Inondations en Libye : plus de 3.800 morts et au moins 30.000 déplacés

L'Est de la Libye a été dévasté par des inondations qui ont coûté la vie à plus de 3.800 personnes dans la seule ville de Derna lors du passage de la tempête Daniel le 10 septembre. On parle de 10.000 disparus et 30.000 déplacés. 
 

Image
Vue satellite de Derna inondée le 12 septembre 2023.

Vue satellite de Derna inondée le 12 septembre 2023.

© Planet Labs PBC via AP
Partager3 minutes de lecture

Dimanche 10 septembre après-midi, la tempête Daniel atteint la côte orientale de la Libye, touchant la métropole de Benghazi avant de se diriger vers l'est en direction des villes du Jabal al-Akhdar (nord-est), comme Shahat (Cyrène), al-Marj, al-Bayda et Soussa (Apollonia) mais surtout Derna, la ville la plus dévastée.

Carte de Libye avec la ville de Derna.

Carte de Libye avec la ville de Derna.

© TV5MONDE

Dans la nuit de dimanche à lundi 11, les deux barrages sur Wadi Derna, qui retiennent les eaux de l'oued qui traverse Derna, ont lâché. Des torrents puissants ont détruit les ponts et emporté des quartiers entiers avec leurs habitants de part et d'autre de l'oued, avant de se déverser dans la Méditerranée.
Les routes, en mauvais état, sont coupées et les accès aux sites de la catastrophe impossibles.

Pourquoi tant de morts à Derna ?

Selon les statistiques fournies par les services de secours relevant du gouvernement internationalement reconnu à Tripoli, la tempête Daniel a fait plus de 3.800 morts dans la seule ville de Derna, dévastée et coupée du monde, mais les autorités de l'Est craignent un bilan beaucoup plus lourd, avec au moins 30.000 personnes déplacées, ainsi que 3.000 à al-Bayda et plus de 2.000 à Benghazi, villes situées plus à l'Ouest.

Un responsable de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a fait état lui d'un nombre "énorme" de morts qui pourraient se compter en milliers, avec 10.000 disparus. D'autres responsables évoquent plus de 10.000 morts.

Les infrastructures vétustes, les constructions en violation des règles urbanistiques au cours de la dernière décennie et le manque de préparation face à ce type de catastrophe ont transformé cette ville en un cimetière à ciel ouvert, selon des experts.

TV5 JWPlayer Field
Chargement du lecteur...

Après la révolte qui mit fin à 42 ans de dictature de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye a sombré dans le chaos et la division entre Est et Ouest.
Profitant du chaos, des milices se sont installées dans les villes, certaines appartenant à la mouvance islamique radicale comme à Derna avec "Ansar al-Sharia" puis les djihadistes du groupe État islamique chassés en 2018 par les forces du maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est.

Mobilisation des autorités

Le matin du 11 septembre, face à l'ampleur des dégâts et la dévastation, les autorités du pays, autant celles de l'Est que celles installés dans la capitale Tripoli à l'Ouest, ont pris des mesures d'urgence pour tenter de venir en aide aux sinistrés.

Des convois d'aide en provenance de la Tripolitaine, dans l'Ouest, ont été acheminés vers Derna. Le gouvernement de Tripoli dirigé par Abdelhamid Dbeibah a annoncé l'envoi de deux avions-ambulance et d'un hélicoptère, de 87 médecins, d'une équipe de secouristes et de recherche cynophile ainsi que des techniciens de la Compagnie nationale d'électricité pour tenter de rétablir rapidement le courant coupé.

L'aide humanitaire internationale s'organise

Après les messages de condoléances et de soutien, l'ONU et de nombreux pays, notamment les États-Unis, l'Italie, la France, le Qatar, Égypte, la Tunisie, se sont dits prêts à aider les secouristes locaux, dépassés par l'ampleur de la catastrophe, d'après des images filmées par des habitants, montrant un paysage apocalyptique.

Secouristes palestiniens se préparent à quitter Ramallah pour aller prête main-forte aux victimes des inondations en Libye.

Secouristes palestiniens se préparent à quitter Ramallah pour aller prête main-forte aux victimes des inondations en Libye le 13 septembre 2023.

© AP Photo/Majdi Mohammed

La Commission européenne a annoncé le 13 septembre l'envoi d'aide - via le mécanisme de protection civile de l'UE - de l'Allemagne, la Roumanie et la Finlande vers la ville de Derna.

Cette aide est constituée de tentes, de lits de camp, de couvertures, de 80 générateurs électriques, de denrées alimentaires, de tentes d'hôpital et de réservoirs d'eau, précise un communiqué de la Commission.

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé le 14 septembre avoir dépêché des équipes supplémentaires dans la région pour la distribution de l'aide humanitaire, ajoutant avoir "fourni 6.000 sacs mortuaires".

De son côté, le Programme alimentaire mondial (PAM) a indiqué dans un communiqué avoir commencé à fournir une aide alimentaire à plus de 5.000 familles déplacées par des inondations, précisant que "des milliers de familles à Derna sont maintenant sans nourriture ni abri".

Des équipes de secouristes envoyées par la Turquie et les Émirats arabes unis sont déjà arrivées dans l'Est de la Libye, selon les autorités.

Le chef d'état-major des armées d'Égypte, grand allié politique et militaire du maréchal Haftar, a fait le déplacement le 12 septembre à Benghazi à bord d'un avion convoyant aides et personnels de secours, indiquant que l'armée égyptienne était disposée à établir un "pont aérien", selon les médias.

Changement climatique

Des experts du changement climatique ont établi un lien entre le désastre qui a frappé cette région de Libye et les effets d'une planète qui se réchauffe, combinés à des années de chaos et de délabrement des infrastructures en Libye.

La tempête Daniel, qui a provoqué les inondations, a pris de l'ampleur au cours d'un été exceptionnellement chaud et s'était abattue sur la Turquie, la Bulgarie et la Grèce, avant d'atteindre la Libye le 10 septembre.

Il s'agit d'un "nouveau rappel de l'impact meurtrier catastrophique que le changement climatique peut avoir sur notre monde", a déclaré Volker Turk, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme.