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Guinée : « Nous demanderons toujours à l’Etat guinéen que justice soit faite »

<p>Selon l’ONU, la répression d'un rassemblement de l'opposition du 28 septembre 2009, contre une éventuelle candidature de l’ex-capitaine Moussa Dadis Camara,  aurait fait plus de 150 morts.</p>

Selon l’ONU, la répression d'un rassemblement de l'opposition du 28 septembre 2009, contre une éventuelle candidature de l’ex-capitaine Moussa Dadis Camara,  aurait fait plus de 150 morts.

©AP Photo/Schalk van Zuydam

Le 28 septembre 2009, un rassemblement de l'opposition contre une éventuelle candidature de l’ex-capitaine Moussa Dadis Camara dans le stade de Conakry est violemment réprimé. Selon l’ONU, il y a plus de 150 morts, des blessés et des femmes violées. Neuf ans après ce massacre, les victimes attendent toujours justice. Mme Asmaou Diallo est la présidente de l'Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009 (AVIPA). Elle fait le point sur le dossier.

TV5MONDE : A ce jour, où en est-on avec l'instruction judiciaire et l'ouverture du procès ?
Asmaou Diallo : L’instruction a été clôturée le 27 décembre 2017 et suite à cela, le comité de pilote a été mis en place. Il va se charger de l’organisation du procès. Il faut donc reconnaître qu’il y a eu des avancées.

Des gens ont été entendus et il y a eu des inculpations. On estime alors qu’on a obtenu quelque chose d’important pour arriver à un procès. Alors, qu’est ce qui selon vous, retarde encore le procès?
Le comité de pilote lancé en Juin 2018, devrait se réunir une fois par semaine jusqu’à l’ouverture du procès. Malheureusement, depuis sa mise en place, le comité ne s’est réuni qu’une seule fois. Nous estimons qu’il va essayer de se retrouver très prochainement pour nous éclairer davantage sur le processus.

Mme Asmaou Diallo est la présidente de l'Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009 (AVIPA).
Mme Asmaou Diallo est la présidente de l'Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009 (AVIPA).



Qu’en est-il de l’indemnisation des victimes des massacres, en attendant l’ouverture du procès?
En ce qui concerne les victimes des violences, nous attendons surtout que soient pris en charge les malades, les femmes violées, celles répudiées par leurs maris, les enfants orphelins... Malheureusement, il n y a pas eu d’appui à ce niveau. Nous avons seulement certains partenaires qui nous accompagnent pour pouvoir les aider surtout sur le plan psychologique, médical et au niveau de la réinsertion socio-économique.
 

Une date doublement importante

« Le 28 septembre marque, pour nous, victimes, deux évènements très importants. Je rappelle d’abord que le 28 septembre 1958 est une date symbolique pour tout le peuple guinéen par rapport à l’indépendance de la Guinée. Le 28 septembre 2009 est une autre date, un jour où les Guinéens ont été massacrés au stade du 28 septembre 2009 de Conakry. Et cette deuxième date a fait pleurer une partie du peuple de Guinée. Parce qu’il s’agit d’une violence qui est faite par les Guinéens contre les Guinéens. C’est quelque chose de très mal pour nous et aujourd’hui, on est appelé à commémorer la neuvième année de ce massacre », Asmaou Diallo.

L’année dernière, votre organisation  AVIPA a menacé de saisir la cours de justice de la CEDEAO pour que justice soit faite. Où en êtes-vous ?
On avait justement menacé de saisir la cours de justice de la CEDEAO parce même l’instruction n’était pas clôturée à l’époque. Mais aujourd’hui c’est chose faite, en plus, le comité de pilotage est lancé. C’est pourquoi nous sommes en train de suivre encore le déroulement des choses pour obtenir le procès.

Dans cette même affaire, il y a eu trois anciens Premiers ministres qui ont été indemnisés…
Au moment de la transition, il y a eu effectivement trois chefs politiques qui ont été indemnisés. Mais cela n’a pas touché les victimes qui sont abandonnées à leur sort. Nous continuons donc à réclamer que ces victimes soient prises en compte et accompagnées. Parce que, ce sont elles qui ont donné tout leur effort et courage pour qu’on parle aujourd’hui de la démocratie dans notre pays. Il y a eu du sang versé, pour cette raison nous demanderons toujours à l’Etat guinéen que justice soit faite et que les victimes recoivent des réparations.