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En Tunisie, le projet de Constitution "reflète l'esprit de la révolution", selon Kaïs Saïed

Kais Saied, lors de la présidentielle de 2019 en Tunisie.
Kais Saied, lors de la présidentielle de 2019 en Tunisie.
© Page Facebook du candidat

Le président tunisien Kais Saied a défendu ce mardi 5 juillet son projet de Constitution controversé face aux accusations de dérive autoritaire, après avoir été désavoué par le juriste à qui il en avait confié la rédaction.

Le coup de gueule n'est pas passé inaperçu. Au point que le président Saïed y répond aujourd'hui.

Sadok Belaïd, chef de la commission chargée de rédiger la nouvelle Constitution, avait remis son projet le 20 juin à M. Saied mais ce dernier a publié jeudi 30 juin une version remaniée de fond en comble, instaurant un système présidentiel accordant de très larges pouvoirs au chef de l'Etat sans véritables garde-fous.

Dans une sortie tonitruante, M. Belaïd, juriste respecté, a donc affirmé dans une lettre publiée dimanche par la presse que la version de M. Saied n'avait rien à voir avec celle qu'il lui avait remise, avertissant que le projet qui sera soumis à référendum le 25 juillet pourrait "ouvrir la voie à un régime dictatorial".

Dans un message publié mardi par la présidence de la République, M. Saied s'en est défendu, affirmant que le projet de Constitution publié reflétait "ce que le peuple tunisien a exprimé depuis la révolution (de 2011) jusqu'au 25 juillet 2021 lorsque elle a été remise sur le droit chemin". A cette date, M. Saied, après des mois de blocages politiques, avait suspendu le Parlement et limogé le gouvernement pour s'arroger les pleins pouvoirs, faisant vaciller la jeune démocratie dans le pays d'où les révoltes du Printemps arabe étaient parties en 2011. 

"La Constitution qui vous est proposée reflète l'esprit de la révolution et ne porte aucunement atteinte aux droits et aux libertés", a-t-il ajouté dans son message. Il a rejeté les accusations selon lesquelles la constitution proposée ouvrait la voie à "un retour de la tyrannie", affirmant que "rien ne peut être plus loin de la réalité".
Il a enfin appelé les Tunisiens à approuver le texte lors du référendum du 25 juillet, qui coïncidera avec le 1er anniversaire de son coup de force.

"Dites +oui+ pour éviter la déchéance de l'Etat, pour que les objectifs de la révolution se réalisent et qu'on en finisse avec la misère, le terrorisme, la faim, l'injustice et la souffrance", a-t-il écrit.

Appel au boycott

Le Front de Salut, une coalition de partis d'opposition, dont la formation d'inspiration islamiste Ennahdha, principale force dans le Parlement dissous par M. Saied, a annoncé mardi qu'il boycottait le référendum sur la Constitution.

Il a affirmé dans un communiqué que le projet présenté par M. Saied menaçait de "ramener le pays vers le pouvoir absolu d'un seul homme dont il a souffert pendant cinq décennies".

Le Syndicat national des journalistes en Tunisie (SNJT) a également rejeté mardi le projet de Constitution, affirmant dans un communiqué que le texte "ne respecte pas les principes de la liberté de la presse, ni la liberté d'expression, les droits, l'indépendance de la justice ou la séparation des pouvoirs".