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L'Afrique du Sud revient sur sa décision d'extradition d'un ex-ministre mozambicain

Manuel Chang, ancien ministre mozambicain des Finances, au tribunal de Kempton Park, le 8 janvier 2019 en Afrique du Sud
Manuel Chang, ancien ministre mozambicain des Finances, au tribunal de Kempton Park, le 8 janvier 2019 en Afrique du Sud
afp.com - Wikus DE WET

L'Afrique du Sud a annoncé samedi avoir mis un terme à son projet d'extrader vers son pays d'origine l'ancien ministre mozambicain des Finances Manuel Chang, arrêté l'an dernier à Johannesburg pour son implication présumée dans un vaste scandale de corruption.

Manuel Chang est détenu en Afrique du Sud depuis décembre 2018 à la demande des autorités américaines pour sa participation présumée à des prêts frauduleux de 2 milliards de dollars à des entreprises d'État du Mozambique. Il est accusé d'avoir perçu plusieurs millions de dollars de pots-de-vin en marge de cette affaire et les États-Unis affirment que des investisseurs américains y ont été escroqués.

En mai, l'Afrique du Sud avait décidé de renvoyer M. Chang au Mozambique, plutôt que vers les Etats-Unis qui avaient déposé une demande d'extradition concurrente.

Mais le nouveau ministre sud-africain de la Justice, Ronald Lamola, a déclaré dans un commuiqué que le projet de remettre M. Chang au Mozambique avait été abandonné car "la décision précédente n'était peut-être pas légalement autorisée".

M. Lamola a déclaré qu'il serait erroné d'extrader M. Chang car il bénéficiait d'un statut d'immunité au Mozambique et qu'il n'y avait été inculpé d'aucun crime.

Dans des documents judiciaires, le ministère de la Justice a décrit la décision comme "irrationnelle et incompatible avec la Constitution" sud-africaine. Il a ajouté que le renvoi de M. Chang au Mozambique était également contraire aux "traités nationaux, régionaux et internationaux" signés par l'Afrique du Sud.

Les charges à l'encontre de Manuel Chang concernent des emprunts contractés par le gouvernement mozambicain lorsqu'il était chef du Trésor entre 2005 et 2015. Lorsque la dette cachée a été révélée, le Mozambique - qui dépend de l'aide des donateurs et est l'un des pays les plus pauvres du monde - a été plongé dans la pire crise financière de son histoire.

Les Etats-Unis avaient exprimé leur colère contre la décision de l'Afrique du Sud d'extrader M. Chang au Mozambique.

"Nous avons officiellement demandé au gouvernement sud-africain, via les voies diplomatiques, de ne pas extrader (...) Chang vers le Mozambique, pendant que les Etats-Unis cherchent à obtenir du ministère (sud-africain) de la Justice qu'il reconsidère sa décision du 21 mai", avait déclaré à l'AFP le porte-parole de l'ambassade des Etats-Unis à Pretoria, Robert Mearkle.

Les États-Unis allèguent qu'au moins 200 millions de dollars ont été dépensés en pots-de-vin et dessous de table dans un vaste stratagème de fraude et de blanchiment d'argent, dont 12 millions pour l'ancien ministre Chang. M. Chang y fait face à des accusations de complot en vue de commettre une fraude électronique, de violation de la sécurité financière et de blanchiment d'argent.

Le Mozambique a aussi accusé M. Chang d'avoir accepté des pots-de-vin dans une arnaque qui a permis d'amasser des centaines de millions de dollars, mais les critiques disent qu'il ne sera jamais jugé dans son pays.

Le Mozambique a arrêté plusieurs autres suspects liés au scandale, dont le fils de l'ex-président Armando Guebuza, et de hauts responsables du renseignement.

En mai, un ancien banquier du Crédit Suisse a plaidé coupable aux Etats-Unis d'avoir comploté pour blanchir des fonds dans cette affaire. Deux autres ont été arrêtés en Grande-Bretagne, ainsi qu'une troisième personne arrêtée à New York.