Afrique

L'ex-président tunisien Moncef Marzouki condamné à 4 ans de prison

Actuel opposant au président Kaïs Saïed, Moncef Marzouki a dirigé la Tunisie entre décembre 2011 et décembre 2014. AP/Hassene Dridi.
Actuel opposant au président Kaïs Saïed, Moncef Marzouki a dirigé la Tunisie entre décembre 2011 et décembre 2014. AP/Hassene Dridi.

L'ex-président tunisien Moncef Marzouki, opposant au président Kaïs Saïed, a été condamné jeudi 23 décembre à quatre ans de prison. Il vit actuellement en France. Selon l'agence TAP, il était jugé pour "atteinte à la sécurité extérieure de l'État".

L'ancien président tunisien Moncef Marzouki a été condamné, en son absence, à quatre ans de prison par le tribunal de première instance de Tunis.

Il vit actuellement en France, d'où il critique depuis plusieurs mois le coup de force du président Kaïs Saïed du 25 juillet. Selon l'agence de presse nationale TAP, il a écopé de cette peine pour "atteinte à la sécurité de l’État".

Contactée par l'AFP, son avocate Lamia Khemiri a affirmé que Moncef Marzouki n'avait reçu aucune convocation en justice, ajoutant qu'elle "ne sa[vait] pas pourquoi il [avait] été condamné". Interrogé par Le Monde, l'ancien président lui-même a affirmé avoir appris la nouvelle dans la presse. "Un jugement émis par un juge pitoyable sur ordre d'un président illégitime", a-t-il réagi sur sa page Facebook.
 

Opposant au président Kaïs Saïed

Un juge tunisien avait émis début novembre un mandat d'amener international contre Moncef Marzouki. Deux semaines plus tôt, le président Kaïs Saïed demandait à la justice d'ouvrir une enquête sur ses déclarations. Il exigeait aussi le retrait du passeport diplomatique de celui qui figure à ses yeux "parmi les ennemis de la Tunisie".
 
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Lors d'une manifestation début octobre à Paris, Moncef Marzouki avait appelé le gouvernement français à "rejeter tout soutien" à Kaïs Saïed "qui a comploté contre la révolution et aboli la Constitution". Il s'était aussi félicité du report du sommet de la Francophonie qui était prévu en novembre en Tunisie, y voyant un désaveu pour le président.
 
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Après des mois de blocage politique et en pleine crise économique et sanitaire, Kaïs Saïed avait invoqué le 25 juillet un "péril imminent" pour limoger le Premier ministre, suspendre les activités du Parlement et reprendre en main le pouvoir judiciaire.

Depuis ce coup de force, Moncef Marzouki a multiplié les interventions sur les chaînes de télévision et les réseaux sociaux pour appeler à la destitution d'un homme qu'il qualifie de "putschiste" et "dictateur". 
  Après s'être opposé à la dictature de Ben Ali, Moncef Marzouki a été le premier président de la Tunisie post-révolutionnaire, entre 2011 et 2014. Son alliance controversée avec le parti islamiste Ennahdha l'a compromis aux yeux d'une partie des Tunisiens. 

Une multiplication des poursuites contre les critiques 

L'organisation Human Rights Watch a dénoncé ce jeudi la multiplication en Tunisie des poursuites judiciaires. Selon l'ONG, celles-ci s'appuient sur des lois "répressives" contre les voix critiques et représentent un "danger" pour les libertés.
" Les procureurs s'attaquent à ceux qui critiquent le président Saïed" et "sa saisie de pouvoirs exceptionnels", souligne ce communiqué. 

Selon Eric Goldstein, directeur par intérim de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à HRW, "critiquer publiquement le président à la suite de son accaparement de pouvoirs additionnels", à partir du 25 juillet, "c'est prendre le risque de finir devant un tribunal".

Il a ainsi prévenu : "Faire taire les critiques représente un double danger à l'heure où le président est occupé à concentrer tant de pouvoirs entre ses mains". Des députés, activistes sur les réseaux sociaux et des personnalités politiques ont été poursuivis par des tribunaux militaires ou civils après des critiques publiques contre la politique de Kaïs Saïed.
  Le 16 décembre, le Syndicat national des journalistes en Tunisie avait lui aussi mis en garde contre "un danger imminent menaçant la liberté de la presse, des médias et d'expression". Il avait dénoncé "un verrouillage médiatique et une violation flagrante du droit des journalistes d'accéder à l'information" de la part de la présidence et du gouvernement.