Afrique

Guerre en Éthiopie : Mekele, capitale du Tigré, visée par des frappes aériennes

Mekele, capitale de la région du Tigré aux mains des rebelles, a été visée par des frappes aériennes menées par le gouvernement éthiopien le 26 août 2022. 
Mekele, capitale de la région du Tigré aux mains des rebelles, a été visée par des frappes aériennes menées par le gouvernement éthiopien le 26 août 2022. 
TV5MONDE

L'aviation éthiopienne a bombardé vendredi 26 août Mekele, capitale de la région rebelle du Tigré. Cette frappe marque une escalade brutale dans les combats entre les deux parties. Les affrontements ont repris ce mercredi 24 août dans le nord du pays, après cinq mois de trêve.
 

Le gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed n'a pas immédiatement confirmé cette frappe. Mais les autorités éthiopiennes ont concomitamment annoncé dans un communiqué leur intention de mener des "actions" au Tigré. Dans le même temps, elle a appelé  la population à se tenir éloignée des cibles militaires.

En début d'après-midi, un porte-parole des autorités rebelles, Kindeya Gebrehiwot, a annoncé que l'aviation éthiopienne avait "largué des bombes sur une zone résidentielle et un jardin d'enfants à Mekele", tuant et blessant des civils. Le gouvernement éthipoien balaie catégoriquement ces  accusations.
Le président de l'Éthiopie Abiy Ahmed lors d'une audition devant le parlement national à Addis Abeba. 7 juillet 2022.
Le président de l'Éthiopie Abiy Ahmed lors d'une audition devant le parlement national à Addis Abeba. 7 juillet 2022.
AP

Deux enfants tués, selon un premier bilan

Un responsable de l'hôpital Ayder, le principal de la ville, a affirmé dans un message à l'AFP que son établissement avait reçu quatre morts, dont deux enfants, et neuf blessés. "L'aviation militaire éthiopienne répond clairement à l'attaque lancée contre l'Éthiopie en ne visant que des sites militaires", a répondu le service de communication du gouvernement dans un message à l'AFP. Il a accusé les rebelles tigréens de "déposer des faux sacs mortuaires dans des zones civiles pour affirmer que l'aviation a attaqué des civils".

Depuis le 24 août, gouvernement éthiopien et rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) se rejettent la responsabilité de la reprise des combats à la frontière sud-est de la région. Ces combats ont mis fin mercredi à cinq mois de trêve.

Depuis qu'elle a éclaté en novembre 2020, la guerre dans le nord de l'Éthiopie a fait plusieurs milliers de morts, déplacé plus de deux millions de personnes et plongé des centaines de milliers d’Éthiopiens dans des conditions proches de la famine, selon les Nations unies.
 
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La communauté internationale appelle à la désescalade


Cette escalade semble confirmer les inquiétudes de la communauté internationale qui redoute une reprise du conflit à grande échelle et craint de voir annihilés les maigres espoirs de négociations de paix entrevus depuis juin, mais jamais concrétisés. Vendredi, les autorités éthiopiennes se sont adressées à la communauté internationale, lui demandant de "condamner" les "provocations permanentes" des rebelles tigréens et à les pousser "vers l'option de la paix proposée par le gouvernement".
  Dès mercredi, de nombreux pays et organisations internationales, ONU, États-Unis et Union européenne en tête, ont réagit. Les puissances occitendales ont appelé à une cessation des hostilités et à une résolution pacifique du conflit qui dure depuis 21 mois.

"Alors que la communauté internationale appelle les deux parties belligérantes à la désescalade, Abiy Ahmed a choisi d'envoyer son aviation attaquer les civils à Mekele", s'est insurgé sur Twitter un porte-parole des rebelles, Getachew Reda. Il a appelé la communauté internationale à "arrêter de choyer Abiy" et à faire "pression sur le régime pour le pousser à des négociations de bonne foi".

L'armée éthiopienne se défend de viser les civils 

Peu après l'annonce du bombardement, le gouvernement fédéral avait annoncé dans un communiqué que, même s'il restait "entièrement disposé" à discuter sans condition avec les rebelles, il entendait "mener des actions ciblant les forces militaires (...) opposées à la paix".

