Afrique

Kenya : une élection présidentielle marquée par une forte abstention

Des travailleurs électoraux transportent les urnes contenant les bulletins de vote vers un centre de comptage à Nairobi, au Kenya, le 10 août 2022.
Des travailleurs électoraux transportent les urnes contenant les bulletins de vote vers un centre de comptage à Nairobi, au Kenya, le 10 août 2022.
Mosa'ab Elshamy/AP

Le 9 août, les Kényans étaient appelés aux urnes pour élire leur président, mais aussi leurs députés et élus locaux sur un fond de flambée du coût de la vie. Le scrutin a été marqué par une forte baisse de la participation par rapport au précédent. En 2017, 78% des électeurs s'étaient rendus aux urnes. Cette année, ils étaient 65%, selon la Commission électorale indépendante (IEBC). 

Les Kényans attendent les résultats des élections générales du 9 août, marquées par une hausse de l'abstention. Le duel s'annonce serré entre le vétéran Raila Odinga et le vice-président sortant William Ruto. Sur fond de désillusion envers la classe politique et de flambée du coût de la vie, environ 65% des 22,1 millions d'électeurs se sont rendus aux urnes pour élire président, députés et élus locaux selon la Commission électorale indépendante (IEBC). La participation connaît une forte baisse par rapport aux précédentes élections de 2017, où 73=8% des électeurs s'étaient déplacés.

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"Les gens ne sont pas venus (voter) comparé au passé parce qu'ils y a eu de fausses promesses" pendant des années, déplore Anthony Kemboi, un étudiant de 24 ans vivant à Eldoret (ouest).

Selon les premières estimations des télévisions, Raila Odinga, 77 ans, leader historique de l'opposition désormais soutenu par le pouvoir, et William Ruto, 55 ans, qui fait figure de challenger, sont au coude à coude. Les deux autres candidats en lice ne devraient pas obtenir plus de quelques pour cent. 

Vers un second tour ?

Si aucun des deux favoris ne recueille plus de 50% des voix, le Kenya connaîtra pour la première fois un second tour à la présidentielle. Raila Odinga et William Ruto ont tout deux assuré durant la campagne qu'ils reconnaîtraient les résultats. Mais le pays redoutait mercredi d'être une nouvelle fois happé dans une saga post-électorale dont il est familier, tous les scrutins ayant été contestés depuis 2002 dans ce pays considéré comme un point d'ancrage démocratique en Afrique de l'Est. 

Nous faisons tout notre possible pour  que le processus soit accompli le plus tôt possible.Wafula Chebukati, président de l'IEBC

La présidentielle d'août 2017 avait été invalidée par la justice pour "irrégularités", puis reprogrammée, écornant la réputation de l'IEBC et prolongeant un processus marqué par des dizaines de morts dans des répressions policières. Et surtout, en 2007-2008, la contestation des résultats par Raila Odinga avait conduit à des affrontements inter-communautaires ayant fait plus de 1 100 morts. 

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La pression s'accroît donc sur la commission électorale, qui doit déclarer les résultats au plus tard le 16 août. Ses agents travaillent d'arrache-pied pour dépouiller les millions de bulletins et dissiper les craintes de truquage. "Nous faisons tout notre possible pour  que le processus soit accompli le plus tôt possible", déclare Wafula Chebukati, président de l'IEBC. L'attente durera d'autant plus que mercredi quelques Kényans votaient encore dans deux circonscriptions où des bureaux de vote n'ont pu ouvrir à temps mardi, en raison de problèmes techniques notamment.  

Un processus fastidieux

Après le dépouillement manuel dans le bureau de vote, les résultats sont transmis électroniquement à l'échelon de la circonscription pour être compilés, puis au niveau national pour aboutir au résultat final. Les procès-verbaux dressés dans chaque bureau de vote doivent également être authentifiés après avoir été transmis sous forme de photo. "Ce n'est pas un processus rapide", commente depuis Eldoret Gabrielle Lynch, professeure à l'Université de Warwick (Grande-Bretagne). Les documents doivent être "traités, comptabilisés, recoupés" à Nairobi, "cela prendra au moins quelques jours".

Je n'ai même pas voté parce que je m'en fiche, parce que ce sont les mêmes vieux qui racontent les mêmes vieilles histoires et ils ne font rien pour nous.Caroline Mwangi, 31 ans, serveuse à Nairobi

Poids lourd économique de 50 millions d'habitants, le Kenya a été durement touché par les conséquences de la pandémie, puis de la guerre en Ukraine et d'une sécheresse record. Le pays connaît actuellement une flambée du coût de la vie. Les promesses de campagne de Raila Odinga et William Ruto - deux puissants et riches hommes d'affaires -, axées sur le pouvoir d'achat et la lutte contre la corruption, n'ont pas nécessairement convaincu la population qui, pour environ un tiers, vit dans la pauvreté.

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"Je n'ai même pas voté parce que je m'en fiche, parce que ce sont les mêmes vieux qui racontent les mêmes vieilles histoires et ils ne font rien pour nous", estime Caroline Mwangi, 31 ans, serveuse dans un restaurant de Nairobi. Odinga comme Ruto ont notamment promis un avenir économique plus radieux pour les jeunes, les moins de 34 ans représentant les trois quarts de la population mais étant particulièrement touchés par le chômage.

De manière générale, l'atmosphère politique a été neutre en quelque sorte, et donc la tension est moins intense.Benson Juma, travailleur social

A Kisumu, Eldoret, tout comme dans la capitale, la vie n'a pas encore repris son cours normal. Des magasins restent fermés et les rues semblent en partie endormies. La présence policière est discrète. "De manière générale, l'atmosphère politique a été neutre en quelque sorte, et donc la tension est moins intense", résume Benson Juma, un travailleur social de 38 ans d'Eldoret. "Je sais que la paix prévaudra".