Afrique

Ethiopie : des soldats accusés de "torture" et de "meurtre" par des déplacés dans le Tigré selon un rapport de l'ONU

Deux hommes debout sur le bord de la route en attente de transport regardent un camion détruit sur une route menant à la ville d'Abi Adi, dans la région du Tigré au nord de l'Éthiopie, le mardi 11 mai 2021.
Deux hommes debout sur le bord de la route en attente de transport regardent un camion détruit sur une route menant à la ville d'Abi Adi, dans la région du Tigré au nord de l'Éthiopie, le mardi 11 mai 2021.
©AP Photo/Ben Curtis

Des personnes déplacées dans la région éthiopienne du Tigré (Nord) ont accusé des soldats "d'enlèvement, torture, et dans certains cas de meurtre", selon un rapport d'agences de l'ONU et d'ONG obtenu jeudi 27 mai par l'AFP. Ce document, finalisé cette semaine, concerne les sites de personnes déplacées dans la ville de Sheraro dans le nord-ouest du Tigré, près de la frontière avec l'Érythrée.

Le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) s'est dit mercredi 26 mai "profondément alarmé" par les arrestations de centaines de déplacés dans des camps au Tigré, où l'armée fédérale éthiopienne mène une opération militaire depuis six mois.

Ces arrestations, effectuées lundi 24 au soir, par des soldats éthiopiens ainsi que de l'Erythrée voisine, ont visé les camps tentaculaires qui se sont formés près de la ville de Shire, ont affirmé le lendemain à l'AFP Amnesty International des témoins.

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Près de 200 déplacés ont été frappés par les soldats qui ont confisqué leurs téléphones avant de les faire monter dans des camions, selon Fisseha Tekle, chercheur à Amnesty.

Environ 40.000 Tigréens déplacés se trouvent à Sheraro, dont la plupart sont venus de plus à l'ouest, où le secrétaire d'État américain Antony Blinken a déclaré qu'un "nettoyage ethnique" était en cours. Il faisait part de son inquiétude sur la situation dans la région dès le mois de février dernier.

Des entretiens individuels avec les déplacés ont mis en relief un "problème de sécurité majeur et permanent" ainsi que la "présence de forces armées opérant au Tigré", selon les termes du rapport. 

Les personnes interrogées ont exprimé des "allégations de viol continu de filles et de femmes par des forces armées à l'intérieur comme à l'extérieur des sites" accueillant des déplacés, tout comme des faits "d'enlèvement, de torture et, dans certains cas, de meurtre de jeunes hommes (déplacés) par les forces armées", selon ce rapport.

Le rapport a été rédigé par le Cluster de protection de l'Éthiopie, qui comprend des agences des Nations unies, des organismes gouvernementaux et des ONG locales et internationales.

Le rapport ne précise pas quelles forces armées sont accusées de ces crimes, mais Sheraro est largement sous contrôle érythréen, selon des ONG d'aide opérant au Tigré.

Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a lancé le 4 novembre une opération militaire contre les autorités tigréennes, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), en dissidence vis-à-vis du pouvoir central.

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M. Abiy avait promis une victoire rapide, mais presque six mois après la prise de la capitale régionale, Mekele, par l'armée fédérale, des combats se poursuivent au Tigré, où la situation humanitaire critique alarme la communauté internationale.

L'Érythrée, ennemie jurée du TPLF, a également envoyé des troupes au Tigré pour soutenir l'armée éthiopienne. Elles ont été accusées d'avoir participé à des massacres et à des viols massifs, des accusations démenties par Asmara.

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