Afrique

"La Guinée ne fonctionne pas avec les lois de la République", Cellou Dalein Diallo

L'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) présidée par Cellou Dalein Diallo participe à la mobilisation contre la réforme constitutionnelle voulue par le président Alpha Condé.
L'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) présidée par Cellou Dalein Diallo participe à la mobilisation contre la réforme constitutionnelle voulue par le président Alpha Condé.
© TV5MONDE

Peu de manifestants dans les rues, mais une capitale au ralenti. Une nouvelle journée de mobilisation a eu lieu ce mardi 15 octobre en Guinée contre la volonté du président Alpha Condé de modifier la Constitution pour se présenter à un troisième mandat. Lundi, la mobilisation importante s'est soldée par des violences à Conakry. L'opposition n'entend pas, pour autant, baisser la garde. Entretien avec Cellou Dalein Diallo, président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), principal parti de l'opposition guinéenne.

TV5MONDE : La manifestation contre le 3e mandat s'est soldée par des violences ce lundi 14 octobre. Quels enseignements tirez-vous de cette mobilisation ? 

Cellou Dalein Diallo : 
Nous avons noté que les Guinéens ont massivement répondu au mot d’ordre de manifestation du Front national pour la défense de la Constitution, à Conakry comme à l’intérieur du pays. Malgré la répression, les gens ont tenu à manifester leur opposition au projet d’Alpha Condé de s’octroyer une présidence à vie. De ce point de vue, la journée de lundi était satisfaisante. Malheureusement, et comme d’habitude, nous déplorons l’usage des armes à feu par les forces de l’ordre. Elles ont tiré à bout portant sur des jeunes manifestants, occasionnant la mort de six personnes (deux selon les autorités, un policier et un manifestant, NDLR) et en blessant par balle une cinquantaine d'autres. Par ailleurs, et déjà bien avant la manifestation, il y a eu des arrestations. La coordination nationale du FNDC a été arrêtée et beaucoup d’autres cadres du Front sont actuellement dans les prisons, les gendarmeries et les commissariats. 

Pour vous, le pouvoir a fait le choix d'une réponse répressive ?

Alpha Condé a demandé à ses partisans de se préparer à la confrontation. Il y avait déjà cette menace. Ses ministres se sont succédés dans les médias pour menacer de réprimer toute tentative de manifestation contre le 3e mandat. Ce qui s’est passé lundi ne nous a donc pas beaucoup surpris bien que nous ayons lancé un appel pressant aux forces de défense et de sécurité leur demandant de s’inspirer du comportement de leurs collègues algériens. 

C’est triste pour la Guinée qui est une dictature que je définis comme la négation du droit.

Cellou Dalein Diallo, chef de l'opposition guinéenne

Je suis préoccupé de voir la police tirer sur des jeunes à bout portant. La plupart des victimes ce lundi étaient des élèves ou des étudiants et comme d’habitude, on sait qu’ils n’auront jamais droit à une justice parce que jamais Alpha Condé n’a autorisé une enquête pour identifier les auteurs des crimes pour ne pas se mettre à dos les gendarmes et les policiers sur lesquels il compte pour asseoir et perpétuer son pouvoir. Plus de cent militants de l’opposition ont ainsi été tués sans que jamais la justice ne soit rendue. L’impunité des forces de l’ordre est garantie dès lors que la victime est un citoyen appartenant à l’opposition. C’est triste pour la Guinée qui est une dictature que je définis comme la négation du droit. Le droit de manifester est consacré par la Constitution. Le droit à la justice également. C’est cela le malheur de la Guinée. Cette banalisation de la vie, cette violence d’Etat qui se perpétue depuis de longues années.

Un dialogue sur ce sujet est-il possible avec le pouvoir ? 

Non ! Le changement de Constitution est illégal, inopportun et inutile. On ne peut donc pas avoir de dialogue. C’est pourquoi nous n’avons pas participé aux discussions conduites par le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana. Discussions dont le président n’a même pas attendu les conclusions pour demander aux Guinéens de se préparer pour le référendum. Notre position est simple : nous sommes contre le 3e mandat. Nous avons besoin d’une alternance démocratique sans avoir besoin d’attendre la mort du chef de l’Etat ou un coup d’Etat. C’est pourquoi le législateur avait eu la sagesse de verrouiller totalement les dispositions liées au nombre et à la durée du mandat présidentiel. Mais Alpha Condé croit avoir trouvé une parade en disant “changeons de Constitution, même en reconduisant les mêmes dispositions. Ainsi les compteurs seront remis à zéro et je ne serai plus lié par mes serments antérieurs et par l’ancien texte. Je pourrai alors faire deux nouveaux mandats”. Ce qui pour Alpha Condé, 81 ans, signifierait une présidence à vie. L’UFDG est contre cela et nous participons activement aux travaux du FNDC. Nos militants ont massivement participé aux manifestations de ce lundi 14 octobre.

Les appels à manifester vont donc être maintenus...

Que ce soit par intermittence ou de manière continue, les manifestations vont continuer. Nous n’allons pas renoncer à notre devoir de défendre notre Constitution et de demander des élections libres et transparentes. Rappelons que les élections locales étaient entamées mais n’ont jamais été menées à leur terme car Alpha Condé a perdu dans de nombreuses régions et n’a pas voulu mettre en place les conseils de quartiers et les conseillers régionaux comme prévu strictement par la loi. Nous protestons aussi contre la mascarade des élections législatives en cours de préparation. Et au coeur de nos revendications, donc, il y a le 3e mandat et nous continuerons la lutte jusqu’à ce que nos revendications soient satisfaites. Le pays ne fonctionne pas avec les lois de la République. Il fonctionne avec les agendas cachés du président Alpha Condé.