Afrique

Guerre au Tigré : les rebelles dénoncent une offensive "conjointe" de l'Éthiopie et l'Érythrée

Parade militaire à Addis-Abeba, en soutien aux Forces de défense nationale éthiopienne. Associated Press. 
Parade militaire à Addis-Abeba, en soutien aux Forces de défense nationale éthiopienne. Associated Press. 

Après 22 mois de conflit, les rebelles du Tigré ont affirmé ce jeudi 1er septembre que l'Éthiopie et l'Érythrée avaient lancé une offensive "conjointe" contre leur région. Retour sur la chronologie de cette guerre, alors que les combats ont repris activement depuis fin août.

Selon les rebelles du Tigré, l'Éthiopie et l'Érythrée ont lancé une offensive "conjointe" et "une guerre totale" contre la région dissidente située à l'extrémité nord du pays, à la frontière érythréenne. L'AFP ou TV5MONDE n'ont pour l'instant pas été en mesure de vérifier ces affirmations. Les journalistes n'ont accès ni au nord de l'Éthiopie, ni à l'Érythrée, rendant impossible toute vérification indépendante. 


Le gouvernement éthiopien n'a pas répondu dans l'immédiat aux sollicitations de l'AFP. Dans un communiqué, il a simplement affirmé que l'armée restait en "posture défensive" pour "contrer les attaques lancées dans toutes les directions" par les rebelles. Répondant aux appels à la cessation des hostilités et au dialogue, il a estimé inacceptable la "rhétorique des deux camps" de la communauté internationale, qui met sur le même pied "le gouvernement et une clique belligérante".

Du lancement d'une opération militaire fin 2020 par le gouvernement éthiopien, à cette offensive "conjointe" selon les rebelles, voici les temps forts d'un conflit meurtrier de 22 mois.

Une première intervention militaire

Le 4 novembre 2020, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, lance une opération militaire contre les autorités régionales du Tigré. Elles sont issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), et il les accuse d'avoir attaqué deux bases de l'armée fédérale.

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L'ONU s'alarme d'une "crise humanitaire à grande échelle" après la fuite de dizaines de milliers de civils. La présence de troupes de l'Erythrée voisine, ennemie jurée du TPLF depuis une guerre frontalière entre 1998 et 2000, est signalée.

À la fin du mois de novembre, Abiy Ahmed déclare l'opération militaire "terminée", après la prise de la capitale régionale Mekele. Mais les combats se poursuivent.

Fin février 2021, Amnesty International accuse des soldats érythréens d'avoir tué "des centaines de civils" en novembre à Aksoum. Washington dénonce des "actes de nettoyage ethnique" au Tigré occidental.

Abiy Ahmed finit par reconnaître la présence de troupes érythréennes au Tigré, puis annonce leur départ.

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Contre-offensive rebelle

En juin 2021, les rebelles lancent une offensive qui leur permet de reprendre l'essentiel du Tigré. Le 28, ils reprennent Mekele. Un mois plus tard, ils prennent la ville de Lalibela, en Amhara, classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Abiy Ahmed appelle la population à rejoindre les forces armées.

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Fin octobre, le TPLF revendique la prise de Dessie et Kombolcha, villes amhara stratégiques sur l'axe vers la capitale. Le gouvernement dément, mais déclare l'état d'urgence début novembre. Un rapport ONU-Ethiopie conclut à de possibles crimes contre l'humanité commis par "toutes les parties".

Abiy Ahmed dirige au front une "contre-offensive" pendant deux semaines. Début décembre, les autorités annoncent la reprise de Lalibela, Dessie et Kombolcha. Les rebelles annoncent leur repli vers le Tigré pour "ouvrir la porte" à l'aide humanitaire.
 

Trêve humanitaire et espoirs de paix

Le 8 janvier 2022, les rebelles accusent l'Éthiopie d'avoir tué des dizaines de personnes dans une frappe touchant un camp de déplacés à Dedebit. Les activités humanitaires sont suspendues le lendemain.

Le gouvernement décrète une "trêve humanitaire" deux mois plus tard, pour permettre l'accès de l'aide. Les rebelles s'engagent à respecter un cessez-le-feu. Les convois d'aide internationale vers le Tigré reprennent, mais restent insuffisants selon l'ONU.

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Les rebelles affirment s'être retirés de zones qu'ils occupaient en Afar ; toutefois, le gouvernement dément.

Mi-juillet, une première réunion d'un comité gouvernemental chargé de mener de futures négociations de paix est organisé. Les rebelles indiquent également mettre sur pied une équipe pour d'éventuelles discussions. Une commission onusienne d'enquête entame sa première visite en Éthiopie.

Reprise des combats

Le 24 août, des combats reprennent dans une zone au sud du Tigré. Gouvernement et rebelles s'accusent mutuellement d'avoir brisé la trêve, puis une semaine plus tard d'avoir ouvert de nouveaux fronts plus au nord.

Le 1er septembre, les rebelles dénoncent une offensive "conjointe" des forces éthiopiennes et érythréennes contre le nord du Tigré depuis l'Erythrée.

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Le bilan de cette guerre meurtrière est inconnu. Mais elle a déplacé plus de deux millions de personnes et plongé des centaines de milliers d'Éthiopiens dans des conditions proches de la famine, selon l'ONU.

Le Tigré est en outre privé depuis plus d'un an d'électricité, de télécommunications, de services bancaires ou de carburant.