Afrique

Guinée : la Cédéao va prendre des "sanctions progressives" contre le pouvoir militaire

Le président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, s'adresse à la 77ème session de l'Assemblée générale des Nations Unies, jeudi 22 septembre 2022, au siège de l'ONU.
Le président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, s'adresse à la 77ème session de l'Assemblée générale des Nations Unies, jeudi 22 septembre 2022, au siège de l'ONU.
Julia Nikhinson (AP)

Les dirigeants des États ouest-africains se sont réunis en sommet extraordinaire, au soir du jeudi 22 septembre, à New York. Ils ont décidé de prendre des "sanctions progressives" contre les militaires à la tête du pays face à leur inflexibilité pour une date de retour des civils au pouvoir.

"Nous avons décidé de prendre des sanctions contre la Guinée". La déclaration est signée du président de la commission de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), Omar Aliou Touray, à l’issue du sommet à huis clos, qui s’est tenu à New York, jeudi 22 septembre, en marge de l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies (ONU). 

Ce dernier avait prévenu la veille que la Guinée allait au-devant "de lourdes sanctions" si les militaires au pouvoir persistaient à vouloir s'y maintenir pendant trois ans.

Selon un document résumant cette réunion extraordinaire de chefs d'État, "il a été arrêté la prise de sanctions progressives sur des individus et contre la junte guinéenne". 

Le texte, confirmé par plusieurs participants, précise que "très rapidement, le président en exercice de la Cédéao et le président de la commission de la Cédéao vont établir une liste de personnes à sanctionner et, de manière graduelle, appliquer ces sanctions". 

Gel des avoirs et interdictions de voyage

Celles-ci consistent en un gel des avoirs financiers et une interdiction de voyager à des membres de la junte, d'après un communiqué publié après le sommet. A aussi été décidée "la suspension de toute assistance et transaction financière en faveur de la Guinée par les institutions financières de la Cédéao."

Les membres de la Cédéao vont, en outre, rappeler pour consultations leurs ambassadeurs accrédités en Guinée.

Par ailleurs, l'organisation accorde un mois, à compter du 22 septembre, aux autorités guinéennes pour accepter un délai "raisonnable et acceptable" de transfert de pouvoirs aux civils élus, "sous peine de sanctions plus sévères".

La rencontre s’est déroulée dans un climat envenimé entre certains de ses membres. Elle a été précédée par les invectives de la junte guinéenne contre le président en exercice de l'organisation, Umaro Sissoco Embalo. Elle a, en outre, dénigré avec virulence ce sommet qui, en se tenant loin de l'Afrique, offre aux détracteurs la possibilité "de ne pas nous prendre au sérieux.

(Re)voir : Guinée : la junte fustige le président de la Cédéao
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Des émissaires envoyés au Mali

Les dirigeants ont également abordé un autre sujet brûlant, celui de la crise entre le Mali et la Côte d’Ivoire. Depuis le mois de juillet, 46 soldats ivoiriens sont détenus à Bamako. Tous les gouvernants présents à New-York ont ainsi réclamé leur libération.

"Nous condamnons l'arrestation des militaires ivoiriens. Mardi (27 septembre, ndlr), la Cédéao dépêchera au Mali les présidents du Ghana, du Togo et du Sénégal pour obtenir leur libération. (...) L'heure des coups d'Etat est révolue", a martelé Omar Aliou Touray.

La Côte d'Ivoire avait appelé il y a huit jours à la tenue d'un tel conseil "dans les meilleurs délais" devant l'aggravation du contentieux avec le Mali. Un responsable de la présidence ivoirienne avait déclaré alors que la Cédéao n'aurait d'autre solution que de prendre des sanctions contre le Mali si l'affaire n'était pas réglée d'ici là.

(Re)voir : Soldats ivoiriens arrêtés au Mali, la polémique enfle
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