Afrique

Génocide des Tutsis au Rwanda : les ex-rebelles FDLR espèrent commencer une nouvelle vie

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Reportage TV5 Monde : I. Taoufiqi, C. Alline, R. Monjanel

Dans les camps de démobilisation mis en place par le pouvoir, des anciens combattants Hutus FDLR tentent d'apprendre à vivre dans le "nouveau" Rwanda. Un défi pour des gens de guerre qui, pour certains, ont pris part au génocide contre les Tutsis du Rwanda

En 1994, des centaines de milliers de Hutus s'étaient réfugiés dans l'ex-Zaïre pour fuir l'avancée du Front patriotique rwandais (FPR), qui allait mettre fin au génocide contre les Tutsis. Parmi eux des génocidaires civils,  le gouvernement génocidaire, les militaires des FAR, les Interamwhe (milice ayant exécuté le génocide). Ensemble, ils donnent naissance début 2000 au groupe rebelle des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Retranchés dans l'Est de la RD. Congo, ils espèrent un jour rentrer au Rwanda, les armes à la main.

Mais leur combat s'est avéré vain et depuis 25 ans, le Rwanda fait tout pour que ces combattants rentrent au pays. Jusqu'à aujourd'hui,  ils seraient 11 000 à avoir été "démobilisés". Le Rwanda a prévu pour ça des camps ad-hoc comme ici à Mutobo. 
Les démobilisés rencontrés dans ce reportage ont été rapatriés de force du Congo en novembre 2018.
Tous ici sont d’ex-combattants  Hutus FDLR et ils doivent désormais chanter avec entrain l’hymne du pays qu’ils ont fuit il y a 25 ans… devant l’avancée des troupes de l'actuel président Paul Kagame
Parmi eux d’anciens militaires et peut-être des Interamwhe, les bras armés du régime génocidaire.
 
L’idéologie du génocide ?
Nous allons l’arracher avec les racines, nous allons les brûler et elles vont brûler pour toujours! 

Réfugiés au Congo voisin pendant 25 ans,, certains ici ont rêvé de revenir au pays armes à la main pour rétablir le régime suprémaciste Hutu. Ils apprennent qu’au Rwanda désormais il n’y a ni  Hutus, ni Tutsis, juste des Rwandais.
« Ils ont passé plus de 25 ans la plupart dans unen idéologie ethnique divisionniste, maintenant on veut les intégrer dans l’unité que le Rwanda est en train d’entreprendre. » explique Ephrem Kanamugire, le directeur du camp de démobilisation. 
Ce jour-la, c’est "atelier d’écriture" de leur projet professionnel. Après 25 ans d’exaction et pillage au Congo voisin, il est temps pour eux de travailler. 

Atelier d'écriture

Sébastien Nkundabose, comme les autres, a été rapatrié contre son gré, mais il assure que la rébellion, c’est du passé. Le doyen, comme on l’appelle ici,  n’était pas n’importe qui dans la foret congolaise. "J’étais substitut de l’auditorat militaire, c’est-à-dire que je lançais toute la discipline dans toute la communauté des FDLR", explique-t-il. 
Sur sa vie d’avant, il est moins prolixe. Que faisait-il entre  le 6 avril  et le 4 juillet 1994, ces 3 mois où la majorité Hutu massacrait méthodiquement près d’1 million de Tutsis ? "J’étais en train de chercher l’emploi parce que il y avait beaucoup de réfugiés venant de telle zone et telle zone dans le centre. J’étais en train de chercher comment vivre."
Mais pendant le génocide personne ne travaillait, hormis ceux qui tuaient les Tutsis, le « travail »  comme il l’appelait. Nous reprenons donc la question. Pas de réponse. Sébastien  rejoint l’atelier sur les traumatismes.
Tous retourneront bientôt s’installer sur les collines aux  cotés des rescapés. 
Et il faut les y préparer. C'est le travail de Narcisse NTAZINDA, psychologue clinicien. "Une personne traumatisée ne peut pas regarder l’outil qui a été utilisé.  Exemple :  la machette. Ou encore, s’il passe à coté d’une colline où on a tué des gens, ce sera difficile pour lui de la regarder" explique t-il à ses "patients". 
Ici on parle des machettes qui ont tué, des femmes violées, mais jamais de Tutsis, ni de génocide.
« Non le génocide on ne veut pas l’évoquer,  on n’est pas spécifique. Si on amène ça, on n’est pas dans l’angle.
Narcisse NTAZINDA, psychologue clinicien
Si les mots ne sont pas dits, les souvenirs eux sont invoqués.
Le 18 avril, la réhabilitation prendra fin.  Les 600  ex-FDLR du camp de Mutobo pourront rentrer chez eux. Sans risque d’être poursuivis par la suite. Exceptés ceux qui auraient participé au génocide contre les Tutsis.