Afrique

Indépendances africaines 5/10 : un regard désenchanté, par Liss Kihindou

La poétesse et essayiste congolaise Liss Kihindou, auteure notamment de <em>Négritude et fleuvitude</em>, paru en 2016, chez L'Harmattan.
La poétesse et essayiste congolaise Liss Kihindou, auteure notamment de Négritude et fleuvitude, paru en 2016, chez L'Harmattan.
© D.R.

Cette année, dix-sept pays africains fêtent le soixantième anniversaire de leur indépendance, dont quatorze anciennes colonies françaises. Nous avons choisi de donner la parole à de jeunes auteurs de la diaspora et du continent, afin qu’ils nous en parlent soit à travers leur expérience, soit à partir d’œuvres africaines qui les ont marqués. Née en 1976, à Brazzaville, au Congo, la poétesse et essayiste Liss Kihindou, qui est aussi professeure de français et de latin, nous parle du désenchantement postcolonial. Avec Frédéric Ganga, elle a dirigé et publié récemment chez L'Harmattan Dis à la nuit qu'elle cache son visage. Anthologie de poésie multilingue français - langues du Congo. Une série proposée par Christian Eboulé.

En 2010, j’affirmais dans une communication donnée à Evry, qu’on peut retrouver dans mon essai Négritude et Fleuvitude, paru en 2016, aux éditions L’Harmattan, que les chaînes de la colonisation nous entravaient toujours d’une manière ou d’une autre, mais que du point de vue des œuvres de l’esprit, on pouvait relever une certaine richesse, une certaine force, une certaine lucidité.

Les écrivains africains ne cessent de livrer leur regard sur les anciennes colonies devenues des pays indépendants, et c’est un regard désenchanté. Qui ne connaît les Soleils des Indépendances de Kourouma ? Ces soleils qui ont fait miroiter des choses aux Africains mais qui finalement ont grillé leurs espoirs.

En 1979, Sylvain Bemba interrogeait ses lecteurs dans son roman Rêves portatifs, publié par Les Nouvelles éditions africaines : « Suffit-il de décréter la liberté pour que les hommes soient, à l’instant même, libres ? » Plus loin, on peut lire ceci : « L’indépendance ne fera pas pleuvoir en saison sèche, ni guérir le mal sans soins, ni germer ce qui n’a pas été semé ou planté. J’ai comparé les dirigeants actuels à des charlatans qui prétendent que la vie peut imiter le cinéma où tout croît en un clin d’œil… »

Nous sommes en 2020 et cette déclaration de Sylvain Bemba est encore criante de vérité. A entendre les dirigeants africains, ils vont faire de grandes réalisations dans leurs pays respectifs, à la tête desquels ils se trouvent parfois depuis plusieurs décennies, mais pour quel résultat ?
 

Au Congo-Brazzaville, le pays d’où je viens, l’accès à l’eau potable et à l’électricité demeure un problème majeur, et ce même dans les villes principales du pays. Les hôpitaux sont plutôt des mouroirs. Et quel investissement pour la jeunesse ? Il est plus facile pour un jeune d’entrer dans un bar que dans une bibliothèque.

Il faut remplacer la bière par le livre. Il faut valoriser notre culture, faire aimer nos langues, c’est ce que font trente poètes du Congo, qui se sont associés pour publier un livre, leur contribution à la réflexion autour du soixantième anniversaire de ce pays cher à leur cœur. J’invite le public à découvrir l’anthologie multilingue Dis à la nuit qu’elle cache son visage, parue en janvier 2020, aux éditions L’Harmattan.

Dix-sept pays africains fêtent leur indépendance cette année

Dans l’ordre chronologique, il s’agit du Cameroun, du Sénégal, du Togo, de Madagascar, du Bénin, du Niger, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Tchad, de la République centrafricaine, du Congo, du Gabon, du Mali et de la Mauritanie. A cette liste, s’ajoutent la République Démocratique du Congo, le Nigeria et la Somalie, colonisés respectivement par la Belgique, la Grande-Bretagne, puis l’Italie et le Royaume-Uni.