Afrique

Espionnage en RDC : une agence de renseignement privée israélienne mise en cause

Joseph Kabila, le 30 décembre 2018 à Kinshasa (RDC). Selon une émission d'investigations israélienne Uvda, il aurait utilisé des anciens agents du Mossad pour espionner l'opposition congolaise.
Joseph Kabila, le 30 décembre 2018 à Kinshasa (RDC). Selon une émission d'investigations israélienne Uvda, il aurait utilisé des anciens agents du Mossad pour espionner l'opposition congolaise.
©AP Photo/Jerome Delay

L'ex-président Joseph Kabila a-t-il utilisé fin 2015 la société israélienne Black Cube, qui emploie notamment d'anciens vétérans des services de renseignement, dont le Mossad, pour espionner les responsables de l'opposition congolaise ? Oui, selon l' émission d'investigation israélienne "Uvda", non selon "Black Cube" qui dément catégoriquement cette information. Est-ce que d'autres cas d'espionnage ont été révélés récemment en Afrique ? Analyse de Slimane Zeghidour, l'éditorialiste de TV5MONDE.

Indignation de l'opposition en République démocratique du Congo. A l'origine : les révélations fracassantes d' "Uvda", une émission d'investigations de la chaîne israélienne Channel 12. D'après elle, Joseph Kabila aurait fait appel il y a quatre ans à "Black Cube" pour surveiller et espionner toutes les activités de ses opposants. Cette entreprise privée israélienne, qui a des bureaux à Londres et à Paris, a porté plainte pour diffamation devant un tribunal britannique contre l'émission "Uvda".

TV5MONDE : Une enquête a révélé qu'une entreprise privée israélienne de renseignement aurait passé plusieurs mois à espionner des responsables de l'opposition en RDC, à la demande de Joseph Kabila. Est-ce que cela vous surprend ?

Cela n'est pas du tout surprenant. En 2017 déjà, la presse israélienne révélait que l'agence de renseignement privée israélienne "Black Cube" s'intéressait aux activités d'un homme d'affaires israélien, et notamment à ses relations avec le gouvernement de Joseph Kabila. C'est ainsi que la douzième chaîne a découvert comment Joseph Kabila a recouru aux services de l'agence pour espionner ses opposants.

TV5MONDE : Les Israéliens sont-ils les seuls à proposer ce type de service en Afrique ? 

Cet "espionnage" inclut bien entendu la surveillance clandestine, mais aussi l'intrusion informatique. Une kyrielle d'agences, israéliennes mais également américaines, britanniques, françaises et peut-être chinoises et russes proposent et se bousculent pour y proposer leurs services. Sur ce plan, les Israéliens se sont taillés une place de choix.

L'Afrique, avec ses Etats précaires et ses leaders en mal de légitimité, est un eldorado pour ces agences.

Selon la presse spécialisée, même des pays arabes, des monarchies du Golfe notamment, auraient bénéficié de leur expertise en matière de surveillance de leurs opposants.

L'Afrique, avec ses Etats précaires et ses leaders en mal de légitimité et vivant sous la menace constante de leurs adversaires et opposants, est un eldorado pour ces agences opérant souvent à la limite de l'éthique et de la légalité.

Outre ces agences, les services spéciaux s'y activent, avec de nouveaux venus, Brésiliens, Turcs, Indiens, et bien sûr Chinois et Russes qui y opèrent leur retour, les Iraniens aussi. L'an dernier, un ex-ministre israélien résidant au Nigeria a été condamné pour espionnage au profit de l'Iran et condamné à douze ans de prison.

TV5MONDE : Les Israéliens sont présents dans de nombreux pays africains. Comment agissent-ils en matière de sécurité ? Quel est leur rôle sur le terrain ?

Outre des relations fort anciennes avec l'Ethiopie et le Kenya, les Israéliens s'efforcent d'élargir leur sphère d'influence en Afrique, y compris francophone, à travers des projets agricoles, des bourses pour les étudiants, de l'aide médicale mais aussi par la formation et l'encadrement des services de sécurité officiels. C'est le cas au Cameroun, mais aussi sous d'autres formes au Rwanda, au Togo, et plus récemment au Tchad, depuis la visite "historique" de Benjamin Netanyahou à N'Djamena, l'an dernier.