État jusqu'en 2015. Cette année-là, il s'oppose à la réforme constitutionnelle destinée à permettre à Denis Sassou Nguesso (DSN) de se représenter. Sans effet, puisqu'en 2016, DSN est réélu dès le premier tour avec un peu plus de 60% des voix. Guy-Brice Parfait Kolélas arrive en 2e position avec 15% des suffrages.

Dimanche, malgré l'état de santé du candidat Kolélas, le vote s'est déroulé. D'après son parti, il "serait en tête dans un certain nombre de localités".

Voir aussi : République du Congo : l'opposant Guy-Brice Parfait Kolélas perd son combat contre le Covid-19

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