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En Tunisie, fumer du cannabis peut vous faire condamner à 30 ans de prison

Plant de haschich - image d'illustration
Plant de haschich - image d'illustration
© Christian Charisius/picture-alliance/dpa/AP Images

Trois jeunes ont été condamnés à une peine de 30 ans de prison ferme pour avoir consommé un joint de cannabis dans un lieu public, un stade. La main lourde du tribunal suscite émois et indignations dans le pays.

"Verdict injuste" , "Non à la prison"....  Le verdict ne passe pas dans la société civile et sur les reseaux sociaux en Tunisie.  Trois jeunes gens ont pris trente ans de prison pour un simple joint !

L’affaire a eu lieu dans le gouvernorat de Kef, au nord-ouest de la Tunisie.
Le 20 janvier trois jeunes de moins de trente ans sont condamnés par un juge pour avoir enfreint la loi 52 règlementant la consommation de stupéfiants.

Le porte-parole du tribunal du Kef, Mohamed Faouzi Daoudi explique – selon l’AFP - que ce jugement "ne porte pas uniquement sur la consommation de stupéfiants, mais aussi sur l'usage d'un terrain de sport pour la consommation de drogue."

Selon le quotidien tunisien La Presse, Faouzi Dhaouadi a laissé entendre que "l’un des prévenus, le gardien du stade en question, a caché une quantité de cannabis dans les vestiaires et les trois prévenus ont consommé ces matières stupéfiantes dans cet établissement sportif", soulignant que l’article 11 de la loi 52 impose, dans ce cas, l’application de la peine maximale, puisqu’il s’agit d’une consommation dans un lieu public.

Une loi votée sous Ben Ali


Selon l'avocate des trois accusés, Molka Bouderbala, citée par Le Mouv' de Radio France, il s'agit de la plus lourde condamnation pour consommation de cannabis depuis la révolution de 2011. Maître Bouderbala dénonce une peine démesurée et un excès de zèle : "Il y a des terroristes, des personnes qui sont coupables de violences conjugales et qui prennent juste vingt ou dix ans." L'avocate réclame donc l'abolition de la loi 52 et a fait appel de l'affaire.
 

Capture d'écran page Facebook de Maître Bourbala appelant à l'amendement de la loi 52.
Capture d'écran page Facebook de Maître Bourbala appelant à l'amendement de la loi 52.


La Ligue tunisienne des droits de l'Homme a pour sa part dénoncé un "verdict injuste", le responsable de sa branche au Kef, Nour Khammassi, réclamant une "révision des chapitres de la loi 52". La loi 52 a été votée sous le régime de Ben Ali. Plus de 8000 personnes sont détenus dans le pays pour consommation de canabis.

Sur les réseaux sociaux, et sous le mot dièse en arabe "#la prison-non, changez la 52" , de nombreux utilisateurs se sont élevés contre le verdict et ont appelé à manifester.
 


Le verdict a été dénoncé par Amnesty International, la directrice du bureau régional de l'ONG, Amna Guellali, jugeant dimanche "inacceptables par principe toutes les condamnations émises concernant la consommation et la possession de stupéfiants".


20% des personnes en prison pour consommation de drogue

 

La classe politique s'est saisie de l'affaire, deux députés, Zied Ghanney et Nabil Haji, appellent à une grâce présidentielle. Le député, Hichem Ben Ahmed, estime qu'une "erreur de jeunesse ne doit pas détruire leur avenir". L'ancien ministre, sur les ondes de Mosaïque FM, s'engage ainsi à présenter un nouveau projet de loi "dans les plus brefs délais.

En 2019, selon les chiffres rapportés par Avocats sans Frontières, environ 20% des personnes emprisonnées en Tunisie l'étaient à cause de la loi 52.