Afrique

Guerre en Éthiopie : la communauté internationale inquiète après la reprise des combats au Tigré

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Au lendemain de la reprise des combats entre l'armée fédérale et les rebelles du Tigré, la communauté internationale fait part de son inquiétude. Ces nouveaux affrontements mettent fin à cinq mois de trêve dans le nord du pays, où la situation reste incertaine.
 

La communauté internationale s'inquiétait jeudi, au lendemain de la reprise des combats en Ethiopie entre armée fédérale et rebelles du Tigré qui a mis fin à cinq mois de trêve dans le nord du pays, où la situation reste incertaine.

Ni le gouvernement éthiopien, ni les autorités rebelles du Tigré - qui s'accusent mutuellement d'avoir déclenché les nouveaux affrontements - n'ont donné d'information sur la poursuite ou non des combats et aucun n'a répondu aux questions de l'AFP dans l'immédiat. Dans un communiqué daté du mercredi 24 août, les autorités rebelles du Tigré ont simplement indiqué que les forces gouvernementales "n'avaient pas réussi" à "briser (leurs) lignes de défense".
 

Plusieurs milliers de personnes tuées en 21 mois 

Les combats, qui se sont déclarés mercredi dans des zones des régions de l'Amhara et de l'Afar, situées autour de la pointe sud-est du Tigré, ne semblent pas s'être étendus.
Mais ce retour de la violence suscite l'inquiétude de la communauté internationale, qui craint une reprise du conflit à grande échelle et la fin des maigres espoirs suscités en juin par des perspectives de négociations jamais concrétisées.

Le conflit qui dure depuis 21 mois a fait plusieurs milliers de morts, plus de deux millions de déplacés et plongé des centaines de milliers d'Éthiopiens dans des conditions proches de la famine, selon les Nations unies. "Les informations sur une reprise du conflit dans le nord de l'Ethiopie assombrit les perspectives de paix", a estimé le chef de la diplomatie de l'Union européenne Josep Borrell. Il appelle "toutes les parties à désamorcer la situation avant qu'elle ne dégénère à nouveau en guerre à part entière".

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken invite les deux parties "à mettre une fin définitive au conflit", rappelant que la reprise des combats mettait en danger la trêve conclue fin mars "qui a réduit la violence et sauvé des vies".
 

Désaccord entre les deux parties pendant les pourparlers 

Jeudi, le vice-Premier ministre éthiopien et ministre des Affaires étrangères Demeke Mekonnen a répété lors d'une réunion avec des diplomates que "le gouvernement est prêt à défendre l'intégrité territoriale et la souveraineté de la nation", selon un communiqué. "Mais il est également déterminé à utiliser des moyens pacifiques pour mettre fin au conflit et à collaborer avec les organisations humanitaires pour atténuer les souffrances inutiles", a-t-il affirmé.

Il accuse les rebelles de continuer à "utiliser à des fins militaires les fournitures humanitaires destinées à soutenir les civils, tout en ne reconnaissant pas les mesures de paix prises par le gouvernement".  Depuis fin juin, le gouvernement éthiopien et les rebelles du Tigré répètent à l'envi leur disposition à entamer des négociations de paix, mais continuent de s'opposer sur leurs modalités. Et ces derniers jours se sont accusés mutuellement de se préparer à la guerre.

Le gouvernement fédéral veut des pourparlers immédiats sans précondition, sous l'égide de l'Union africaine (UA). Les rebelles exigent au préalable que soient rétablis l'électricité, les télécommunications et les services bancaires dont le Tigré est privé, et rejettent la médiation du Haut-représentant de l'UA, Olusegun Obasanjo.
Photo d'archives. Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigeria, lors d'une réception donnée à Abeokuta. L'ancien chef d'État est aujourd'hui haut représentant de l'Union africaine et intervient notamment sur le conflit au Tigré en Éthiopie. Abeokuta, Nigera- 26 février 2013.
Photo d'archives. Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigeria, lors d'une réception donnée à Abeokuta. L'ancien chef d'État est aujourd'hui haut représentant de l'Union africaine et intervient notamment sur le conflit au Tigré en Éthiopie. Abeokuta, Nigera- 26 février 2013.
AP/Sunday Alamba

Rebelles et gouvernement entament des "discussions directes"

Dans une lettre publiée mercredi, le chef des autorités rebelles du Tigré, Debretsion Gebremichael, a reconnu que "deux séries de discussions directes" avaient eu lieu avec des responsables civils et militaires du gouvernement éthiopien. d+Des contacts directs que les rebelles tigréens avaient jusqu'ici toujours fermement démentis. Il a accusé le gouvernement éthiopien de ne pas avoir respecté des engagements pris à ces occasions.

Mais pour Connor Vasey, du centre de réflexion Eurasia, "en pleine recrudescence des combats, aucune partie ne va être disposée à réduire son poids dans de futures négociations en faisant des compromis sur des questions-clés". "Au lieu de cela, elles chercheront probablement à utiliser la prochaine phase des combats pour renforcer leurs positions de négociation", ajoute-t-il.

La crise humanitaire risque de s’aggraver

"Pendant qu'une partie trace une feuille de route pour la paix, l'autre partie déclare la guerre. Pendant que le gouvernement explore toutes les options pour consolider la trêve", les rebelles tigréens "travaillent activement à sa fin", a souligné de son côté le comité chargé par le Premier ministre Abiy Ahmed de préparer des négociations.
Ces nouveaux combats "vont encore aggraver la situation humanitaire catastrophique" dans le nord de l'Ethiopie, s'est également alarmée la ministre britannique de l'Afrique, Vicky Ford.

La guerre a commencé en novembre 2020.  C'est à cette date que le Premier ministre Abiy Ahmed a envoyé l'armée au Tigré déloger les autorités régionales, les accusant d'avoir attaqué des bases militaires après avoir contesté son autorité durant des mois. La trêve conclue fin mars avait permis notamment la reprise progressive de l'acheminement de l'aide humanitaire par la route vers le Tigré, plongé dans des conditions proches de la famine par le conflit.
 
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"Des millions de personnes mourront de faim si nous n'avons pas de carburant pour livrer de la nourriture. C'est SCANDALEUX et HONTEUX. Nous exigeons le retour de ce carburant MAINTENANT", a dénoncé sur Twitter le directeur du PAM, David Beasley.
 
Les organisations humanitaires ont répété que l'aide acheminée au Tigré ces derniers mois restait largement insuffisante. Mercredi, l'ONU s'est également alarmée que les autorités rebelles se soient emparés des 12 camions citernes du PAM, contenant 570.000 litres de carburant, stationnés à Mekele.