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Entretien : Chekib Drareni, le frère du journaliste algérien Khaled Drareni, réclame sa libération immédiate

Chekib Drareni, frère de Khaled Drareni, était, ce samedi 15 août, devant le Consulat Général d'Algérie à New York, afin de protester contre la condamnation de son frère à 3 ans de prison ferme. 
Chekib Drareni, frère de Khaled Drareni, était, ce samedi 15 août, devant le Consulat Général d'Algérie à New York, afin de protester contre la condamnation de son frère à 3 ans de prison ferme. 
© TV5MONDE

Chekib Drareni, le frère du journaliste algérien Khaled Drareni, condamné lundi 10 août à trois ans de prison ferme, a appelé, depuis New York, où il réside, à sa "libération immédiate". Entretien avec celui qui se mobilise afin de faire libérer le correspondant de TV5MONDE et de Reporters Sans Frontières en Algérie.

C'est depuis New York, devant le consulat algérien de la métropole américaine, en plein coeur de Manhattan, que Chekib Drareni et une douzaine de personne ont manifesté samedi 15 août pour réclamer la libération de son frère, Khaled Drareni, correspondant de TV5MONDE en Algérie. "Mon frère a été arrêté, uniquement parce qu'il exerçait son métier, celui qu'il aime", nous a confié Chekib Drareni.
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"Nous avons été surpris par la lourdeur de la sentence. Nous pensions que Khaled serait libéré. C'est absolument injuste qu'il soit traité de cette façon", a-t-il ajouté.

Khaled Drareni, âgé de 40 ans, est directeur du site d'information Casbah Tribune et correspondant en Algérie pour  TV5MONDE et l'ONG Reporters sans frontières.
Incarcéré depuis le 29 mars, il a été condamné, lundi 10 août, à Alger, à trois ans d'emprisonnement et à une lourde amende pour "incitation à attroupement non armé" et "atteinte à l'unité nationale".


Il était poursuivi à la suite de sa couverture le 7 mars à Alger d'une manifestation du Hirak, le soulèvement populaire qui a secoué l'Algérie pendant plus d'un an, jusqu'à sa suspension il y a quelques mois en raison de la pandémie de Covid-19.

Lors de son procès par visioconférence le 3 août, il a été notamment reproché à Khaled Drareni  d'avoir critiqué sur Facebook le système politique, selon RSF.
"Comment les vidéos qu'il partage sur les réseaux (...) peuvent-elles être considérées comme un crime puni par la loi ?", s'est interrogé un membre de son collectif de défense, Maître Abdelghani Badi. 

La sentence a choqué ses collègues à Alger et a suscité de vives protestations des défenseurs des droits de la presse et de la protection des journalistes. Mercredi 12 août, plus de 30 ONG tunisiennes ont exprimé  leur solidarité et appelé à la libération "immédiate" et "sans conditions" du journaliste algérien.

Une mobilisation internationale

"Nous avons le soutien de plusieurs chefs d'État européens. J'ai moi-même entamé une procédure avec le gouvernement américain. Nous sommes en train de faire notre maximum pour faire bouger les choses", nous a indiqué Chekib Drareni. "Plusieurs ressortisants à New York et moi-même ne baisserons pas les bras jusqu'à ce que justice soit faite et qu'il soit libéré".


Ce 17 août, les Médias Francophones Publics (MFP) se sont associés au soutien à Khaled Drareni. Dans un communiqué - tweeté ci-dessous par Françoise Joly - directrice de l'Information de TV5MONDE-, l'organisation indique que la condamnation du journaliste est "une atteinte grave à la liberté de la presse que rien ne saurait justifier. Il est intolérable que des journalistes soient pris pour cible en raison de leur activité professionnelle",  peut-on aussi lire dans ce texte signé des dirigeants et dirigeantes de Radio France, Arte, France Médias Monde, France Télévisions, du groupe Média TFO, Radio-Canada, la RTBF, la Radio Télévision Suisse, Télé Québec, TV5 Québec Canada ou encore TV5MONDE.
L'Union européenne a, pour sa part, fait état, vendredi 14 août, de sa "préoccupation", par la voix de la porte-parole Nabila Massrali. Elle a également affirmé "discuter avec les autorités algériennes". Une prise de parole à l'occasion de laquelle N. Massrali a rappelé l'engagement de l'Union pour la liberté de la presse et de la protection des journalistes.

Chekib Drareni dit, lui, regretter que la famille n'ait pas encore eu le droit d'aller rendre visite au journaliste, qui n'a eu sa mère au téléphone qu'à deux reprises depuis mars, pour "deux conversations de 45 secondes à une minute chacune".

Il compte organiser une marche à Washington, avec la communauté algérienne aux États-Unis, samedi 22 août, afin de faire entendre, une nouvelle fois, sa voix.