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L'Espagne remet à l'Algérie un ex-militaire en exil qui avait participé au Hirak

Le premier ministre espagnol Pedro Sanchez à Alger, 8 octobre 2020.
Le premier ministre espagnol Pedro Sanchez à Alger, 8 octobre 2020.
(AP Photo/Anis Belghoul)

L'Espagne a remis aux autorités algériennes un ancien militaire ayant fui son pays après avoir pris part au mouvement de contestation du Hirak et condamné par contumace à dix ans de prison, a-t-on appris vendredi auprès d'une source proche du dossier.

Ancien militaire algérien, Mohamed Benhalima a été expulsé "hier soir" d'Espagne, où il se trouvait dans un centre de rétention pour étrangers à Valence (est), après avoir été arrêté mi-mars par la police espagnole, selon une source proche du dossier.

Cet ex-caporal de 32 ans avait fui l'Algérie en septembre 2019 après avoir pris part au Hirak, le mouvement de contestation anti-régime qui avait notamment poussé à la démission l'ancien président Abdelaziz Bouteflika. Arrivé en Espagne, il y avait déposé une demande d'asile.

Mohamed Benhalima a été condamné par contumace dans son pays en mars 2021 à 10 ans de prison pour "publications de fausses informations". 

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Compromettre les relations de l'Espagne avec d'autres pays

Selon l'avocat de M. Benhalima, Eduardo Gomez Cuadrado, la police espagnole a motivé sa procédure d’expulsion par des accusations d'"activités contraires à la sécurité nationale ou qui pourraient compromettre les relations de l'Espagne avec d'autres pays".

Les autorités espagnoles lui reprochent notamment ses liens présumés avec le mouvement islamo-conservateur Rachad, toujours selon Me Gomez Cuadrado.

Bête noire du régime algérien, le mouvement Rachad, établi à Londres, a été classé "terroriste" par l'Algérie en mai 2021.

Dans une affaire similaire, Abdellah Mohamed, lui aussi ex-militaire déserteur, avait été remis par l'Espagne aux autorités algériennes en août 2021 pour appartenance présumée au mouvement Rachad et a été condamné mercredi à cinq ans de prison pour appartenance à "un groupe terroriste".

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L'ONG Amnesty international avait appelé l'Espagne à renoncer à l'expulsion de Mohamed Benhalima, affirmant qu'il s'agissait d'un "lanceur d'alerte" ayant "dénoncé la corruption dans les rangs des hauts-gradés de l'armée algérienne", et dénonçant les risques de "tortures" et "mauvais traitements".

"Tout faire pour renouer des relations diplomatiques malheureusement altérées"

Cette expulsion intervient dans un contexte de tensions diplomatiques entre l'Espagne et l'Algérie depuis que Madrid a soutenu vendredi pour la première fois publiquement la proposition marocaine d'autonomie du Sahara occidental, à laquelle s'oppose Alger, qui soutient les indépendantistes sahraouis du Front Polisario.

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Dénonçant un "revirement", Alger a rappelé samedi son ambassadeur en Espagne. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a promis mercredi de "tout faire pour renouer des relations diplomatiques malheureusement altérées" avec l'un des principaux fournisseurs de gaz de l'Espagne.