Afrique

Guinée : la junte résiste aux exigences de la Cédéao de libérer Alpha Condé et partir au bout de 6 mois

Des soldats guinéens chargés de la garde de la junte lors des concertations nationales au Palais du Peuple à Conakry, 15 septembre 2021. (AP)
Des soldats guinéens chargés de la garde de la junte lors des concertations nationales au Palais du Peuple à Conakry, 15 septembre 2021. (AP)

Après les sanctions prises par la Cédéao et la venue à Conakry des présidents invoirien et ghanéen, vendredi, la junte dirigée par le colonel Doumbouya répond par une fin de non recevoir aux exigences de la Cédéao concernant la libération du président déchu Alpha Condé et une transition limitée à 6 mois maximum.

La junte en Guinée a affirmé samedi que l'ex-président Alpha Condé, détenu depuis le putsch, resterait dans son pays, et renvoyé sa réponse aux exigences des Etats ouest-africains pour l'organisation d'élections aux futures conclusions d'une "concertation nationale" et à la "volonté du peuple".

Ces prises de position interviennent après une mission vendredi de deux chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays) qui ont présenté à la junte les exigences de l'organisation pour l'organisation d'élections dans les six mois et insisté pour une libération de M. Condé.

La junte formée lors du putsch du 5 septembre, le "Comité national du rassemblement et du développement" (CNRD), désigne désormais son chef, le colonel Mamady Doumbouya, comme "président de la République et chef de l'Etat".

"Il a été rappelé par le président de la République à ses hôtes qu'il était important que la Cédéao écoute les aspirations légitimes du peuple de Guinée", a déclaré un porte-parole de la junte, le colonel Amara Camara, lors de la première conférence de presse du CNRD au sujet du délai de six mois.

Le colonel Doumbouya a souligné la nécessité de ne pas rééditer les "erreurs du passé", rappelant que des concertations nationales pour tracer les grandes lignes de la transition avaient débuté mardi et que "seul le peuple souverain de Guinée décidera de son destin", a ajouté le colonel Camara.

"Il est aussi clair pour toutes les parties que l'ancien président demeurera en Guinée au lieu du choix du CNRD", a précisé le porte-parole.

A la fin de la visite, le chef de l'Etat ghanéen Nana Akufo-Addo, dont le pays assure la présidence tournante de la Cédéao, accompagné par son homologue ivoirien Alassane Ouattara, avait fait état d'"entretiens très francs, fraternels, avec le colonel Doumbouya et ses associés et collaborateurs". "Je pense que la Cédéao et la Guinée vont trouver le moyen de marcher ensemble", avait-il ajouté.

Dès vendredi soir, le CNRD affirmait "que l'ancien président de la République, le professeur Alpha Condé est et demeurera en Guinée", dans un communiqué lu à la télévision publique.

"Nous ne céderons à aucune pression", assurait la junte, expliquant vouloir balayer des "rumeurs" de négociations avec la Cédéao pour une sortie du territoire de M. Condé, détenu depuis le putsch et dont la communauté internationale réclame la libération.

"Il bénéficiera d'un traitement humain digne de son rang dans son pays", selon le communiqué.

Le CNRD a par ailleurs indiqué que les séances de concertation nationale prévues vendredi avec les banques, assurances et les syndicats se tiendraient samedi.

Cette concertation se poursuivra la semaine prochaine, a-t-il annoncé, notamment lundi avec des rencontres avec les acteurs culturels, les associations de presse et celles du secteur informel.

Les militaires ont déjà discuté avec les partis politiques, les chefs religieux, les représentants de la société civile et les diplomates étrangers, les patrons des compagnies minières, acteurs clé dans ce pays pauvre mais regorgeant de ressources naturelles, et les organisations patronales.