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Guerre en Ukraine : qui est Brahim Saadoun, ce jeune marocain condamné à mort par les sépartistes pro-russes ?

Le soldat Marocain Brahim Saadoun, au centre, et les deux soldats britanniques Aiden Aslin, à gauche, et Shaun Pinner, à droite apprennent leur condamnation à mort, à Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, jeudi 9 juin 2022.<br />
 
Le soldat Marocain Brahim Saadoun, au centre, et les deux soldats britanniques Aiden Aslin, à gauche, et Shaun Pinner, à droite apprennent leur condamnation à mort, à Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, jeudi 9 juin 2022.
 
© AP

Un jeune marocain de 21 ans, Brahim Saadoun, a été condamné à mort le 9 juin au côté de deux hommes britanniques. Il est accusé d’avoir combattu auprès de l’armée ukrainienne comme "mercenaire" par un tribunal des séparatistes pro-russes. La sœur du détenu assure au quotidien britannique The Guardian qu’il a bien obtenu la nationalité ukrainienne, remettant en cause sa peine.

"Je ne vois pas de conditions à une quelconque atténuation ou modification de peine". Le dirigeant de la région séparatiste de Donetsk, Denis Pouchiline, est intransigeant quant au futur sort de Brahim Saadoun. C’est sous ses ordres que le jeune marocain avait été capturé en avril dernier  avec un uniforme de l’armée ukrainienne. Le jeune homme a appris le 9 juin dernier sa prochaine condamnation à mort aux côtés de deux mercenaires britanniques, Aiden Aslin et Shaun Pinner.

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Les pro-russes souhaite mettre en spectacle la sentence. Les Ukrainiens ont également médiatisé plusieurs procès contre des soldats russes. Selon les autorités pro-russes de la république séparatiste, aucune raison ne justifierait une levée de sa condamnation. "Ils sont venus en Ukraine tuer des civils pour de l'argent", affirme avec certitude Denis Pouchiline. Pour la sœur de Brahim Saadoun, Iman, ces déclarations ne définissent en rien le parcours de son frère. Il était parti étudier en Ukraine bien avant l’invasion russe.

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Étudiant en aérospatial et figure de la scène underground à Kiev

Brahim Saadoun avait déménagé du Maroc en 2017 pour suivre ses études à l'université d'aéronautique et de sciences aérospatiales de Kiev, raconte la sœur du détenu au quotidien The Guardian. Son rêve était de devenir un ingénieur aérospatial. Trois ans après, en 2020, il aurait obtenu la nationalité ukrainienne, ajoute son père Taher Saadoun. 

Brahim Saadoun était une figure de la scène underground des boîtes de nuit et avait de nombreux amis dans la ville avant de s'engager dans les troupes de marines ukrainiennes, rapporte ses proches en Ukraine.  Il leur avait dit qu'il voulait "mourir en héros", selon Dmytro Khrabstov, l'un d'eux. Dans ces conditions, il aurait été envoyé à Marioupol en novembre 2021 en tant que membre d'une unité des troupes de marine ukrainienne, selon des amis et des représentants du gouvernement.

De son arrestation à Marioupol à la peine de mort

Plusieurs mois après l’invasion russe, Iman Saadoun reconnaissait, horrifiée, son frère dans une vidéo d’un journaliste russe en prison. Face à la situation à Marioupol, le jeune homme se serait rendu à l'armée russe.

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Comme l’explique le gouvernement marocain dans un communiqué publié ce lundi, Brahim Saadoun "a été capturé portant l’uniforme de l’armée de l’état d’Ukraine, en tant que membre d’une unité de la marine ukrainienne". Il "se trouve actuellement emprisonné par une entité qui n’est reconnue ni par les Nations unies ni par le Maroc."

Cette intervention de Rabat n’est pas anodine pour la sœur de Brahim Saadoun. Elle affirme dans son entretien à The Guardian qu'elle craint qu'il ait été abandonné par son propre gouvernement. Et pour cause, depuis le début de l’invasion, le Maroc adopte à l'ONU une position de neutralité dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine. 

Le Maroc divisé sur le sort du jeune soldat

Cette neutralité manifeste la volonté de Rabat de ne pas s'aliéner la Russie. "Sur la question ukrainienne, le Maroc ne veut plus suivre l’Europe", titrait, par exemple, Le Figaro le 3 mars. Il attend "la reconnaissance de sa souveraineté sur le Sahara occidental contre les indépendantistes du [Front] Polisario" de la part des pays européens, commente le quotidien.

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Pour autant, le Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), un organisme officiel au Maroc, a appelé les autorités russes à garantir un "procès équitable". La famille du détenu attend beaucoup plus de ce procès. Pour son père, Brahim Saadoun, a été victime de “manipulation” et “n’est pas mercenaire”.  Sa peine doit être revue. Une position qui est loin de faire l’unanimité depuis le Maroc, affirme la sœur du détenu.

"[Certains Marocains] célèbrent le fait qu'il va être abattu. Et cela m'a fait mal au cœur parce que je n'ai pas pu trouver de soutien dans ma propre communauté", déclare Iman au quotidien britannique The Guardian. Selon elle, la presse locale et de nombreuses personnes sur les médias sociaux approuvent la condamnation de son frère.

Face à la déferlante de réactions sur les réseaux sociaux, des ONG marocaines ont appelé les autorités de Rabat à intervenir pour "sauver" Brahim Saadoun en tant que "citoyen marocain" ce mardi 14 juin. Iman Saadoun appelle à la mobilisation et à la création d’un hashtag #SaveBrahim sur les réseaux sociaux.