Afrique

Génocide des Tutsis au Rwanda : près de 50 000 corps exhumés, 25 ans après

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Il y a 25 ans en plein génocide, Kabuga à l'est de Kigali était l'un des passage obligé pour les Tutsis cherchant à réchapper aux génocidaires. Kabuga était alors devenu un haut lieu des massacres. Il y a un an, une première fosse commune a été mise au jour. Aujourd'hui, on en est à une vingtaine et 49 000 corps exhumés. Reportage.

Secteur de Kabuga à l’est de la capitale. Ici, il y a 25 ans, les miliciens hutus génocidaires, Interamwhe dressent cinq barrages. Cinq barrières ou tout Tutsi en fuite est immédiatement massacré. A la troisième, Marie Chantal Rafiki et sa famille sont arrêtés. 

« Quand je parle de barrière, raconte Marie Chantal Rafiki, rescapée du génocide des Tutsis, ils mettaient des branches d’arbres et c’est là qu’il tuait les gens. »

Et c’est ici que le 17 avril 1994, son père est assassiné sous ses yeux. Elle a 16 ans. « Ils ont sorti mon père de la voiture, poursuit Marie Chantal Rafiki. C’est ici qu’on lui a donné un coup de marteau sur la tête. »

Découverte de charniers

Elle en a réchappé miraculeusement. Mais une question la tourmente depuis 25 ans : Où le corps de son père a-t-il été jeté ? La réponse, elle l’a enfin obtenue cette année. En avril dernier, Marie Chantal apprend qu’une fosse commune a été mise au jour. 
 

Quand ils ont sorti les corps de la fosse, j’étais là. Je n’ai pas eu à fouiller les vêtements, j’ai reconnu tout de suite ses habits. 

Marie Chantal Rafiki 

Des restes de corps broyés et des milliers de vêtements sont exposés dans l’espoir que quelqu'un les reconnaisse.

« Tous les habits, on les expose ici. Kabuga, c’est énorme, il y a beaucoup de fosses », explique Innocent Gasinzigwa, membre de l’association Ibuka. Des charniers au coeur du quartier sous les pieds des vivants. 

Innocent Gazinzigwa est membre de l’association en charge des fouilles. En un an, une vingtaine de fosses communes ont été découvertes ici. Et ce n’est pas fini : « Là devant, il y en a derrière nous, il y en a... Il  y en a partout ! » s'exclame Innocent Gasinzigwa.

Des charniers partout et au-dessus des habitations. « Ce trou était profond, raconte Innocent Gasinzigwa. Il fait 28 mètres. On a trouvé beaucoup de corps ici et pourtant cette maison a été construite après le génocide. »

49 000 corps exhumés

Quelques mètres plus loin, une autre maison. Ici, les fouilles ont commencé le matin-même et déjà des squelettes réduits en miettes y ont été retrouvés. 

« Les gens qui habitaient ici ne le savaient pas, mais le propriétaire le savait très bien. C’est un ex-militaire de l'ancien président Habyarimana. Je pense que c’est un tueur et il le sait très bien », observe Innocent Gasinzigwa. Le propriétaire nous le rencontrons justement. Innocent Gasinzigwa l’a convoqué. 

« -Innocent : Tu as construit une maison sur les corps des gens. Comment tu expliques ça? 
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Propriétaire :  Moi je ne savais pas, c’est mon maçon qui a construit la maison. Tu vois, c’est sous les fondations.
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Innocent : Est-ce que tu peux me présenter ce maçon, ramène-moi ce maçon ici !
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Propriétaire : Mais le maçon ne m’a rien dit.
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Innocent : Présente-moi ce maçon !
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Propriétaire : C’est un maçon que j’ai trouvé comme ça dans la rue. 
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Innocent : Dans la rue…. »

Ces explications, Innocent n’y croit pas pas un instant. « Est-ce que c’est pas possible qu’il ne sache pas ?, s'interroge Innocent Gasinzigwa. Est-ce que toi tu penses que c’est possible ? Ils ont tassé la terre sur les corps ! » 

A ce jour dans le secteurs Kabuga, 49 000 corps ont été exhumés selon Ibuka. En mai prochain, 25 ans après avoir été massacrés, ces Tutsis anonymes seront enfin inhumés dans la dignité.