L'aviation éthiopienne ne vise "que des sites militaires", a affirmé vendredi le gouvernement éthiopien, qualifiant "d'inventées" les accusations des autorités rebelles du Tigré selon lesquelles une frappe aérienne a tué des civils dans la capitale régionale Mekele.

"L'armée de l'air éthiopienne répond clairement à l'attaque lancée contre l'Ethiopie en ne visant que des sites militaires", a affirmé le service de communication du gouvernement éthiopien dans un message à l'AFP. Il a accusé les rebelles tigréens de "déposer des faux sacs mortuaires dans des zones civiles pour affirmer que l'aviation a attaqué des civils".

"Les femmes et des enfants tentent de quitter la ville"

Avant le bombardement de Mekele, les combats étaient localisés dans deux zones des régions de l'Amhara et de l'Afar entourant la pointe sud-est du Tigré, et ne semblaient pas s'être étendus. Vendredi, les combats se poursuivaient pour la troisième journée consécutive, selon des habitants. Les journalistes n'ont pas accès au nord de l'Éthiopie, rendant impossible toute vérification indépendante. Le réseau mobile dans ces zones est également aléatoire.

"J'entends le son des armes lourdes, mais pas de coups de feu", a déclaré vendredi à la mi-journée, sous couvert d'anonymat, un fonctionnaire de la localité amhara de Kobo, à environ 500 kilomètres au nord d'Addis Abeba et à une dizaine de kilomètres au sud de la frontière avec le Tigré. "Peu d'informations claires" circulent, ce qui crée de "la confusion, de la peur et de l'incertitude" au sein de la population, a-t-il ajouté, précisant que des "femmes et des enfants tentent de quitter la ville", où certains services publics et commerces ont cessé leur activité.
 
Depuis le début de la guerre au Tigré, des milliers de réfugiés ont tenté de fuir les combats qui font rage dans cette région de l'Éthiopie. À l'image d'Abraha Kinfe Gebremariam, père de famille de 40 ans. Il a été contraint de s'exiler au Soudan avec ses enfants au mois de mars 2021. Hamdayet, Soudan, 23 mars 2021.
Depuis le début de la guerre au Tigré, des milliers de réfugiés ont tenté de fuir les combats qui font rage dans cette région de l'Éthiopie. À l'image d'Abraha Kinfe Gebremariam, père de famille de 40 ans. Il a été contraint de s'exiler au Soudan avec ses enfants au mois de mars 2021. Hamdayet, Soudan, 23 mars 2021.
AP/Nariman El-Mofty
Également dans la région de l'Amhara, un habitant de Mehago, zone frontalière du Tigré située à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Kobo, disait vendredi entendre "des explosions et coups de feu" depuis la veille. "D'importants groupes d'habitants fuient les localités alentour", a-t-il indiqué à l'AFP.

En région Afar, "des combats se poursuivent" vendredi entre les localités de Yalo et Gulina, respectivement situées à une quinzaine et une vingtaine de kilomètres de la frontière du Tigré, a indiqué à l'AFP une source humanitaire.
 
Où en sont les pourparlers pour la paix en Éthiopie ? 

- Depuis qu'elle a éclaté en novembre 2020, la guerre dans le nord de l'Éthiopie a fait plusieurs milliers de morts. Plus de deux millions de personnes ont été déplacées. Des milliers d'Éthiopiens survivent aujourd'hui dans des conditions proches de la famine, selon les Nations unies.

- Une trêve conclue fin mars avait permis notamment la reprise progressive de l'acheminement de l'aide humanitaire par la route vers le Tigré, après trois mois d'interruption.

- Depuis fin juin, le gouvernement éthiopien et les rebelles du Tigré ont répété à l'envi leur disposition à entamer des négociations de paix. Mais les deux pays continuent de s'opposer sur leurs modalités.

- D'un côté, le gouvernement fédéral veut notamment des pourparlers immédiats sans précondition, sous l'égide de l'Union africaine (UA). De l'autre, les rebelles exigent au préalable que soient rétablis l'électricité, les télécommunications et les services bancaires dont le Tigré est privé, et rejettent la médiation du Haut-représentant de l'UA, Olusegun Obasanjo.