Afrique

Ivanka Trump en Afrique : les États-Unis s'intéressent-ils vraiment au continent ?

En juillet 2017, au sommet du G20 à Hambourg, Donald Trump laisse le soin à sa fille Ivanka de le représenter lors d'une réunion.
En juillet 2017, au sommet du G20 à Hambourg, Donald Trump laisse le soin à sa fille Ivanka de le représenter lors d'une réunion.
© AP Photo/Michael Sohn

Après l'épouse, la fille. En octobre dernier, Melania Trump était en tournée en Afrique autour du thème de l'enfance. Cette semaine, c'est au tour d'Ivanka, la fille du président américain. En Côte d'Ivoire et en Ethiopie, il sera question de la place des femmes. Quant au président, lui, il continue de snober le continent. Entretien avec Jeff Hawkins, ancien diplomate.

Elle est aussi conseillère à la Maison Blanche. C'est à ce titre qu'Ivanka Trump s'est envolée pour l'Afrique. Avant l'Ethiopie, la fille du président américain se rend en Côte d'Ivoire où elle participe ce mercredi 17 avril au premier Sommet régional de l’Initiative de financement des Femmes Entrepreneurs.

En octobre dernier, c'est l'épouse de Donald Trump, Melania, qui avait fait le déplacement sur le continent, au Ghana, au Malawi, au Kenya et en Égypte, pour une tournée sur le thème de l'enfance. Mais le road trip de la first lady avait essentiellement marqué les esprits par ses photos et le maladroit casque colonial arboré au Kenya.

Le 5 octobre 2018, safari pour Melania Trump au Kenya. 
Le 5 octobre 2018, safari pour Melania Trump au Kenya. 
© AP Photo/Carolyn Kaster


Jeff Hawkins est un ancien diplomate américain. Il a été en poste notamment en République centrafricaine. Pour lui, le plus problématique reste le manque d'intérêt porté par le 45e président des États-Unis à l'égard du continent africain. 

TV5MONDE : Que faut-il attendre de cette visite d'Ivanka Trump en Afrique ?

Jeff Hawkins : Elle est intéressante à plusieurs points de vue. Notamment par les gens qui l'accompagnent. Mark Green de l'USAID, l'agence américaine pour le développement international, le chef de l'OPIC qui s'occupe du financement des investissements américains à l'étranger ainsi que la cheffe par intérim de la Banque mondiale Kristalina Georgieva. Une équipe importante dont chacun des membres a certainement de bonnes raisons d'y participer.
Officiellement, il s'agit de promouvoir la place des femmes, sujet de prédilection d'Ivanka Trump, mais il faut s'attendre à ce que chacun en profite pour attirer l'attention de la Maison Blanche sur ses initiatives. Par exemple, la Banque mondiale qui est dans un moment de transition, et qui souhaiterait sans doute travailler étroitement avec Donald Trump, lui montrer l'importance de la coopération avec la Maison Blanche. Il s'agit d'encourager un engagement avec un bailleur très important de la banque.

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P. Achard, A. Krizic



Après plus de deux ans à la Maison Blanche, Donald Trump -pour sa part- ne s'est toujours pas rendu en Afrique. Pourquoi ? 

Jeff Hawkins, ancien diplomate au Département d'État américain.
Jeff Hawkins, ancien diplomate au Département d'État américain.
© TV5MONDE

​Certaines parties de l'administration s'intéressent à l'Afrique mais ce n'est pas le cas du président. Il a laissé ça à d'autres. 
Pour l'instant, il a eu très peu de rencontres avec des chefs d'Etat africains. Il interagit très peu. Si ce n'est le commentaire sur "les pays de merde", le continent l'intéresse assez peu.
Il est pourtant intéressant d'observer la stratégie annoncée, il y a quelques mois, par John Bolton, le conseiller américain à la sécurité nationale. Cette stratégie est fondée beaucoup moins sur l'engagement positif avec un continent en mouvement que sur le désir de contrer les Chinois et les Russes.
Les administrations précédentes, que ce soit les Républicains ou les Démocrates, avaient un intérêt pour l'Afrique. George W. Bush avait lancé une grande campagne pour la santé à propos du sida et du paludisme, cela représentait des milliards de dollars. Barack Obama, pour sa part, avait lancé Power Africa pour encourager l'électrification du continent ainsi qu'un programme destiné à la jeunesse africaine. Mais Trump rien, si ce n'est des relations bilatérales avec quelques rares pays du continent.

Ce manque d'intérêt pour l'Afrique n'est-il pas risqué pour le président américain ?

C'est grave , je l'ai vu moi-même en tant qu'ambassadeur sur le continent africain : les États-Unis ont un rôle très important à jouer.  
Les Chinois sont là avec des investissements massifs mais c'est tout, ou presque !
A propos de la Russie, je me pose des questions. J'ai vu en Angola que les cadres du MPLA au pouvoir avaient tous été formés à l'Université Patrice Lumumba en URSS, mais pour moi, malgré toute la préoccupation que cela suscite à Paris ou Washington, je pense que les Russes ont davantage une capacité de nuisance qu'une vraie capacité à s'implanter de façon cohérente sur le continent. Ils s'engagent dans certains pays comme la République centrafricaine dans des secteurs comme la sécurité mais rien de bien sérieux, je pense.
Nous, nous avons le poids de nos entreprises, notre engagement militaire, sécuritaire, pour les droits de l'Homme et la démocratie. Nous avons des choses à offrir à l'Afrique et laisser le champ aux autres me semble assez inintelligent.
Je pense qu'il faudra attendre d'autres administrations pour voir un réel engagement.